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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2418918

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2418918

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2418918
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris rejette la requête de M. A, ressortissant sénégalais, contestant l'arrêté du préfet de police du 3 juin 2024 lui refusant l'admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal estime que l'arrêté est suffisamment motivé, notamment sur la situation professionnelle et l'ancienneté de séjour du requérant. Il juge que M. A ne justifie pas d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, ce qui rendait facultative la saisine de la commission du titre de séjour. Enfin, le tribunal écarte les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 et 17 juillet 2024 et des pièces enregistrées le 3 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 3 juin 2024 par lequel le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

-Le refus d'admission au séjour est insuffisamment motivé en droit comme en fait, faute de mention de sa situation professionnelle et de l'ancienneté de son séjour en France ;

-Il est entaché de défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

-Il a été pris sans examen particulier de sa situation ;

-Il méconnaît les articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-Il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-Il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

-L'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

-Elle a été prise sans examen particulier de sa situation ;

-Elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-Elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense enregistrés les 4 et 5 septembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

12 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grossholz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 12 avril 1986 à Santhiaba, ressortissant du Sénégal, a demandé son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 3 juin 2024, le préfet de police a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé, en droit comme en fait, dès lors notamment que, contrairement à ce que soutient M. A, il mentionne sa situation professionnelle et l'ancienneté de son séjour en France. Il en résulte que le moyen ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. Contrairement à ce que soutient M. A, celui-ci n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, en l'absence notamment de toute preuve de sa présence sur ce territoire au cours de l'année 2020. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir qu'en ne saisissant pas la commission du titre de séjour, le préfet de police aurait méconnu les dispositions précitées.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus d'admission au séjour aurait été édicté sans examen particulier de la situation de l'intéressé. Il en résulte que le moyen ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, respectivement : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".

7. M. A n'établit ni même n'allègue détenir l'autorisation de travail préalable exigée par les dispositions précitées, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que le refus d'admission au séjour en litige méconnaîtrait ces dernières.

8. En cinquième lieu, M. A, en se bornant à soutenir, sans l'établir, ainsi qu'il a été dit au point 4, séjourner en France depuis plus de dix ans et à se prévaloir d'un contrat de travail conclu en octobre 2021 et à produire quelques bulletins de paie au titre de la période allant de cette date au début de l'année 2022, ne justifie pas d'un motif exceptionnel ni d'une considération humanitaire qui justifierait son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées au point 3.

9 En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A ne conteste pas qu'ainsi que l'a retenu le préfet de police, il est célibataire, sans charge de famille en France et s'il soutient que sa sœur y réside, il n'établit ni n'allègue être sans attache à l'étranger où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 26 ans et où réside sa mère, de sorte que le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit protégé par les stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 novembre 2024.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

Le président,

J.-C. TRUILHELa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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