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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418722

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418722

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418722
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du préfet de police du 24 juin 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pendant cinq ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé, que l'auteur était compétent et que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation. Elle a considéré que le refus de renouvellement était légalement fondé sur les articles L. 432-1-1, 441-1 et 441-2 du code pénal, en raison de faits de faux et d'usage de faux commis par le requérant, sans que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ou du caractère disproportionné de l'interdiction de retour ne soient retenus.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. B A, représenté par

Me Djemaoun, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié temporaire " ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, et un récépissé de sa demande dans les cinq jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

-L'arrêté attaqué a été pris par un auteur incompétent ;

-La menace à l'ordre public n'est pas réelle et actuelle d'autant qu'elle est antérieure à son admission au séjour, de sorte que l'arrêté est entaché de défaut d'examen de la situation, d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit ;

-L'arrêté est entaché d'insuffisance de motivation, faute de mention d'aucun élément de sa situation personnelle ;

-L'arrêté est entaché d'erreur de fait ;

-L'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-Il remplit les conditions de renouvellement de son titre de séjour ;

-S'agissant du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;

-L'interdiction de retour est fondée sur un refus d'octroi d'un délai de départ volontaire illégal ;

-L'interdiction de retour est insuffisamment motivée faute de mentionner les quatre critères de son édiction ;

-L'interdiction de retour est entachée d'erreur de droit faute de mentionner les quatre critères de son édiction ;

-la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée, alors qu'il séjourne en France depuis 2015 et s'est vu délivrer à compter du 28 avril 2022 un titre de séjour " salarié " et travaille ;

-la durée de cette interdiction est disproportionnée compte tenu de la durée de son séjour en France, de son travail et de son absence d'attaches dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

12 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossholz,

- et les observations de Me Djemaoun, représentant M. A.

Une note en délibéré, présentée par Me Djemaoun pour M. A, a été enregistrée le 1er octobre 2024 et n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 20 octobre 1997 à Komeoulou, ressortissant malien, a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 24 juin 2024, le préfet de police lui a opposé un refus, l'a obligé à quitter le territoire national sans délai et lui a interdit le retour sur ce dernier pendant cinq ans. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par arrêté n°2024-00598, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Seine-et-Marne le 13 mai 2024, le préfet de police a donné délégation à M. C, auteur des décisions en litige, pour signer notamment les décisions de cette nature, en cas d'empêchements d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'aient pas été empêchées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, l'arrêté attaqué expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et notamment des éléments de sa situation personnelle et il ne ressort pas des pièces du dossier un défaut d'examen particulier des circonstances.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. "432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : () 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal () ". Aux termes de l'article 441-1 de ce code : " Constitue un faux toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques. Le faux et l'usage de faux sont punis de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ". Aux termes de l'article 441-2 du même code : " Le faux commis dans un document délivré par une administration publique aux fins de constater un droit, une identité ou une qualité ou d'accorder une autorisation est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. L'usage du faux mentionné à l'alinéa précédent est puni des mêmes peines () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, d'une part, a été condamné le

11 mai 2021 par le président du tribunal judiciaire de Paris pour usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation le

18 janvier 2021, d'autre part, est connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires le

19 février 2021 pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et participation avec arme à un attroupement, dont l'intéressé ne conteste pas la matérialité. Il en résulte que les moyens tirés des défauts d'examen de la situation, erreur de fait, erreur manifeste d'appréciation et erreur de droit ne peuvent donc qu'être écartés. Il en résulte aussi que le requérant ne remplit pas les conditions de renouvellement de son titre de séjour.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille en France et ne pas être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 18 ans. Il en résulte qu'en édictant la décision en litige, le préfet de police n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

En ce qui concerne l'absence d'octroi d'un délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes des articles L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, respectivement : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () " et " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

9. Contrairement à ce que soutient M. A, le préfet, en se fondant, pour édicter l'arrêté attaqué, sur les faits mentionnés au point 5 du présent jugement, a suffisamment caractérisé la menace à l'ordre public que constitue le comportement de ce dernier au regard des dispositions précitées, nonobstant la circonstance qu'il lui avait délivré un titre de séjour postérieurement à ces faits, en 2022.

10. Il résulte de ce qui vient d'être dit que contrairement à ce que soutient M. A, l'interdiction de retour n'est pas fondée sur un refus d'octroi d'un délai de départ volontaire illégal.

11. L'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et notamment " que l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé qui ne révèle pas l'existence de circonstances humanitaires, a été appréciée au regard à la fois de la durée de son séjour en France, des conditions dans lesquelles ce séjour s'est déroulé, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de la nature de la menace que son comportement fait peser sur l'ordre public ". Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut donc qu'être écarté.

12. Contrairement à ce que soutient M. A, cette décision n'est pas entachée d'erreur de droit compte tenu des motifs, qui viennent d'être mentionnés, pour lesquels elle a été édictée.

13. Il ne résulte pas des pièces du dossier qu'en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans, le préfet de police aurait pris une décision disproportionnée au regard de la menace à l'ordre public que représente le comportement de l'intéressé et des conditions de son séjour et de ses attaches personnelles en France comparées à celles dont il dispose dans son pays d'origine, déjà décrites au point 7.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

Le président,

J.-C. TRUILHELa greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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