Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306154
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2306154 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | JU Chambre Sociale |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 juillet, 7 et 8 août 2023, Mme C demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions des 16 mai et 30 mai 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales du Rhône a refusé de lui accorder une remise de sa dette de prime d'activité d'un montant de 1 759,92 euros d'une part, et d'autre part, limité la réduction de sa dette de revenu de solidarité active au montant de 151,22 euros pour un indu initial de 604,88 euros, et de lui accorder la remise intégrale demandée pour ces deux créances ;
2°) de condamner au " dédommagement suite au préjudice moral et financier causé ".
Elle soutient que la caisse a commis des erreurs dont elle n'est pas responsable et que ses difficultés financières, sa reprise d'études ainsi que la situation de son enfant atteint de handicap rendent sa situation précaire.
Par un mémoire enregistré le 13 mars 2024, la métropole de Lyon conclut au non-lieu à statuer, subsidiairement au rejet de la requête, en faisant valoir que :
- le remboursement intégral de la dette de revenu de solidarité active par les retenues mensuelles effectuées rend la demande sans objet ;
- elle n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en accordant la réduction litigieuse eu égard à la situation financière de l'intéressée.
Par courrier du 12 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en l'absence de liaison préalable du contentieux.
Par mémoires enregistrés les 23 et 24 juillet 2024, la caisse d'allocations familiales du Rhône conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que le refus d'accorder une remise ou une réduction de la dette est justifié par la situation familiale et les ressources alors connues, et que la dette de prime d'activité a été intégralement remboursée.
La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, par une décision du 2 janvier 2024 prise en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de la sécurité sociale,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir constaté l'absence des parties ou de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé par le magistrat désigné de prononcer ses conclusions sur sa proposition.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un changement d'adresse déclaré par Mme C, celle-ci s'est vue notifier un indu de revenu de solidarité active d'un montant total de 604,88 euros pour un trop-perçu de forfait logement ainsi qu'un indu de prime d'activité d'un montant de 1 759,92 euros. Elle n'a pas contesté le bien-fondé de ces créances par l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire mais elle a sollicité une remise de ses dettes le 24 février 2023, qui lui a été refusée par décision du 16 mai 2023 s'agissant de la prime d'activité mais partiellement accordée le 30 mai 2023 pour un montant de 151,22 euros s'agissant du revenu de solidarité active, laissant à sa charge une somme de 453,66 euros à ce titre.
Sur la remise de dettes :
2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. (). ". Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
En ce qui concerne le non-lieu à statuer :
4. La circonstance que les créances en litige ont été intégralement remboursées en cours d'instance par des retenues effectuées sur des prestations qui devaient être versées à Mme C, lesquelles ont pu aggraver la situation de précarité au demeurant, ne prive pas d'objet son recours dirigé contre les décisions des 16 et 30 mai 2023 refusant la remise de sa dette de prime d'activité ou ne lui accordant qu'une réduction de sa dette de revenu de solidarité active.
En ce qui concerne la dette de revenu de solidarité active :
5. Il ne résulte pas des éléments recueillis dans le cadre de l'instruction, eu égard à l'ensemble des ressources et charges connues de Mme C, qu'elle soit dans une situation de précarité telle qu'elle justifie une remise intégrale ou une réduction supérieure de sa dette de revenu de solidarité active résultant d'un indu dont le bien-fondé ne peut être remis en cause à l'occasion du présent recours, quand bien même l'intéressée est de bonne foi. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 mai 2023.
En ce qui concerne la dette de prime d'activité :
6. Selon les explications de la caisse d'allocations familiales du Rhône, c'est à l'occasion de la déclaration de changement d'adresse de Mme C que " le système a commis une erreur en enregistrant un départ dudit logement (qui) a généré un indu d'aide au logement qui a lui-même entrainé un rappel de prime d'activité ". Cependant, " le système rectifiait son erreur en annulant l'indu d'APL et créait l'indu de prime d'activité () car le rappel lui avait été versé à tort compte tenu du fait que Mme résidait bien dans le logement () sans discontinuité ".
7. Il résulte de l'instruction que Mme C, dont la bonne foi n'est pas remise en cause, assure l'entretien et l'éducation de son enfant B qui est atteint d'un handicap entrainant une gêne notable dans la vie sociale mais conservant son autonomie pour les actes élémentaires de la vie quotidienne. Eu égard aux ressources de la requérante issues notamment d'un contrat d'alternance, rapportées à ses diverses charges constituées en particulier de prêts à la consommation pour assurer l'ameublement de son logement ou ses déplacements en voiture, et de frais de scolarités liés à sa reprise d'études, elle est dans une situation de précarité justifiant que lui soit accordée une réduction de sa dette de prime d'activité à hauteur de 60 % soit d'un montant de 1 055,95.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 16 mai 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Rhône a refusé de lui accorder une remise de sa dette de prime d'activité d'un montant de 1 759,92 euros et que lui soit accordée une réduction de 60 % de cette dette, en laissant à sa charge la somme de 703,97 euros.
Sur la demande indemnitaire :
9. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou () de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. () ". Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ". Il ne résulte pas de l'instruction que les conclusions indemnitaires de Mme C ont été précédées d'une demande formulée auprès de l'administration qui a été explicitement ou implicitement rejetée. Dès lors, ses conclusions sont entachées d'irrecevabilité et ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 mai 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Rhône a refusé d'accorder à Mme C une remise de sa dette de prime d'activité d'un montant de 1 759,92 euros est annulée.
Article 2 : Il est accordé à Mme C une réduction de sa dette de prime d'activité pour un montant de 1 055,95 euros.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la métropole de Lyon et à la caisse d'allocations familiales du Rhône.
Rendu public par mise à disposition le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
R. Reymond-Kellal
La greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2306154
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