vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2414122 |
| Type | Décision |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre -OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juin 2024, M. A B, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, dans un délai de huit jours sous astreinte de
50 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros à verser à Me Sangue en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait accordée.
Il soutient que :
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen individualisé de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il encourt en cas de retour dans son pays d'origine des risques de traitements inhumains et dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau de la société Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a délégué M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 9 juillet 2024 en présence de Mme Guignard, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations M. B, assisté d'un interprète en langue tamoule.
Le préfet de police n'étant ni présent ni représenté à l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des observations orales.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 15 mai 2024, le préfet de police a obligé M. B, ressortissant bangladais né le 1er juin 1995, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à M. Berqouqi conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, attaché d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté du 15 mai 2024 attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions édictées par cet arrêté. Ce dernier satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de
l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration en permettant à l'intéressé de comprendre la décision attaquée et de la contester utilement. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen individualisé de la situation de M. B.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ".
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. B a étés rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides
le 6 avril 2023 et que le recours contre cette décision, présenté devant la Cour nationale du droit d'asile, a été rejeté par une décision du 13 décembre 2023 notifiée le 2 janvier 2024.
Par suite le moyen tiré par M. B de ce que la décision attaquée méconnaîtrait
l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dispose que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage d'éloigner un étranger du territoire français d'apprécier, sous le contrôle du juge, si eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie privée et familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.
9. En l'espèce, M. B est entré en France le 27 décembre 2022 selon ses propres déclarations. S'il soutient que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, il n'assortit ce moyen d'aucune précision relative à sa situation personnelle et familiale, ni même à son insertion socioprofessionnelle. Il n'est pas établi, dans ces conditions, qu'en faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet de police aurait porté à la vie privée et familiale de ce dernier une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels sa décision a été prise. Par suite le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation manifeste.
10. En sixième et dernier lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. En l'espèce, ainsi qu'il a été exposé au point 7 du présent jugement, la demande d'asile de M. B a été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile.
Si M. B affirme qu'il serait en danger en cas de retour dans son pays d'origine, il n'assortit cette allégation d'aucune précision. Il n'est pas établi dans ces conditions qu'à la date de la décision attaquée, M. B serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements inhumains et dégradants en violation des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais de procès :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante à la présente instance, la somme que M. B sollicite au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Lu en audience publique le 19 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
A. C
La greffière,
I. Guignard
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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