Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301476

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301476
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a annulé la décision du 6 décembre 2022 par laquelle le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes avait rejeté la demande de remise gracieuse de M. A concernant une avance remboursable de 15 000 euros. Le tribunal a relevé d'office que cette demande relevait de la compétence exclusive du comptable public, en application de l'article 120 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012. En statuant lui-même sans transmettre la demande à l'autorité compétente, le président du conseil régional a entaché sa décision d'incompétence, entraînant son annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 6 décembre 2022 par laquelle le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté sa demande de remise gracieuse de la somme de 15 000 euros, correspondant à l'aide " micro-entreprises et associations " qui lui a été versée sous la forme d'une avance remboursable au titre du Fonds Région Unie.

Il soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser l'aide accordée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête, qui ne contient l'exposé d'aucun moyen de droit, est irrecevable ;

- la convention attributive de subvention, signée par M. A, ne prévoit pas qu'une remise gracieuse puisse être octroyée.

Par ordonnance du 29 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.

Par une lettre du 22 août 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes pour rejeter au fond une demande de remise gracieuse, relevant du comptable public en application de l'article 120 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012.

Par un mémoire, enregistré le 26 août 2024, la région Auvergne-Rhône-Alpes a produit des observations en réponse au moyen relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes du 25 août 2020, M. B A, exerçant une activité d'extraction-minute de fruits et légumes sur les marchés, s'est vu attribuer une aide, destinée aux micro-entreprises et aux associations, au titre du fonds Région Unie, prenant la forme d'une avance remboursable d'un montant de 15 000 euros. Par un courrier du 14 novembre 2022 adressé au siège de la région Auvergne-Rhône-Alpes, M. A a sollicité la remise gracieuse de cette somme. Le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes a refusé de faire droit à cette demande par une décision du 6 décembre 2022, dont le requérant demande au tribunal l'annulation.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

3. A l'appui de sa requête, M. A soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser l'aide accordée. Cette requête, qui contient, ainsi, l'exposé d'un moyen, tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes en rejetant sa demande de remise gracieuse, n'est pas irrecevable, contrairement à ce que fait valoir la région en défense. La fin de non-recevoir opposée à ce titre doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 120 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 visé ci-dessus, applicable aux collectivités territoriales en vertu des dispositions du 2° de son article 1er : " Le comptable chargé du recouvrement des titres de perception peut consentir, sur demande du redevable qui est dans l'impossibilité de payer par suite d'une gêne ou d'indigence, des remises sur la somme en principal dans la limite, pour une même créance, d'un montant de 76 000 €. () ".

5. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. ".

6. Par un courrier du 14 novembre 2022 adressé au siège de la région Auvergne-Rhône-Alpes, M. A a sollicité la remise gracieuse de l'avance d'un montant de 15 000 euros versée au titre du Fonds Région Unie dont le remboursement lui était réclamé, en se prévalant de sa situation d'indigence. Alors qu'une telle demande relevait du comptable public en application des dispositions précitées de l'article 120 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012, le président du conseil d'Auvergne-Rhône-Alpes ne la lui a pas transmise et y a, au contraire, statué lui-même par la décision explicite du 6 décembre 2022. Cette décision est, ainsi, entachée d'incompétence et doit, pour ce motif, être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen soulevé par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 décembre 2022 par laquelle le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté la demande de remise gracieuse présentée par M. A est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. ClémentLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,