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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423911

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423911

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423911
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 septembre 2024 et 30 avril 2025, M. A... B... demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 6 juin 2024 par laquelle la commission de discipline de la section disciplinaire de Sorbonne université compétente à l’égard des usagers lui a infligé la sanction de blâme ;

2°) d’enjoindre à Sorbonne université de verser à l’instance son dossier étudiant, actualisé à la date de la réunion de la commission de discipline ;

3°) d’enjoindre à Sorbonne université d’afficher le jugement à intervenir, non anonymisé, dans l’hypothèse où il serait fait droit à ses conclusions d’annulation.

Il soutient que :
- la sanction est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d’un détournement de procédure dès lors que la lettre par laquelle la présidente de l’université a saisi l’instance disciplinaire le 24 octobre 2023 fait état de faits qui relèveraient d’une qualification pénale et ne peuvent en tout état de cause faire l’objet de la saisine d’une instance disciplinaire ;
- la décision est privée de base légale, étant fondée sur deux textes qui ne lui sont pas applicables, soit l’article L. 121-4 du code de l’éducation et la circulaire du 25 août 2017 ;
- la décision est entachée d’une erreur d’appréciation, dès lors que le voyage qu’il a effectué en Colombie était un voyage privé, dépourvu de lien avec son statut d’étudiant de Sorbonne université, qu’il ne peut être considéré comme un professionnel de l’archéologie averti des usages et des règles de son domaine d’activité et que son comportement lors de ce voyage ne révèle aucune faute à l’égard de l’université.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 avril 2025 et 30 mai 2025, Sorbonne université, représentée par sa présidente, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- il convient de faire droit à une substitution de motifs dès lors qu’il convenait de sanctionner le requérant pour les mêmes faits non pas sur le fondement de la circulaire du 25 août 2017 relative aux règles applicables aux missions archéologiques françaises financées par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères, mais sur la méconnaissance des principes généraux de la déontologie et des règles applicables aux fouilles archéologiques ;
- en tout état de cause, la sanction aurait pu être fondée sur la seule première faute disciplinaire, à savoir la méconnaissance des procédures internes de l’université en l’absence de convention de stage et de signalement de son projet de séjour à l’étranger au fonctionnaire de sécurité défense de l’établissement justifiant une neutralisation du motif tenant à la méconnaissance de la déontologie et des règles applicables aux fouilles
- aucun des autres moyens soulevés par M. B... n’est fondé.


Par une ordonnance du 2 mai 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 2 juin 2026.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus lors de l’audience publique :
- le rapport de Mme Monteagle,
- les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public,
- et les observations de M. B....



Considérant ce qui suit :

Par une décision du 6 juin 2024, la commission de discipline de Sorbonne université compétente à l’égard des usagers a infligé à M. B..., étudiant en master 1 d’histoire de l’art et d’archéologie de la faculté de lettres de cette université, la sanction de blâme. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal d’annuler cette décision.

Sur les conclusions d’annulation :

Aux termes de l’article R. 811-25 du code de l’éducation : « Les poursuites sont engagées devant la section disciplinaire par le président de l’université dans les cas prévus aux 1° et au 2° de l’article R. 811-11 ». Aux termes de l’article R. 811-11 de ce code : « Relève du régime disciplinaire prévu aux articles R. 811-10 à R. 811-42 tout usager e l’université lorsqu’il est auteur ou complice, notamment (…) / de tout fait de nature à porter atteinte à l’ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l’université. (…) ». Aux termes du I de l’article R. 811-36 du même code : « Les sanctions disciplinaires applicables aux usagers des établissements publics d’enseignement supérieur sont, sous réserve des dispositions de l’article R. 811-37 : (…) / 2° Le blâme ».

Il ressort des termes de la décision attaquée que l’université a estimé que M. B... avait commis deux fautes justifiant le blâme en raison de son séjour en Colombie en février 2023 : d’une part, une méconnaissance des règlements de l’université applicables aux séjours d’étude à l’étranger ; d’autre part, une méconnaissance des règles fixées par la circulaire du 25 août 2017 du ministre de l’Europe et des affaires étrangères régissant les missions de fouilles archéologiques françaises en ayant contribué à des fouilles clandestines.

En ce qui concerne la méconnaissance de la règlementation de l’université :

L’université a sanctionné M. B... au premier motif qu’il avait effectué un voyage d’études en Colombie en février 2023 pour étayer son mémoire de master sans se conformer à la réglementation de l’université, exigeant la signature d’un convention de stage et le signalement de sa présence dans tout pays étranger au fonctionnaire sécurité et défense de l’établissement, alors que ce voyage lui avait été déconseillé par les enseignants du master, compte tenu de la situation sécuritaire dans ce pays. Toutefois, il est constant que ce voyage, financé sur les deniers personnels de M. B... et s’étant déroulé en dehors du temps universitaire, a été effectué à titre privé par le requérant. De plus, l’université ne se prévaut d’aucun règlement interne, de l’établissement ou du master, faisant obligation aux étudiants de déclarer à l’université tout voyage à l’étranger qui aurait un lien avec la conduite d’une recherche ou de leur formation, alors que les règlements de l’établissement ne font peser des obligations qu’aux étudiants sous convention de stage, ce qui n’était pas le cas de M. B.... La circonstance que la destination de ce voyage soit liée au mémoire de master du requérant ne suffit pas par elle-même à faire peser sur l’intéressé une quelconque obligation de tenir l’université informée de ce voyage à l’étranger. De même, si M. B... a choisi d’utiliser certains éléments collectés lors de ce voyage touristique dans son mémoire de master, une telle utilisation, si elle est maladroite et probablement inadéquate dans un travail de nature universitaire, ne suffit pas à conférer rétroactivement au voyage de M. B... la qualité d’un stage déguisé qui aurait été effectué hors de tout conventionnement. Dès lors, M. B... est fondé à soutenir qu’il a commis aucune faute en effectuant ce voyage en Colombie en février 2023 sans respecter la réglementation de l’université applicable aux stages à l’étranger.

En ce qui concerne la méconnaissance des règles déontologiques en matière d’archéologie

La commission de discipline a également sanctionné M. B... au motif qu’il avait méconnu la circulaire du 25 août 2017 du ministre de l’Europe et des affaires étrangères régissant les missions de fouilles archéologiques françaises. M. B... conteste néanmoins cette seconde faute dès lors que les prescriptions de cette circulaire ne lui étaient pas applicables, compte tenu de l’objet et des conditions de son séjour en Colombie, rappelés au point 3, ce qui n’est pas sérieusement contesté par l’université.

Toutefois et d’autre part, lorsqu’il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur le fondement d’un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l’excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l’application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l’espèce, l’université sollicite à bon droit une substitution de base légale, faisant valoir qu’elle était fondée à sanctionner les mêmes faits commis par M. B... en Colombie à raison de la méconnaissance par ce dernier des règles déontologiques applicables aux fouilles archéologiques qui excluent, de la part d’un étudiant confirmé en archéologie, toute contribution à toute forme de fouille clandestine, menée hors du cadre légal prévu dans le pays concerné. Il y a lieu de faire droit à cette demande de substitution de base légale.

Toutefois, pour établir le manquement par M. B... aux règles déontologiques de son domaine scientifique, la décision attaquée a relevé que M. B... avait participé en Colombie à des fouilles clandestines, conduites sans autorisation et en méconnaissance des règles de l’État colombien, alors qu’il ne ressort pas des pièces du dossier, et n’est pas sérieusement soutenu par l’université, que M. B... ait effectivement effectué une fouille sauvage sur le sol colombien. Il ressort en outre de ces mêmes pièces que M. B... a eu, lors de son voyage, un échange avec des habitants de la localité de San Augustin, que ces derniers lui ont à cette occasion présenté des vestiges probablement de nature archéologique qu’ils conservaient à leur domicile, que ces vestiges avaient été découverts lors du creusement d’une piscine privée, dans des conditions qui manifestement méconnaissaient les règles colombiennes de préservation de telles vestiges, que M. B... a photographié ces pièces qui lui étaient présentées et a inséré au moins une de ces photographies dans son mémoire de master. Il ressort du texte même de son mémoire commentant cette photographie que M. B... s’est borné à constater et à déplorer l’existence d’une pratique de fouilles sauvages du sous-sol colombien. Compte tenu de l’ensemble de ces circonstances, M. B..., qui n’a participé à aucune fouille clandestine, ni n’en fait l’apologie dans son mémoire de master 1, n’a méconnu aucun principe déontologique et n’a donc eu aucun comportement fautif, alors qu’il appartenait au jury chargé de la lecture de son mémoire d’apprécier l’intérêt et la crédibilité scientifique des photographies et commentaires de M. B..., ainsi que des conditions de la collecte de ces éléments. A supposer donc qu’il soit fait droit à la demande de substitution de base légale, M. B... ne saurait être regardé comme ayant méconnu les principes déontologiques de son domaine d’apprentissage.

Il résulte de ce qui précède que c’est à bon droit que M. B... soutient qu’il n’a commis aucune des deux fautes qui lui sont reprochées.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, ni utile d’effectuer la mesure d’instruction sollicitée par M. B... visant à la communication par l’université de l’ensemble du dossier le concernant à sa disposition, que la sanction du 6 juin 2024 prise à l’égard de M. B..., qui n’est fondée sur aucun comportement fautif, doit être annulée.




Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ».

Si le requérant sollicite qu’il soit enjoint à l’université d’afficher le présent jugement, dès lors que la sanction dont il avait fait l’objet avait elle-même fait l’objet d’un affichage anonymisé, l’annulation du blâme infligé au requérant n’implique pas nécessairement une mesure d’exécution en ce sens. Ces conclusions à fin d’injonction ne peuvent donc qu’être rejetées.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du 6 juin 2024 par laquelle la commission de discipline de la section disciplinaire de Sorbonne université compétente à l’égard des usagers lui a infligé un blâme est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à Sorbonne université.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

La rapporteure,


Signé

M. MONTEAGLELe président,


Signé

J.-C. TRUILHE

La greffière,
Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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