mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2100862 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CABINET PERSONNAZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 avril 2021 et le 24 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Jambon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Ciboure lui a été retiré l'accès en véhicule à son local depuis la voie publique, ensemble la décision du 19 février 2021 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision ;
2°) d'enjoindre à la commune de Ciboure de rétablir le droit d'accès en véhicule à son local depuis la voie publique dans un délai raisonnable, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date du jugement ;
3°) d'enjoindre à la commune de Ciboure de rétablir les accès pour véhicules aux deux portes de son local et d'abaisser la hauteur du trottoir au même niveau que celui de ce local ;
4°) de condamner la commune de Ciboure à lui verser une somme de 5 000 euros au titre de dommages et intérêts ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Ciboure une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance du 4° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le principe du contradictoire et les droits de la défense n'ont pas été respectés, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la procédure de retrait ou d'abrogation d'un acte créateur de droits n'a pas été respectée ;
- le retrait de l'aisance de voirie accordée à M. A n'est assorti d'aucune justification recevable ;
- la décision attaquée porte atteinte à la sécurité publique ;
- il subit préjudice moral lié au stress et un préjudice de jouissance du local en cause .
Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2022, la commune de Ciboure, représentée par Me Logeais, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour la commune de Ciboure a été enregistré le 5 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Genty, rapporteure,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Leduc représentant M. A et de Me Logeais représentant la commune de Ciboure.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 mai 2020, le maire de Ciboure a décidé de créer une rampe d'accès sur un trottoir incorporé au domaine public, ces travaux ayant eu pour effet de supprimer une place de stationnement. Cet aménagement a rendu possible l'accès en véhicule, depuis la voie publique, au local de M. A situé au 7 rue de la Nivelle. Par une décision du 10 novembre 2020, cette même autorité a toutefois indiqué à M. A que cette rampe d'accès serait supprimée et que la place de stationnement serait rétablie à compter du mois de janvier 2021. Par une décision du 19 février 2021, cette même autorité a notamment rejeté le recours gracieux formé par M. A contre celle du 10 novembre 2020. M. A demande l'annulation de ces décisions du 10 novembre 2020 et du 19 février 2021, ainsi que la condamnation de la commune de Ciboure à lui réparer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision du 10 novembre 2020 :
2. En premier lieu, au titre de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".
3. La décision attaquée, qui a pour objet la suppression d'une aisance de voirie décrite au point 1, dont bénéficiait M. A, constitue une mesure de police, laquelle n'est pas créatrice de droits. Cette décision ne retire donc ni n'abroge une décision créatrice de droits. Par suite, le requérant ne peut pas utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées du 4° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ". Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Droit à un procès équitable - Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. ".
5. Il résulte des termes de la décision attaquée que celle-ci a été précédée le 29 septembre 2020 d'un échange entre M. A et l'adjoint au maire de Ciboure, délégué à la voirie, relatif à l'intention de supprimer l'aisance de voirie dont bénéficiait le requérant. Ce dernier a donc été mis à même de présenter des observations avant que ne soit prise cette décision, conformément à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, cette dernière n'a pas été prise à l'issue d'une procédure irrégulière. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'administration communale ne constituant pas une juridiction.
6. En troisième lieu au titre de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de décision. ".
7. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision attaquée n'est pas créatrice de droits. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L 242-2 du code des relations entre le public et l'administration.
8. En quatrième lieu, les riverains d'une voie publique ont le droit d'accéder librement à leur propriété. L'exercice du droit d'accès des riverains à leur immeuble s'entend du droit d'entrer et de sortir de la propriété à pied ou en voiture, sans gêne ni risque anormal pour les autres usagers de la voie publique. Par suite, le maire ne peut porter atteinte au libre accès des riverains à la voie publique, lequel constitue un accessoire du droit de propriété, que si cette mesure est justifiée par des motifs tirés de la conservation et de la protection du domaine public ou de la sécurité de la circulation sur la voie publique. Il appartient au maire de concilier les droits d'accès des riverains avec les nécessités de la circulation et du stationnement dans la commune. Les motifs de la suppression d'une aisance de voirie relèvent d'une mesure de police et peuvent à ce titre être soumis au contrôle normal du juge.
9. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. A dispose d'un accès pour piétons pour accéder à son local, et d'un accès pour véhicules pour accéder au parc de stationnement souterrain de sa résidence. Le requérant ne peut utilement invoquer la circonstance que les deux places de stationnement dont il est propriétaire au sein de ce parc de stationnement sont en nombre insuffisant et d'un accès malcommode pour stationner ses voitures de collection. Dès lors, son droit d'accéder librement à sa propriété n'est pas entravé par la suppression de la rampe d'accès. Ensuite, la destination du local, selon l'acte de propriété du M. A, est " une unité à usage de local commercial portant le numéro A01 sur le plan de copropriété ". Cette destination découle de règles d'urbanisme et non du simple règlement intérieur de copropriété, comme le soutient le requérant. La circonstance que M. A a informé le responsable du service chargé de l'urbanisme de la commune de Ciboure que pour une période indéterminée, ce local à usage exclusivement privé n'accueillera pas de public est sans incidence sur sa destination. Dès lors, le maire de la commune de Ciboure a pu légalement tenir compte de la destination du local pour estimer que, ce dernier n'étant pas un garage, une rampe d'accès n'était pas un accessoire nécessaire. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le maire de Ciboure a fait valoir le besoin en places de stationnement dans cette partie centrale de la commune pour justifier la suppression de cette aisance de voirie et remplacer la rampe d'accès par une place de stationnement supplémentaire. Par suite, en fondant également sa décision sur les nécessités du stationnement dans la commune, le maire de Ciboure n'a pas fait une inexacte application de ses pouvoirs de police en supprimant l'aisance de voirie dont bénéficiait le requérant.
10. En dernier lieu, à supposer que les travaux menés par la commune de Ciboure ont conduit à rehausser le trottoir aménagé au droit du local de M. A et à accroître ainsi les risques d'inondation, cette circonstance, qui est relative à l'exécution des travaux consécutifs à la décision attaquée, est inopérante.
En ce qui concerne la légalité de la décision du 19 février 2021 :
11. A supposer que les mêmes moyens soulevés au soutien des conclusions aux fins d'annulation de la décision du maire de Ciboure du 10 novembre 2020 soient également dirigés contre la décision attaquée, ils doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 6 à 10.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'indemnité :
14. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, les décisions du maire de Ciboure du 10 novembre 2020 et du 19 février 2021 ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, la commune de Ciboure n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.
15. En second lieu, les mesures légalement prises, dans l'intérêt général, par les autorités de police peuvent ouvrir droit à réparation sur le fondement du principe de l'égalité devant les charges publiques au profit des personnes qui, du fait de leur application, subissent un dommage qui excède l'aléa qu'impliquait leur situation et revêt le caractère d'un préjudice anormal et spécial.
16. Si M. A soutient que la décision du maire de Ciboure du 10 novembre 2020 le prive d'un accès à son local en véhicule et fait obstacle au stationnement de ses véhicules de collection, ainsi qu'il a été dit au point 9, ce local est à usage commercial et non à usage privé, et il n'est ni allégué ni établi que le requérant a accompli des démarches pour en modifier la destination. Dès lors, à supposer que cette décision fasse subir au requérant un dommage, celui-ci n'excède pas l'aléa qu'implique la situation de l'intéressé. Par suite, la responsabilité sans faute de la commune de Ciboure du fait de la rupture d'égalité devant les charges publiques n'est pas non plus engagée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
18. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
19. M. A ne justifie pas avoir exposé des dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées par lui à ce titre doivent être rejetées.
20. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
21. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être également rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Ciboure et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la commune de Ciboure la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à la commune de Ciboure.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
F. GENTY
Le président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
Signé
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Rennes — N° TA35-2504243
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