mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2418913 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 11 juillet et
11 septembre 2024, le mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Bechieau, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Le requérant soutient que :
-Le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire ont été pris par un auteur incompétent ;
-Ils sont insuffisamment motivés ;
-Ils sont entachés d'un défaut d'examen particulier du dossier ;
-Ils sont entachés d'erreur de fait notamment en ce qui concerne la poursuite de ses études au titre de l'année 2023/2024 ;
-Ils violent les articles L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il est entré en France il y a 5 ans, à l'âge de 16 ans, s'y est intégré par sa scolarité et ses études et y a plusieurs membres de sa famille dont son oncle qui le prend en charge alors que son père est décédé et qu'il n'a plus au Mali que sa mère avec laquelle les relations sont distendues et a tissé des liens avec diverses personnes rencontrées lors d'activités sportives ;
-Ils sont entachés d'erreur de droit du préfet sur sa compétence liée en l'absence de visa de long séjour ;
-Ils méconnaissent l'article L.422-1 du code dont l'intéressé remplit les conditions ;
-Ils sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de ce dernier ;
-L'obligation de quitter le territoire est fondée sur un refus de séjour illégal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au
12 septembre 2024.
Par une décision du 22 août 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grossholz,
- et les observations de Me Bechieau, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 20 décembre 2022 à Manthia, ressortissant malien, a demandé son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 21 juin 2024, le préfet de police lui a opposé un refus, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire qui sont devenues sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Il ressort des pièces du dossier qu'entré en France le 2 août 2019 alors qu'il était âgé de 16 ans, M. B y séjourne depuis lors, y a obtenu un baccalauréat professionnel avec la mention " bien " en 2023 et a pour projet, à la date de l'arrêté attaqué, la poursuite de ses études en vue de l'obtention d'un brevet de technicien supérieur. Il justifie avoir noué en France des relations avec de nombreuses personnes, rencontrées notamment dans le cadre d'activités sportives, l'intéressé justifiant ayant été licencié au sein du club Union sportive Paris XI de 2019 et 2021, qui attestent de ses qualités personnelles. Dans les circonstances particulières de l'espèce, nonobstant la présence de la mère de l'intéressé au Mali, tandis que son père y est décédé, le préfet de police a entaché l'arrêté attaqué d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, cet arrêté est illégal et doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes de l'article L.911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".
6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an soit délivrée au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou à toute autre autorité compétente de délivrer ce titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que
Me Bechieau, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du préfet de police le versement à Me Bechieau de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté attaqué est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou à toute autre autorité compétente de délivrer à
M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Bechieau une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que
Me Bechieau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Bechieau et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
C. GROSSHOLZ
Le président,
J.-C. TRUILHELa greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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