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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2322439

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2322439

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2322439
TypeDécision
Formation1re Section - 2e Chambre -OQTF 6 sem.
Avocat requérantTIGOKI IYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2023, Mme E B, représentée par Me Tigoki Iya, demande au président du tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4 °) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de

l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocat, Me Tigoki Iya, sur le fondement de l'article 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

* elle a été prise par une autorité incompétente ;

* cette décision n'est pas suffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen personnel de sa situation ;

* le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est en demande d'asile dès lors qu'il s'est cru à tort en situation de compétence liée.

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

* elle serait soumise en cas de retour dans son pays d'origine à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a délégué M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 27 novembre 2023 en présence de Mme Guignard, greffière d'audience, M. D a lu son rapport.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 septembre 2023, le préfet de police a obligé

Mme E B, ressortissante ivoirienne née le 3 décembre 1989, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné à M. C A, ayant le grade de conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer et exerçant les fonctions chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de la décision attaquée. Contrairement à ce que soutient la requérante, la mention des nom prénom et qualité de M. A apparaissent en caractère visibles sur l'arrêté attaqué. Par suite le moyen tiré de ce que cette décision aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté du 15 septembre 2023 attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions édictées par cet arrêté. Ce dernier satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté, ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation de la requérante n'aurait pas été examinée de manière sérieuse et individualisée préalablement à l'édiction de la décision faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français, ni que les éléments relatifs à la situation personnelle de cette dernière n'auraient pas été pris en compte, ni que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée, compte tenu de la décision du juge de l'asile, pour édicter une obligation de quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de

Mme B a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et que le recours dirigé contre cette décision a été définitivement rejeté par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 1er juin 2023 qui a été notifiée à l'intéressée le

5 juin 2023. Si Mme B fait état de manière générale de " persécutions et de menaces ", ainsi que des " risques certains, qui ne tarderont pas à se réaliser ", en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'a apporté, ni dans le cadre de l'instruction écrite, ni à l'audience publique, aucun élément au soutien de ces allégations. Il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi qu'à la date de la décision attaquée, Mme B serait exposée, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements inhumains et dégradants en violation des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B aux fins d'annulation des décisions qu'elle attaque doivent être rejetées. Par voie de conséquence et dès lors que le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de procès :

9. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à sa charge les sommes que la requérante demande au titre des frais exposés en vue de la présente instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B au préfet de police.

Lu en audience publique le 8 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

A. D

La greffière,

I. Guignard

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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