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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400476

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400476

jeudi 12 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400476
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPOLE URGENCES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en plein contentieux, a rejeté la demande de M. B... visant à obtenir la remise totale d'un indu de prime d'activité. Le juge a estimé que la situation de précarité et la bonne foi du requérant, conditions prévues par l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, ne justifiaient pas une remise gracieuse au-delà de celle déjà accordée par la caisse. La décision s'appuie sur une appréciation souveraine des circonstances de fait, le juge administratif exerçant ici son pouvoir de pleine juridiction pour statuer directement sur la demande de remise.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et des pièces, enregistrées les 5 février et 11 mars 2024, M. A... B... demande la remise totale d’un indu de prime d’activité.

Il soutient que sa situation a changé, qu’il est désormais à la retraite avec un revenu de 564 euros par mois, alors que sa femme, atteinte d’une récidive d’un cancer, a une activité financière réduite et que le couple a à peine de quoi vivre.


Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, la caisse d’allocations familiales de l’Eure conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
le code de la sécurité sociale ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Grenier, présidente, a été entendu au cours de l’audience publique.



À l’issue de l’audience, l’instruction a été clôturée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.




Considérant ce qui suit :


Par un courrier du 28 septembre 2023, la caisse d’allocations familiales de l’Eure a notifié à M. B... et Mme C... un indu de prime d’activité d’un montant de 608,94 euros pour la période du 1er mars 2022 au 31 mai 2023 ainsi qu’un trop perçu de revenu de solidarité active de 3 070,98 euros sur la période du 1er juin 2022 au 31 mai 2023. M. B... et Mme C... ont demandé la remise totale de ces dettes. Par une décision du 8 décembre 2023, la caisse d’allocations familiales de l’Eure a accordé une remise de 456,71 euros à M. B... et Mme C..., ramenant l’indu de prime d’activité à la somme de 152,23 euros. M. B... qui ne conteste ni le principe, ni le montant de cette dette, demande au tribunal sa remise totale.


Aux termes de l’article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ». Selon l’article L. 842-3 du même code : « La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / Les bonifications mentionnées au 1° sont établies pour chaque travailleur, membre du foyer, compte tenu de ses revenus professionnels. / Le montant forfaitaire, la fraction des revenus professionnels des membres du foyer, les modalités de calcul et le montant maximal des bonifications sont fixés par décret. ». En vertu de l’article L. 842-4 de ce code : « Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; / 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; / 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. ». L’article R. 843-1 du même code précise les modalités de prise en compte des ressources. Selon l’article R. 844-2 de ce code : « Ont le caractère de revenus de remplacement en application du 2° de l'article L. 842-4 : / 1° Les avantages de vieillesse ou d'invalidité relevant d'un régime obligatoire législatif ou conventionnel (…). ». Enfin, aux termes de l’article L. 845-3 de ce code : « Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service (…) / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ».

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d’un indu d’une prestation ou d’une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d’être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. En particulier, lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu de prime d’activité, il appartient au juge administratif de rechercher si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.


Lorsque l’indu résulte de ce que l’allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l’intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l’inverse, portent sur des éléments dépourvus d’incidence sur le droit de à cette aide ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l’information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l’omission, des justifications données par l’intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l’allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu’il était tenu de déclarer les éléments omis.


Il résulte de l’instruction que les requérants n’ont pas déclaré la pension d’invalidité perçue par Mme C... sur les déclarations de ressources trimestrielles de 2019, 2020 et 2021. Après le contrôle de la situation du couple, M. B... a continué à ne pas déclarer la pension d’invalidité perçue par Mme C... sur la déclaration de ressources de mars à mai 2023. Ainsi, alors que M. B... perçoit la prime d’activité depuis le mois de juin 2017 et eu égard au caractère réitéré du manquement à l’obligation déclarative lui incombant, y compris postérieurement à la notification d’un indu en mars, M. B... ne peut être regardé comme ayant de bonne foi ignoré qu’il était tenu de déclarer ces revenus.


Il résulte de ce qui précède que l’une des deux conditions cumulatives pour une remise de dette n’étant pas satisfaite et sans qu’il soit besoin d’examiner la situation de précarité du requérant, ses conclusions tendant à la remise de l’indu de prime d’activité de 152,23 euros restant à sa charge doivent être rejetées.


DECIDE :



Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., au ministre du travail et des solidarités et à la caisse d’allocations familiale de l’Eure.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.



La présidente,
Signé :
C. GRENIER
La greffière,
Signé :
P. HIS



La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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