Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100087
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2100087 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre, JU |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 29 décembre 2020, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de Mme A B, veuve C.
Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2020, et deux mémoires, enregistrés les 7 mai et 2 juin 2021, Mme A B, veuve C, doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison d'un immeuble situé
79 boulevard Vaillant Couturier à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).
Elle soutient que :
- elle ne possède qu'un seul logement situé 79 boulevard Vaillant Couturier à
Ivry-sur-Seine ; depuis l'année 2017, son appartement est squatté par un couple ; elle réside avec sa fille à Rouen, son époux et son fils étant décédés ; elle est " pointée " du doigt dès lors que, habitant ou pas dans son appartement, elle est redevable de la taxe foncière alors que les squatteurs, furent-ils redevables, sont exonérés ;
- elle ne sait pas si, d'une part, elle est redevable de la taxe foncière au centre des impôts de Rouen ou d'Ivry et, d'autre part, l'exonération prévue aux articles 1390 et 1391 du code général des impôts est susceptible de lui être appliquée et pour quelle année ;
- si elle ne remplit pas la condition d'âge au titre de l'année 2020, ce n'est pas le cas au titre de l'année 2021 ; elle ne peut remplir la condition d'occupation que si une solution de relogement lui est proposée compte tenu du squat de son appartement ; quant aux autres conditions supplémentaires exigées, elle vit avec sa fille dont le revenu fiscal de référence est nul et son revenu fiscal de référence est de 8 359 euros pour 2020 et de 8 264 euros pour 2019 ;
- son appartement étant squatté, indépendamment de sa volonté, depuis plus de trois mois, elle est susceptible d'être exonérée de la taxe foncière en application de l'article 1389 du code général des impôts.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 mars et 3 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine et Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le mémoire, enregistré le 2 mai 2021 et non le 20 mai 2021, est sans lien avec la présente instance et semble se rapporter à l'instance n° 2102502 ;
- les moyens soulevés par Mme B, veuve C, ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
1er avril 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Bonneau-Mathelot pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bonneau-Mathelot, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, veuve C, qui est propriétaire d'un bien situé 79 boulevard Vaillant Couturier à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) pour lequel elle est soumise à la taxe foncière sur les propriétés bâties a, le 12 octobre 2020, sollicité, via sa messagerie sécurisée, le bénéfice de l'exonération de taxe foncière prévue pour les personnes âgées, handicapées et / ou invalides en application des articles 1390 et 1391 du code général des impôts. Par une décision du
6 novembre 2020, l'administration fiscale a rejeté sa réclamation au motif que sa résidence principale était située à Rouen et non à Ivry-sur-Seine. Par la présente requête,
Mme B, veuve C, doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison d'un immeuble situé 79 boulevard Vaillant Couturier à
Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 1390 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Les titulaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées mentionnée à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité mentionnée à l'article L. 815-24 du même code sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties dont ils sont passibles à raison de leur habitation principale. / Le bénéfice de cette disposition est subordonné à la condition qu'ils occupent cette habitation : / soit seuls ou avec leur conjoint ; / soit avec des personnes qui sont à leur charge au sens des dispositions applicables en matière d'impôt sur le revenu ; / soit avec d'autres personnes titulaires de la même allocation. / II. - Les contribuables qui ne bénéficient plus de l'exonération prévue au I : / 1° Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties afférente à leur habitation principale la première et la deuxième années suivant celle au titre de laquelle ils ont bénéficié de l'exonération prévue au I pour la dernière fois ; / 2° Bénéficient, pour le calcul de la taxe foncière sur les propriétés bâties afférente à leur habitation principale, d'un abattement sur la valeur locative de deux tiers la troisième année et d'un tiers la quatrième année suivant celle au titre de laquelle ils ont bénéficié de l'exonération prévue au I pour la dernière fois ". Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties à raison de l'habitation principale qu'elles prévoient est réservé, sous les conditions ci-dessus mentionnées, aux titulaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité.
4. Enfin, aux termes de l'article 1391 du code général des impôts : " Les redevables âgés de plus de soixante-quinze ans au 1er janvier de l'année de l'imposition sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'immeuble habité exclusivement par eux, lorsque le montant des revenus de l'année précédente n'excède pas la limite prévue à l'article 1417 ". Cette disposition ne subordonne le bénéfice du dégrèvement à aucune autre condition concernant l'immeuble que son affectation exclusive à une habitation par le contribuable lui-même.
5. Il résulte de l'instruction, le mémoire produit par Mme B, veuve C, et enregistré le 7 mai 2021, qui se rapporte à une autre instance, devant être écarté des débats ainsi que le fait valoir l'administration fiscale, que l'intéressée ne peut prétendre au bénéfice de l'exonération prévue aux articles 1390 et 1391 du code général des impôts dès lors que, d'une part, au 1er janvier 2020, elle était âgée de 74 ans et, d'autre part, titulaire d'une carte d'invalidité pour une invalidité d'au moins 80 %, elle ne justifie pas être bénéficiaire de l'allocation supplémentaire d'invalidité ni, de surcroît, de l'allocation de solidarité aux personnes âgées. En outre, il résulte de l'instruction et, notamment, de l'avis d'impôt établi en 2020 au titre de l'impôt sur les revenus 2019, que l'intéressée, qui a déclaré, au 1er janvier 2020, une adresse à Rouen, et a été assujettie à la taxe d'habitation pour le logement qu'elle occupe à cette adresse depuis l'année 2019, n'habitait pas le logement dont elle est propriétaire à Ivry-sur-Seine à cette date. A cet égard, les circonstances que Mme B, veuve C, remplit la condition d'âge en 2021, année hors litige, et que son appartement est illégalement occupé sont sans incidence sur l'application des dispositions précitées des articles 1390 et 1391 du code général des impôts.
6. Il suit de là que Mme B, veuve C, ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions des articles 1390 et 1391 du code général des impôts et que l'administration fiscale était fondée à l'assujettir à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020.
7. En second lieu, aux termes de l'article 1389 du code général des impôts : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée. / () ".
8. Ces dispositions subordonnent le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties à la condition, notamment, que la vacance de l'immeuble normalement destiné à la location soit indépendante de la volonté du propriétaire, le caractère involontaire de la vacance s'appréciant eu égard aux circonstances dans lesquelles cette vacance est intervenue et aux démarches accomplies par le propriétaire, selon les possibilités qui lui étaient offertes, en fait comme en droit, pour la prévenir ou y mettre fin.
9. Pour demander la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020, Mme B, veuve C, soutient qu'elle remplit les conditions de l'article 1389 précité du code général des impôts dès lors que son appartement est illégalement occupé indépendamment de sa volonté, que les squatteurs occupent son appartement depuis plus de trois mois et que le montant de son revenu fiscal de référence pour l'année 2019 est de 8 264 euros. Toutefois, alors que le dégrèvement prévu par les dispositions de l'article 1389 cité au point 7. est accordé à raison des locaux destinés à la location,
Mme B, veuve C, ne justifie pas de la destination locative de son logement et de l'avoir proposé à la location en mandatant une agence immobilière à cet effet ni, par ailleurs, d'avoir entrepris des démarches pour faire expulser les squatteurs de son appartement.
10. Il suit de là que Mme B, veuve C, qui ne remplit pas les conditions prévues à l'article 1389 du code général des impôts, n'est, en tout état de cause, pas fondée à solliciter la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme B, veuve C ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B, veuve C, est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, veuve C, et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La magistrate désignée,
S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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