Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301010

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme A, ressortissante camerounaise, qui demandait l'annulation du refus du préfet du Rhône de lui délivrer une carte de résident. Le tribunal a estimé que la requérante ne justifiait pas de ressources propres suffisantes, ses salaires étant inférieurs au SMIC et les prestations sociales (aide au logement, prime d'activité) ne pouvant être prises en compte. Cette solution s'appuie sur l'article 12 de la convention franco-camerounaise du 21 avril 1994 et l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, interprété à la lumière de la directive 2003/109/CE.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 février 2023, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer une carte de résident.

Elle soutient qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer une carte de résident sur le fondement des stipulations de l'article 12 de la convention franco-camerounaise du 21 avril 1994.

Par ordonnance du 29 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.

Des pièces produites par la préfète du Rhône ont été enregistrées le 9 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention franco-camerounaise du 21 avril 1994 ;

- la directive 2003/109/CE du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gros, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 28 janvier 1986, demande au tribunal d'annuler la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer une carte de résident.

2. Aux termes de l'article 12 de la convention franco-camerounaise du 21 avril 1994 visée ci-dessus : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les nationaux de chacun des États contractants établis sur le territoire de l'autre État peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans dans les conditions prévues par la législation de l'État de résidence. / Ce titre de séjour est renouvelable de plein droit, et les droits et taxes exigibles lors de sa délivrance ou de son renouvellement le sont conformément à la législation en vigueur dans l'État de résidence. ". Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ".

3. Les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être interprétées conformément aux objectifs de la directive 2003/109/CE du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, dont elles assurent la transposition et qui visent à permettre la délivrance d'un titre de séjour de longue durée, valable dans l'ensemble du territoire de l'Union, aux ressortissants de pays tiers résidant dans un Etat membre et remplissant certaines conditions, dont celle de disposer de ressources suffisantes pour ne pas être à la charge de l'Etat, ainsi qu'à uniformiser la définition des ressources prises en compte à cette fin. Il résulte des dispositions de l'article 5 de la directive qu'elles ne permettent aux Etats-membres de ne prendre en compte que les ressources propres du demandeur, sans y adjoindre les prestations dont il peut bénéficier au titre de l'aide sociale. Les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent dès lors être interprétées comme excluant la prise en compte non seulement des prestations qu'elles mentionnent mais également des autres prestations d'aide sociale.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, agent de service en contrat à durée indéterminée, a perçu des salaires s'élevant à 11 020 euros en 2020, 13 295 euros en 2021 et 12 988 euros en 2022, inférieurs au montant du salaire minimum de croissance. Contrairement à ce que soutient l'intéressée, ni l'aide personnalisée au logement ni la prime d'activité perçues en 2022 ne peuvent être prises en compte dans l'appréciation des ressources dont elle a disposé au titre de cette année. Dans ces conditions, le préfet du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions et stipulations précitées, estimer que l'intéressée ne justifiait pas de ressources propres suffisantes sur la période de trois ans considérée et refuser, pour ce motif, de lui délivrer la carte de résident sollicitée.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer une carte de résident. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,