Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302630

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2302630
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Madame A, qui contestait le refus de l'administration fiscale de lui accorder la demi-part de quotient familial prévue pour les veuves de plus de 74 ans d'anciens combattants. La juridiction a jugé que les conditions de l'article 195-1-f du code général des impôts n'étaient pas remplies, car son époux, bien que titulaire de la carte du combattant, était décédé avant 74 ans sans avoir perçu la retraite du combattant de son vivant. La demande a été requalifiée en recours pour excès de pouvoir, la requérante n'étant pas imposable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2023, Madame C A, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 8 mars 2023 par laquelle le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône lui a refusé le bénéfice de la demi-part de quotient familial accordée aux veuves âgées de plus de 74 ans des titulaires de la carte des anciens combattants.

Elle soutient qu'elle est éligible à la demie-part de quotient familial accordée aux veuves âgées de plus de 74 ans des titulaires de la carte des anciens combattants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que Mme A ne remplit pas les conditions prévues au f du 1 de l'article 195 du code général des impôts.

Par ordonnance du 27 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duca, première conseillère,

- les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 juillet 2022, un avis d'imposition pour 2021 a été établi au nom de Madame A au titre de ses revenus pour 2021. Madame C A étant veuve depuis 1983, elle est imposée sur la base d'un quotient familial d'une part. Elle est non imposable pour l'année 2021. Monsieur B A, décédé à l'âge de 62 ans, était titulaire de la carte du combattant. Madame A, sa veuve, revendique le bénéfice de la demie-part supplémentaire au titre des dispositions du f du 1. de l'article 195 du code général des impôts. Elle a présenté une réclamation préalable le 28 février 2023 laquelle a été rejetée le 8 mars 2023 par le service. Madame A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 8 mars 2023 prise par l'administration.

2. En premier lieu, Mme A n'a fait l'objet d'aucune imposition au titre de l'impôt sur le revenu pour l'année 2021 et ne saurait par suite engager une action devant le juge de l'impôt dans le cadre de la procédure prévue par l'article L. 199 du livre des procédures fiscales. Sa demande s'analyse donc comme un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision susmentionnée du 8 mars 2023, laquelle, en l'absence d'imposition effective du contribuable, est nécessairement détachable de la procédure fiscale et par suite, du contentieux fiscal. Compte tenu notamment des mentions non indicatives que comporte un avis d'imposition ou de non-imposition et de l'incidence qu'elles ont en pratique pour l'octroi des prestations accordées par les organismes sociaux, le refus opposé par l'administration de faire droit à la demande de l'intéressée est susceptible d'avoir des effets sur la situation personnelle de cette dernière. Dès lors, la décision de refus ainsi opposée doit être regardée comme une décision lui faisant grief.

3. En second lieu, aux termes de l'article 195 1. f du code général des impôts dans sa rédaction applicable au 31 décembre 2021 " 1. Par dérogation aux dispositions qui précèdent, le revenu imposable des contribuables célibataires, divorcés ou veufs n'ayant pas d'enfant à leur charge, exclusive, principale ou réputée également partagée entre les parents, est divisé par 1,5 lorsque ces contribuables : () / f. Sont âgés de plus de 74 ans et titulaires de la carte du combattant ou d'une pension servie en vertu des dispositions du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ; cette disposition est également applicable aux conjoints survivants, âgés de plus de 74 ans, des personnes mentionnées ci-dessus ainsi que des personnes âgées de moins de 74 ans ayant bénéficié de la retraite du combattant. ".

4. Ainsi, seules peuvent bénéficier d'une demi-part supplémentaire, les veuves âgées de plus de 74 ans dont l'époux est décédé avant l'âge de 74 ans et qui avait bénéficié de son vivant d'une pension d'ancien combattant.

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. B A était titulaire de la carte du combattant, il est décédé en 1983 à l'âge de 62 ans, soit avant l'âge de 74 ans. Par ailleurs, il n'a jamais perçu la pension d'ancien combattant de son vivant. Les conditions cumulatives posées par l'article 195 1. f dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2021 n'étaient donc pas réunies pour permettre à sa veuve de bénéficier de la demi-part supplémentaire de quotient familial.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 8 mars 2023 ne méconnaît pas les dispositions de l'article 195 1. f du CGI et que l'administration a valablement pu refuser de faire bénéficier Mme A d'une demi-part supplémentaire de quotient familial. Par conséquent, sa requête ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Duca, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La rapporteure,

A. Duca

Le président,

M. Clément La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,