Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205854

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BG AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de M. B contre le refus de permis de construire un immeuble de quatre logements à Saint-Maurice-de-Beynost. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir de la commune, jugeant qu'un refus de permis n'est pas soumis à l'obligation de notification prévue par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Sur le fond, le tribunal a estimé que le motif de refus fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme (atteinte à la sécurité publique) n'était pas justifié, car le projet permettait des manœuvres suffisantes sans empiéter sur le domaine public. En conséquence, l'arrêté du 11 avril 2022 a été annulé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2022 et le 14 avril 2023, M. A B, représentée par la SELARL BG Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Maurice-de-Beynost a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'édification d'un immeuble en R + 1 de quatre logements sur un terrain situé 54 route de Genève ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Maurice-de-Beynost une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, les manœuvres qui seront réalisées par les véhicules sur le terrain de M. B n'étant pas susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique ;

- il ne peut être fait droit à la demande de substitution de motifs présentée par la commune, le projet étant conforme aux articles UB12, UB3 et UB 13 du plan local d'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 5 octobre 2022 et le 15 mai 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Saint-Maurice-de-Beynost, représentée par la SELARL AP Avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable pour défaut de notification du recours contentieux ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause, le maire aurait pu fonder son refus sur la circonstance tirée de la méconnaissance par le projet des dispositions des articles UB 12, UB 3 et UB 13 du plan local d'urbanisme.

Par ordonnance du 19 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juillet 2024.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible d'enjoindre d'office à la commune de Saint-Maurice-de-Beynost, en application de l'article L. 911-1 du même code, de délivrer un permis de construire à M. B en cas d'annulation de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,

- les observations de Me Rourret, avocate, (SELARL BG Avocats), pour M. B, et celles de Me Paturat, avocat (SELARL AP Avocat), pour la commune de Saint-Maurice-de-Beynost.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé, le 19 janvier 2022, une demande de permis de construire en vue de l'édification d'un immeuble en R + 1 de quatre logements, sur un terrain situé 54 route de Genève, sur le territoire de la commune de Saint-Maurice-de-Beynost. Par un arrêté du 11 avril 2022, le maire de cette commune lui en a refusé le bénéfice. M. A B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un refus de permis de construire ne constitue pas une décision entrant dans le champ d'application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, M. B n'était pas soumis à l'accomplissement des formalités prescrites par ces dispositions. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Maurice-de-Beynost et tirée de ce que le requérant ne justifie pas avoir notifié son recours en application de ces dispositions doit, par suite, être écartée.

Sur la légalité de la décision attaquée :

4. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

5. Pour refuser le permis de construire sollicité par M. B, le maire de Saint-Maurice-de-Beynost s'est fondé sur la circonstance que l'impossibilité de manœuvre sur le terrain avec six véhicules simultanément imposerait des manœuvres sur le domaine public de nature à porter atteinte à la sécurité publique.

6. M. B fait valoir qu'il est peu probable que les six véhicules dont le stationnement est prévu le long du bâtiment projeté auraient besoin de manœuvrer simultanément, que les manœuvres imposées aux véhicules par la configuration des lieux pourraient être effectuées dans l'allée privée sur laquelle il jouit d'une servitude de passage, et produit des schémas tendant à démontrer que chaque véhicule dispose de l'espace nécessaire pour entrer et sortir du stationnement. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit un espace suffisant sur le terrain d'assiette pour permettre des manœuvres d'entrée et de sortie des six véhicules dont le stationnement est prévu, ces manœuvres pouvant également se dérouler sur la voie privée bordant le projet, voie privée dont la commune ne démontre pas qu'elle donne lieu à une importante circulation. Dans ces conditions, en s'opposant au projet litigieux au motif qu'il porterait atteinte à la sécurité publique, le maire de la commune de Saint-Maurice-de-Beynost a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

7. La commune de Saint-Maurice-de-Beynost soutient que peuvent être substitués au motif de l'arrêté litigieux les motifs tirés de la méconnaissance des articles UB 3, UB 12 et UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

8. Aux termes de l'article UB 3 du plan local d'urbanisme de Saint-Maurice-de-Beynost : " 3. 1. Accès / () Pour être constructible, un terrain doit disposer d'un accès à une voie publique ou privée, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage sur fonds voisin, institué par acte authentique, par voie judiciaire ou par autorisation du propriétaire (article 682 du Code Civil). / Les accès doivent être adaptés à l'opération (importance et destination de l'immeuble ou ensemble d'immeubles envisagé) et présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité des biens et des personnes (usagers des voies publiques ou personnes utilisant ces accès). () / 3.2. Voirie / Les voies doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche et à la manœuvre des véhicules de lutte contre l'incendie et d'enlèvement des ordures ménagères. / Les voies nouvelles se terminant en impasse doivent être aménagées dans leur partie terminale de façon que les véhicules puissent aisément faire demi-tour. () ". Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet dispose d'un accès direct à une voie privée accessible à tous types de véhicule, y compris aux véhicules de lutte contre l'incendie et d'enlèvement des ordures ménagères, et que l'obligation d'aménagement pour permettre un demi-tour aisé aux véhicules ne lui est pas applicable, cette voie n'ayant pas de caractère nouveau. Par suite, le projet litigieux ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Maurice-de-Beynost.

9. Aux termes de l'article UB 12 de ce règlement : " () Pour les nouvelles constructions à usage d'habitation () il est exigé : / - 2 places de stationnement par logement individuel, / - 1,5 places de stationnement par logement collectif () ". Il ressort du dossier de demande de permis de construire que le projet en litige, qui comportera quatre logements, prévoit l'aménagement de six places de stationnement, ce qui répond aux exigences des dispositions précitées de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme.

10. Aux termes de l'article UB 13 du même règlement : " () Les opérations de constructions individuelles et d'immeubles collectifs doivent disposer d'espaces libres communs (). Ces espaces libres doivent être plantés (enherbés et arborés) et traités en espaces verts paysagers, en jardins, ou en aire de jeux ". Il ressort du dossier de demande de permis de construire que le pétitionnaire prévoit l'engazonnement des espaces libres et l'aménagement d'un espace vert paysager. Par suite, le projet litigieux ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme.

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8, 9 et 10 que les demandes de substitution de motifs présentées par la commune de Saint-Maurice-de-Beynost ne peuvent être accueillies.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que le maire de Saint-Maurice-de-Beynost a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et à demander, pour ce motif, l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2022 lui refusant le bénéfice d'un permis de construire.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le maire de Saint-Maurice-de-Beynost délivre à M. B le permis de construire qu'il sollicite. Il y a lieu de lui ordonner d'office d'y procéder, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Maurice-de-Beynost la somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 11 avril 2022 portant refus de permis de construire du maire de Saint-Maurice-de-Beynost est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Saint-Maurice-de-Beynost, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, de délivrer à M. B le permis de construire qu'il sollicite.

Article 3 : la commune de Saint-Maurice-de-Beynost versera à M. B une somme de 1 400 (mille quatre cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Maurice-de-Beynost sur le fondement de l'article L. 761-1 sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Maurice-de-Beynost.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Drouet, président,

- M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

Le rapporteur,

F.-X. Richard-RendoletLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,