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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2504156

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2504156

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2504156
TypeDécision
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEPAGE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. B... A... visant à annuler l'arrêté préfectoral lui refusant un titre de séjour et lui imposant une obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec interdiction de retour. Le tribunal a estimé que le refus de titre de séjour était suffisamment motivé et que le requérant, ayant sollicité un titre en qualité de conjoint de Français, ne pouvait se prévaloir utilement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'accord franco-algérien précité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 22 avril 2025 et 19 août 2025, lesdites pièces n’ayant pas été communiquées, M. B... A..., représenté par Me Lepage, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 mars 2025 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l’a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2025, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture d’instruction a été fixée au 20 août 2025 à 12 h 00 par une ordonnance du 20 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Fabre a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :


1. M. B... A..., né le 23 janvier 1987 à Cheraga (Algérie), de nationalité algérienne, est entré sur le territoire national le 4 mai 2018 muni de son passeport algérien revêtu d’un visa de court séjour de type C délivré le 8 mai 2016 par les autorités consulaires françaises à Alger et valable du 8 mai 2016 au 7 mai 2018. Il a été mis en possession d’un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale », valable du 22 juillet 2020 au 21 juillet 2021 régulièrement renouvelé jusqu’au 5 octobre 2022. Il a sollicité, le 19 août 2022, la délivrance d’un certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français. Il a bénéficié de récépissés de demande de renouvellement de titre de séjour, le dernier ayant été valable du 16 janvier 2025 au 15 avril 2025. Par un arrêté du 24 mars 2025, dont le requérant demande l’annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l’a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans.


Sur les conclusions à fin d’annulation :


En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :


2. En premier lieu, la décision contestée fait état des dispositions et stipulations dont elle fait application et mentionne des éléments de fait, précis, justifiant, selon le préfet du Nord, que soit prise à l’encontre de l’intéressé une décision de refus de séjour. Ladite décision est, ainsi, suffisamment motivée.


3. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors, d’une part, qu’il a présenté une demande de certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français et donc sur le fondement des stipulations du 2) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et non sur celles du 5) du même article et, d’autre part, que le préfet du Nord n’a pas examiné le droit pour l’intéressé à bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement de ces stipulations. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit, par suite, être écarté.


4. En troisième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / (…) 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l’étranger, qu’il ait été transcrit préalablement sur les registres de l’état civil français ; / (…) ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ».


5. Il ressort de l’arrêté attaqué que la décision de refus de séjour a été prise aux motifs, d’une part, que l’intéressé ne remplissait pas les conditions prévues par le 2) de l’article 6 de l’accord franco-algérien dès lors qu’il n’était lié à une ressortissante française que par un pacte civil de solidarité et non par le mariage et, d’autre part, qu’il constituait une menace pour l’ordre public.


6. Il ressort du bulletin n°2 du casier judiciaire de l’intéressé que M. A... a été condamné le 27 avril 2022, dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, par le président du tribunal judiciaire d’Amiens à trois mois d’emprisonnement avec sursis et à 400 euros d’amende pour conduite d’un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants le 14 mars 2021. Ce fait délictuel, quoique fort regrettable, est cependant isolé, n’ayant donné lieu à aucun autre fait délictuel depuis lors et s’est d’ailleurs produit quatre ans avant l’édiction de l’arrêté contesté. Au demeurant, le préfet du Nord a attendu près de trois ans après la condamnation pénale pour passer le dossier de l’intéressé devant la commission du titre de séjour. Dans ces conditions, c’est à tort que le préfet du Nord a considéré que le comportement du requérant constituait une menace pour l’ordre public.


7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A... n’est pas marié avec une ressortissante française mais uniquement lié par un pacte civil de solidarité conclu le 28 août 2019 à Roubaix. Par suite, le requérant ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d’un certificat de résidence algérien sur le fondement du 2) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le préfet du Nord était fondé, pour ce seul motif, à rejeter la demande de titre de séjour présentée.


8. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A...
né le 23 janvier 1987 à Cheraga (Algérie), de nationalité algérienne, est entré régulièrement sur le territoire national le 4 mai 2018 et a bénéficié de titres de séjour jusqu’en 2022, où il ne s’est vu délivrer que des récépissés de demande jusqu’à l’édiction de l’arrêté en litige. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu’il a été dit précédemment, que l’intéressé est pacsé avec une ressortissante française depuis le 28 août 2019. Si le requérant se prévaut d’une vie commune avec sa compagne, celle-ci ne ressort pas des pièces du dossier alors que tous les contrats de travail qu’il produit font état d’une adresse à Bagneux, dans le département des Hauts-de-Seine et non à Roubaix, où réside sa compagne. Le requérant n’a pas d’enfant en France. Les quelques photographies qu’il produit sont insuffisantes pour établir qu’il s’occuperait de l’entretien et de l’éducation des enfants de sa compagne, sur lesquels il n’a d’ailleurs pas l’autorité parentale. Si ses trois frères se trouvent en France, dont l’un a la nationalité française et les deux autres un titre de séjour, il n’est pas dépourvu de toute famille en Algérie où résident ses parents et où il a vécu jusqu’en 2018. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d’insertion professionnelle en France, la décision portant refus de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant de mener une vie privée et familiale normale et n’a, par suite, pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.


En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :


10. En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / (…) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / (…) ». Aux termes de l’article L. 611-3 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (…) ».

11. La décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 précité. Par ailleurs, ainsi qu’il a été dit précédemment, la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. La décision contestée, qui n’a pas à faire l’objet d’une motivation distincte du refus de séjour, est ainsi suffisamment motivée.

12. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement, à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

13. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs qu’énoncés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les même motifs qu’énoncés au point 8.

16. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 612-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dans les prévisions duquel il ne rentre pas.

17. En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / (…) ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 612-10 du code précité : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».


18. Eu égard aux éléments relatifs à la situation du requérant en France rappelés aux points 6 et 8, le préfet du Nord n’a pas, en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant deux ans, entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.



19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans doivent être rejetées.


20. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais d’instance.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.






Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Nord.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l’intérieur

Délibéré après l’audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,
Mme Bruneau, première conseillère,
M. Garot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.


Le président-rapporteur,

Signé

X. FABRE
L’assesseur le plus ancien,

Signé

M. BRUNEAU



Le greffier,

Signé



A. DEWIERE


La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,




La greffière,






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