mercredi 4 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2124647 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | LOQUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 19 novembre 2021 et le 10 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Loques, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour en date du 15 septembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissances des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, dès lors que le préfet de police a procédé à la consultation du traitement de ses antécédents judiciaires ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ,
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête de M. A.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Vidal a été entendus au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien né le 26 mars 1994, est entré en France en 1995 selon ses déclarations. Il a été mis en possession d'un document de circulation pour mineur valable du 15 mai 2007 au 25 mars 2012 puis d'une carte de séjour temporaire valable du 18 juin 2012 au 17 juin 2013, renouvelée du 8 novembre 2013 au 7 novembre 2014, du 25 mars 2015 au 24 mars 2016 puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 20 décembre 2016 au 19 décembre 2018. Le 18 novembre 2020, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 15 septembre 2021, le préfet de police lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de séjour de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE ". Aux termes de l'article L. 432-2 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Pour refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que celui-ci a été condamné le 16 octobre 2018 par le tribunal de grande instance de Paris à 150 euros d'amende pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et qu'il aurait fait l'objet de plusieurs signalements auprès des services de police. Toutefois, le préfet de police ne produit aucune pièce à l'appui de ces dernières allégations. Ainsi, cette seule condamnation, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été condamné pour d'autres faits, n'est pas de nature à elle seule à faire regarder la présence en France de M. A comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en estimant qu'à la date de l'arrêté attaqué, la présence du requérant en France constituait une menace à l'ordre public, le préfet de police a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement implique que le préfet de police procède au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de munir ce dernier, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : L'arrêté du 15 septembre 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Vidal, présidente
- Mme Merino, première conseillère,
- M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 octobre 2023.
La présidente- rapporteure,
S. VIDAL
L'assesseur le plus ancien,
M. MERINO La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607380
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419801
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2421162
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2423911
01/07/2026