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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414257

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414257

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414257
TypeDécision
Formation1re Section - 2e Chambre -OQTF 6 sem.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2024, M. E B, représenté par Me Azoulay-Cadoch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à tout préfet compétent de lui délivrer dans les quinze jours du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un titre de séjour avec autorisation de travail et, dans l'attente de la délivrance de ce titre, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de le convoquer à un rendez-vous en vue de la remise de ce récépissé ; à défaut, d'enjoindre à tout préfet compétent de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un récépissé avec autorisation de travail

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application

de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a délégué M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 9 juillet 2024 en présence de Mme Guignard, greffière d'audience, M. D a lu son rapport.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées à l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 mai 2024, la préfète de l'Essonne a obligé M. B, ressortissant algérien né le 10 février 1984, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2024-PREF-DCPPAT-BCA-077

du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de l'Essonne, la préfète de L'Essonne a donné délégation à M. C A, directeur de cabinet, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figurent les décisions en matière d'éloignement des étrangers en situation irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 20 mai 2024 attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français et notamment les dispositions de

l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et les éléments relatifs à la situation personnelle, familiale et administrative de l'intéressé. Alors même qu'il ne vise pas expressément le 1° de l'article L. 611-1, l'arrêté attaqué indique que l'intéressé n'a pas été en mesure de présenter un document transfrontière et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, explicitant ainsi le fondement légal de la décision faisant obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué, qui énonce ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions qu'il édicte, permettait à l'intéressé de comprendre ces décisions et de les discuter utilement. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la situation de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen sérieux et individualisé.

4. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dispose que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage d'éloigner un étranger du territoire français d'apprécier, sous le contrôle du juge, si eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie privée et familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

5. En l'espèce, M. B est entré en France le 8 novembre 2021 selon ses propres déclarations. Il ressort des pièces du dossier qu'il n'a entrepris depuis lors aucune démarche de régularisation. S'il soutient dans sa requête être marié depuis le 11 juillet 2019 et être père d'un enfant né le 15 août 2022 en France, il n'en a pas justifié. Il n'a pas pas davantage justifié de sa résidence alléguée à Paris. Au surplus, aucune intégration socioprofessionnelle ne ressort des pièces du dossier, M. B étant au contraire connu des services de police et ayant été appréhendé en flagrant délit de vol en réunion avec effraction. Il n'est pas établi, dans ces conditions, qu'en faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne aurait porté à la vie privée et familiale de ce dernier une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise. Par suite le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. En quatrième lieu, à supposer que le comportement de M. B ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne, qui a fondé sa décision sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait pris la même décision en l'absence d'un tel motif.

7. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier

que M. B serait père d'un quelconque enfant. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme inopérant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de procès :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante à la présente instance, la somme que M. B sollicite au titre des frais exposés en vue de la présente instance et non compris dans les dépens.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E

Article 1 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 19 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

A. D

La greffière,

I. Guignard

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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