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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2414243

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2414243

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2414243
TypeDécision
Formation1re Section - 2e Chambre -OQTF 6 sem.
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2024, M. A C, représenté par Me Ottou, demande au président du tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a désigné le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros à verser à Me Ottou en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait accordée.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été édicté par une autorité incompétente ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux individualisé ;

- le préfet de police n'a pas procédé à la vérification prévue par les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français alors qu'il était dans le délai légal imparti par les dispositions des articles L. 435-3 et L. 423-22 pour déposer sa demande de titre de séjour, le préfet de police a méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau de la société Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Paris a délégué M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 9 juillet 2024 en présence de Mme Ramphort, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations Me Ottou, représentant M. C, le préfet de police n'étant ni présent ni représenté à l'audience.

Au cours de l'audience, le magistrat désigné a délivré, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, l'information suivant laquelle il serait susceptible de prononcer d'office une injonction à l'encontre de l'autorité administrative sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des observations orales.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 mai 2024, le préfet de police a obligé M. C, ressortissant ivoirien né le 26 décembre 2005, à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". En l'espèce, s'il est constant que M. C est entré sur de façon irrégulière le territoire national, où il s'est maintenu, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'il y est entré à l'âge de 16 ans et qu'il y a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et qu'il s'est, depuis lors, inséré professionnellement par son travail sous contrat d'apprentissage dans le secteur de la mécanique. M. C est majeur depuis six mois à la date de la décision attaquée et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait conservé des attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en faisant obligation à M. C de quitter le territoire français, le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet de police a fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai et a désigné le pays de destination doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. " En l'espèce, l'annulation de l'arrêté attaqué pour les motifs précédemment exposés implique nécessairement que le préfet de police réexamine la situation de M. C. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de police, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de M. C dans un délai qu'il y a lieu de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à ce dernier, dans les quinze jours de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente d'un tel réexamen.

Sur les conclusions relatives aux frais de procès :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve, en premier lieu, que M. C soit admise à l'aide juridictionnelle à titre définitif et sous réserve, en second lieu, que Me Ottou, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ottou d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1 : L'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet de police a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve, d'une part, de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, que Me Ottou renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Ottou avocate de M. C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.

Lu en audience publique le 19 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

A. B

La greffière,

A. Ramphort

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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