Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306989
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2306989 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | JU Chambre Sociale |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 août et 11 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Koko, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 avril 2023 par laquelle le président du département du Rhône a, d'une part, confirmé, sur recours préalable, la récupération de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 720,86 euros pour la période de juin 2012 à février 2013, et d'autre part, accordé une réduction gracieuse de 1 873,45 euros ;
2°) d'enjoindre au président du département du Rhône de restituer la somme de 1 799,41 euros déjà recouvrée, dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le département du Rhône à lui verser la somme de 2 057,03 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raisons de l'illégalité de cette décision ;
4°) de mettre à la charge du département du Rhône la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa requête n'est pas tardive dès lors que sa demande d'aide juridictionnelle a interrompu le délai de recours ;
- elle est recevable à contester la décision relative à l'indu de revenu de solidarité active et non l'avis de saisie administrative à tiers à détenteur ;
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle méconnait l'article L. 211-8 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la prescription biennale prévue par l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles, qui trouve à s'appliquer dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle a commis de fausses déclarations, est acquise en l'absence d'acte d'exécution forcée intervenu entre juin 2017 et septembre 2019 ;
- sa bonne foi et sa situation de précarité justifiait que lui soit accordée une remise intégrale ;
- la saisie administrative a occasionné une aggravation de sa situation financière qui constitue un préjudice matériel devant être indemnisé.
Par un mémoire enregistré le 24 novembre 2023, le département du Rhône conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que :
- elle est entachée d'irrecevabilité partielle en ce qu'elle est dirigée contre l'avis de saisie à tiers détenteur ;
- elle est tardive dès lors qu'elle a été introduite plus de deux mois après l'expiration du délai de recours ;
- ayant commis de fausses déclarations pour obtenir indument un droit au revenu de solidarité active, la prescription biennale ne s'applique pas et la prescription quinquennale prévue par l'article 2224 du code civil a été interrompue par les divers actes d'exécutions forcées notifiées ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par un courrier du 23 juillet 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en l'absence de liaison préalable du contentieux.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2023.
La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, par une décision du 2 janvier 2024 prise en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code civil,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir constaté l'absence des parties ou de leurs représentants à l'appel de l'affaire et présenté son rapport au cours de l'audience publique, le rapporteur public ayant été dispensé de prononcer ses conclusions sur sa proposition.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a bénéficié du revenu de solidarité active entre juin 2012 et février 2013 lorsqu'elle résidait en Guyane. A la suite d'un contrôle ayant mené l'autorité compétente à réintégrer à ses ressources les allocations chômages perçues durant cette période, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 978 euros a été constitué par courrier du 4 décembre 2013. Un avis de saisie administrative à tiers détenteur a été émis le 22 novembre 2022 auprès de son employeur par le comptable public compétent pour le recouvrement de cette créance. Son exécution a conduit celui-ci à verser une somme de 1 799,41 euros retenue sur la paie du mois de décembre 2022. Par décision du 7 avril 2023, le président du département du Rhône a, d'une part, confirmé, sur recours préalable, la récupération de l'indu de revenu de solidarité active pour un montant de 3 720,86 euros, et d'autre part, accordé une réduction gracieuse de 1 873,45 euros correspondant à la somme restant à recouvrer à la date à laquelle il a statué.
2. Par la présente requête, Mme A ne conteste que cette dernière décision sans formuler aucune conclusion à l'encontre de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur qu'il n'appartiendrait d'ailleurs qu'à la juridiction judiciaire d'en connaitre, l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales étant de la compétence du juge de l'exécution, tandis que celui du bien-fondé de ces créances étant de celle du juge administratif en vertu des dispositions combinées des articles L. 281 du livre des procédures fiscales et 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
Sur la contestation de l'indu :
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.
4. En premier lieu, Mme Lafay, vice-présidente déléguée à l'insertion et l'emploi, disposait d'une délégation à l'effet de signer les décisions prises en matière de revenu de solidarité active par un arrêté du président du département qui, pris le 15 juillet 2021, est présumé avoir été régulièrement publié compte tenu des mentions prévues par son article 4 et qui, visant le code de l'action sociale et des familles notamment, est suffisamment précis.
5. En deuxième lieu, la décision du 7 avril 2023 mentionne la nature de la prestation concernée par l'indu et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération, en visant les articles L. 262-3 et R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles. Elle est, par suite, suffisamment motivée au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La circonstance que la requérante n'aurait pas été informée, préalablement à la notification de l'avis de saisie à tiers détenteur, des voies et délais de recours ainsi que des conditions et délais dans lesquels elle pouvait présenter des observations, en application de l'article L. 211-8 du même code, est sans incidence sur la régularité de la décision confirmant la récupération de l'indu en litige.
6. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".
7. Mme A ne conteste pas sérieusement que l'indu de revenu de solidarité active en litige procède de la réintégration de ressources issues des allocations chômages qu'elle percevait entre juin 2012 et février 2013 mais qu'elle n'a pas déclarées. Eu égard au caractère réitéré des omissions déclaratives et à la nature des ressources ainsi omises, le département du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant qu'elle avait commis de fausses déclarations lui permettant de poursuivre le recouvrement de l'indu au-delà de la prescription biennale. Par ailleurs, il n'est ni établi, ni même allégué, que les divers actes de poursuites et titres exécutoires émis entre le 8 décembre 2014 et le 8 mars 2022 ne lui aurait pas été régulièrement notifiés. Par suite, la prescription quinquennale n'est pas acquise.
Sur la remise gracieuse :
8. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. (). ".
9. En premier lieu, une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu présentée par un bénéficiaire du revenu de solidarité active ne trouve pas sa base légale dans la décision de récupération de cet indu et n'est pas davantage prise pour son application. Par suite, le bénéficiaire qui conteste un refus de remise gracieuse ne peut utilement exciper, à l'appui de sa demande d'annulation de ce refus, de l'illégalité de la décision de récupération. En outre, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
10. Il en résulte que les moyens tirés des vices propres ou de la prescription ou de l'illégalité de la décision confirmant la récupération de l'indu sont inopérants à l'encontre de la décision attaquée en ce qu'elle refuse une remise intégrale de la dette.
11. En second lieu, lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au RSA ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises.
12. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été précédemment indiqué au point 7, qu'eu égard au caractère réitéré des omissions déclaratives et à la nature des ressources ainsi omises, Mme A a commis de fausses déclarations qui font obstacle à ce qu'elle puisse bénéficier de la remise intégrale de sa dette, alors même que le président du département du Rhône a estimé utile de lui accorder une réduction à titre purement gracieux.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 avril 2023 confirmant la récupération de l'indu et limitant sa demande gracieuse à une réduction de la dette. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires tendant à la restitution des sommes déjà recouvrées, doivent par suite être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur l'indemnisation :
14. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". En l'absence, au jour du présent jugement, de toute décision explicite ou implicite du département du Rhône rejetant la demande indemnitaire de Mme A, les conclusions indemnitaires qu'elle présente sont irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de 37 de la loi du 10, juillet 1991 susvisée font obstacle à ce que le département du Rhône, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocat de Mme A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département du Rhône.
Rendu public par mise à disposition le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
R. Reymond-Kellal
La greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2306989
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