mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2403463 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SELARL SMETH |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 février et 23 août 2024 sous le numéro 2403463, M. B C, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
II. Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 5 et 30 juillet et 23 août 2024 sous le numéro 2418976, M. B C, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié " sous peine de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement, sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;
- la décision portant refus de titre de séjour viole les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 août 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Ostyn a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant mauritanien, né le 23 décembre 1991, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 28 décembre 2022. Par la requête n° 2403463, M. C demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande. Par la requête n° 2418976, il demande l'annulation de l'arrêté du 9 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
2. Les requêtes n° 2403463 et n° 2418976, présentées par M. C, concernent la situation d'un même requérant, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la requête n° 2403463 :
3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ", et aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". En vertu de ces textes, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger fait naître, en cas de silence gardé par l'administration au-delà du délai de quatre mois fixé par l'article R. 432-2, une décision implicite de rejet susceptible d'un recours pour excès de pouvoir. Toutefois, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement à la décision implicite de rejet se substitue à cette dernière.
4. En l'espèce, si du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet de police sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée par M. C le 28 décembre 2022 est née une décision implicite de rejet, il ressort des pièces des dossiers que, par arrêté du 9 juin 2024, le préfet de police a rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé. Cette décision expresse s'est substituée à la décision implicite rejetant la même demande. Il s'ensuit que les conclusions de M. C à fin d'annulation de ladite décision implicite sont devenues sans objet, de même que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a plus lieu de statuer sur l'ensemble de ces conclusions.
Sur la requête n° 2418976 :
5.En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté du 9 juin 2024 énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions attaquées. En particulier, l'arrêté mentionne que M. C est célibataire et sans charge de famille en France, qu'il ne justifie pas être démuni d'attaches familiales à l'étranger où réside sa mère, que la circonstance que son frère réside en France ne lui confère aucun droit au séjour et qu'il produit à l'appui de sa demande une demande d'autorisation de travail pour exercer le métier de plongeur en contrat à durée indéterminée, qui ne saurait constituer à lui seul un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation de M. C doivent être écartés.
6.En second lieu, M. C, qui n'a pas présenté de demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement soutenir que le préfet aurait méconnu ses dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article, qui est inopérant, doit être écarté.
7.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8.Il ressort des pièces du dossier que M. C est présent sur le territoire français depuis décembre 2018, soit depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, s'il fait valoir qu'il est employé comme plongeur depuis décembre 2018, les pièces qu'il fournit à l'appui de ses allégations pour les années 2018 à 2022 sont établies au nom de M. A D, sans qu'il explique dans sa requête les raisons qui justifieraient l'emploi d'un autre nom que le sien et sans que l'attestation de concordance émanant non pas de l'entreprise mais du délégué syndical Force ouvrière de l'entreprise Compass group ni celle en date du 12 juillet 2024 émanant du gérant de la restauration de la maison médicale Jeanne Garnier où il est employé mentionnant les deux noms du requérant ne suffisent à établir l'identité entre M. A D et l'intéressé. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les adresses de M. C et de M. A D ne coïncident pas. Par ailleurs, il est constant que le requérant est célibataire et sans charge de famille, ainsi que l'a relevé le préfet de police dans la décision attaquée. Il n'établit en outre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, la seule circonstance que son père soit décédé ne suffisant pas à démontrer qu'il ne possède pas d'attaches dans son pays d'origine. Enfin, la circonstance, à la supposer établie, que son frère résiderait en France ne suffit pas à démontrer qu'il possède en France sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police, en refusant de lui délivrer une autorisation exceptionnelle de séjour, aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation et porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne peut non plus soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
9.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B C dans le cadre de la requête n° 2403463.
Article 2 : La requête n° 2418976 est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
I. OSTYN
Le président,
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2 et N° 2418976/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607380
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419801
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2421162
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2423911
01/07/2026