Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305942

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305942
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme B contestant un indu de prime d'activité de 4 351,05 euros pour la période de mars 2020 à mai 2022. Le juge a estimé que son fils majeur, vivant à son domicile et âgé de moins de 25 ans, devait être considéré comme étant à sa charge effective et permanente, justifiant la prise en compte de ses revenus salariaux dans le calcul de la prestation, conformément aux articles L. 842-3 et R. 842-3 du code de la sécurité sociale. Le tribunal a également jugé que les omissions déclaratives répétées constituaient une fraude, ce qui faisait obstacle à toute remise gracieuse de la dette. Enfin, le tribunal s'est déclaré incompétent pour statuer sur la pénalité administrative de 870 euros, cette contestation relevant de la compétence du pôle social du tribunal judiciaire en application de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 juillet et 25 juillet 2023, Mme C D épouse B, doit être regardée comme demandant au Tribunal d'annuler la décision du 16 mai 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Rhône a confirmé un indu de prime d'activité d'un montant de 4 351,05 euros pour la période de mars 2020 à mai 2022, ensemble la décision ayant implicitement rejeté sa demande de remise gracieuse, et la décision du 15 février 2023 lui infligeant une pénalité d'un montant de 870 euros pour fraude, ainsi qu'il lui soit accordée une réduction ou une remise de sa dette.

Elle soutient que :

- les revenus de son fils n'avaient pas à être pris en compte dès lors qu'il déclare ses impôts à part et n'est pas à la charge du foyer ;

- elle n'est pas capable de payer cette dette.

Par un mémoire enregistré le 13 août 2024, la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- son enfant majeur vivant au foyer, ses ressources salariales devaient être déclarées bien qu'il ne soit plus pris en compte pour le calcul des prestations familiales ;

- les omissions déclaratives répétées constituent une fraude justifiant une pénalité administrative ;

- la situation de fraude fait obstacle à toute remise ou réduction gracieuse de la dette.

Par un courrier du 20 août 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions en annulation de la pénalité administrative infligée en application de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale qui relèvent du pôle social du tribunal judiciaire.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, par une décision du 2 janvier 2024 prise en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la demande préalable, les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir constaté l'absence des parties ou de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé de prononcer ses conclusions sur sa proposition.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle de la situation de Mme B révélant que les salaires perçus par son fils A entre les mois de mars 2020 et mai 2022 n'avaient pas été déclarés, la caisse d'allocations familiales du Rhône a procédé à la rectification des ressources du foyer et notifié en conséquence un indu de prime d'activité d'un montant total de 4 351,05 par décision du 12 août 2022 confirmée le 16 mai 2023 sur recours administratif préalable obligatoire. La directrice de la caisse a également infligé à Mme B une pénalité administrative pour fausses déclarations d'un montant de 870 euros par décision du 15 février 2023 puis implicitement rejeté la demande de remise gracieuse présentée par courrier du 15 septembre 2022.

Sur le bien-fondé de l'indu :

2. Aux termes de l'article L. 841-1 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat. ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer () ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné () est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint () ; et / 3° Des enfants () à charge remplissant les deux conditions suivantes : / a) Ouvrir droit aux prestations familiales ou avoir moins de vingt-cinq ans et être à la charge effective et permanente du bénéficiaire () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources () prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Enfin, selon l'article R. 512-2 du même code : " Les enfants ouvrent droit aux prestations familiales jusqu'à l'âge de vingt ans () ".

3. Il résulte de l'instruction que le fils de Mme B était, lors de la période de contrôle, âgé de plus de 20 ans mais moins de 25 ans et qu'il résidait au domicile de ses parents. Les seules circonstances qu'il déclarait ses revenus à l'administration fiscale de manière séparée et qu'il " gérait son budget " de manière autonome sans participer aux charges communes ne suffisent pas à établir qu'il n'était pas à la charge effective et permanente de ceux-ci, notamment en l'absence de toute précision sur la stabilité et le montant de ses ressources propres lui permettant de subvenir personnellement à ses besoins en matière de logement, habillement, alimentation et éducation, tout comme celle qu'il ne pouvait être considéré, du fait de son âge, comme étant à charge au sens de la législation sur les prestations familiales qui est distincte de celle sur la prime d'activité ayant pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes à exercer une activité salariée et de soutenir leur pouvoir d'achat. En outre, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des déclarations trimestrielles produites qu'elle était en mesure de déclarer les ressources de son enfant dans les cases prévues à cet effet. Dès lors, la caisse d'allocation familiales pouvait légalement réintégrer les salaires perçus par son fils en tant que ressources d'un membre du foyer au sens des dispositions précitées. Par suite, les conclusions demandant l'annulation de la décision confirmant la récupération d'un indu de prime d'activité doivent être rejetées.

Sur la remise de dette :

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

5. Contrairement à ce que soutient la caisse d'allocation familiales, la circonstance que Mme B n'a pas déclaré les revenus salariaux de son fils majeur pendant les années en cause ne suffit pas, compte tenu notamment des différentes définitions d'un enfant à charge selon les législations, à établir qu'elle a intentionnellement commis une fraude faisant obstacle à toute remise. Cependant, si la requérante expose ses charges et produit des documents attestant d'un crédit à la consommation et d'un découvert bancaire en juillet 2023, elle ne précise par les ressources de l'ensemble de son foyer constitué par son conjoint et son fils, sans d'ailleurs indiqué s'il vit encore au domicile familial. Dans ses conditions, il ne résulte pas de l'instruction qu'il existe une situation de précarité justifiant que lui soit accordée une remise ou une réduction de sa dette de prime d'activité. Par suite, les conclusions demandant l'annulation de la décision refusant implicitement d'admettre une telle remise ou réduction doivent être rejetées.

Sur la pénalité administrative :

6. Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale rendu applicable par son article L. 845-1 : " I.- Peuvent faire l'objet () d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné : 1° L'inexactitude ou le caractère incomplet des déclarations faites pour le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée () ". Aux termes de l'article L. 114-17-2 du même code : " I.-Le directeur de l'organisme () notifie la description des faits reprochés à la personne physique () qui en est l'auteur afin qu'elle puisse présenter ses observations dans un délai fixé par voie réglementaire. A l'expiration de ce délai, le directeur : () 3° () saisit la commission mentionnée au II du présent article. A réception de l'avis de la commission, le directeur : () c) Soit notifie à l'intéressé la pénalité qu'il décide de lui infliger, en indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir. La pénalité est motivée et peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire. ".

7. Il résulte de ces dispositions que la contestation des pénalités administratives infligées par le directeur de la caisse d'allocations familiales relève de la compétence du pôle social du tribunal judiciaire. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la pénalité administrative doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la pénalité administrative sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse B et à la directrice de la caisse d'allocations familiales du Rhône.

Rendu public par mise à disposition le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°230594