Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300665

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300665
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la demande de la SARL Établissements Menegault visant au remboursement anticipé d'une créance fiscale de 5 685 euros, née du report en arrière du déficit de l'exercice 2020. La société, dissoute et liquidée amiablement en 2022, ne remplissait pas les conditions légales limitatives (procédure de sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire) prévues par l'article 220 quinquies du code général des impôts pour obtenir ce remboursement avant le terme légal de cinq ans. Le tribunal a validé la substitution de motif demandée par l'administration fiscale, estimant que la dissolution n'affectait pas l'option pour le report en arrière, mais que la société ne pouvait bénéficier du remboursement anticipé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2023, la société à responsabilité limitée Établissements Menegault, représentée par Me Duffourd et Me Boutboul, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le remboursement de la créance fiscale d'un montant de 5 685 euros née du report en arrière du déficit enregistré au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la dissolution décidée par les associés le 3 mars 2022 est sans incidence sur l'option pour le report en arrière du déficit enregistré au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2020, laquelle a été exercée dans les délais prévus pour le dépôt de la déclaration des résultats de cet exercice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le motif tiré de ce que la société Etablissements Menegault ne se trouve pas dans l'une des situations permettant à une entreprise d'obtenir le remboursement anticipé de la créance fiscale née du report en arrière de son déficit peut être substitué au motif initialement opposé.

Par ordonnance du 29 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Etablissements Menegault a présenté, le 26 octobre 2022, une demande tendant au remboursement de la créance fiscale, d'un montant de 5 685 euros, née du report en arrière du déficit enregistré au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2020, rejetée par une décision du 29 novembre 2022. Elle demande, en conséquence, au tribunal de lui accorder le remboursement de cette créance.

Sur les conclusions à fin de remboursement :

2. Aux termes de l'article 220 quinquies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. Par dérogation aux dispositions du troisième alinéa du I de l'article 209, le déficit constaté au titre d'un exercice ouvert à compter du 1er janvier 1984 par une entreprise soumise à l'impôt sur les sociétés peut, sur option, être considéré comme une charge déductible du bénéfice de l'exercice précédent () / La créance est remboursée au terme des cinq années suivant celle de la clôture de l'exercice au titre duquel l'option visée au premier alinéa a été exercée. Toutefois, l'entreprise peut utiliser la créance pour le paiement de l'impôt sur les sociétés dû au titre des exercices clos au cours de ces cinq années. Dans ce cas, la créance n'est remboursée qu'à hauteur de la fraction qui n'a pas été utilisée dans ces conditions. / Par exception aux dispositions du cinquième alinéa, les entreprises ayant fait l'objet d'une procédure de conciliation ou de sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation judiciaires peuvent demander le remboursement de leur créance non utilisée à compter de la date de la décision ou du jugement qui a ouvert ces procédures. () II. L'option visée au I est exercée au titre de l'exercice au cours duquel le déficit est constaté et dans les mêmes délais que ceux prévus pour le dépôt de la déclaration de résultats de cet exercice. Elle ne peut pas être exercée au titre d'un exercice au cours duquel intervient une cession ou une cessation totale d'entreprise, une fusion de sociétés ou une opération assimilée, ou un jugement prononçant la liquidation judiciaire de la société. () ".

3. Pour rejeter la demande de remboursement présentée par la société Etablissements Menegault, l'administration s'est fondée sur la cessation d'activité intervenue en 2022. Toutefois, cette circonstance interdisait seulement à la société requérante d'opter pour le report en arrière du déficit de l'exercice au cours duquel cette cessation d'activité est intervenue. Elle ne permettait, en revanche, pas à l'administration de rejeter sa demande tendant au remboursement de la créance fiscale née du report en arrière du déficit enregistré au cours d'un exercice antérieur, en l'occurrence l'exercice clos le 31 décembre 2020.

4. Dans son mémoire en défense, l'administration invoque un autre motif, tiré de ce que la société Etablissements Menegault ne se trouve pas dans l'une des situations permettant à une entreprise d'obtenir le remboursement de la créance née du report en arrière d'un déficit avant le terme prévu au cinquième alinéa du I de l'article 220 quinquies du code général des impôts.

5. Les dispositions précitées de l'article 220 quinquies du code général des impôts autorisent uniquement les entreprises ayant fait l'objet d'une procédure de sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire à demander le remboursement anticipé de la créance née du report en arrière de leur déficit. Ainsi que le fait valoir l'administration en défense, la société Etablissements Menegault, qui a fait l'objet d'une dissolution puis d'une liquidation amiables, n'entre pas dans l'une des catégories d'entreprises limitativement fixées par la loi pouvant bénéficier de ce remboursement anticipé. Dès lors, il y a lieu de procéder à la demande de substitution demandée, qui ne prive la société requérante d'aucune garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de remboursement présentées par la société Etablissements Menegault doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie de ses frais d'instance. Les conclusions présentées à ce titre par la société Etablissements Menegault doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Etablissement Menegault est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Etablissements Menegault et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,