Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100520

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100520
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre, JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la demande de M. et Mme A tendant à être déchargés de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2020. Les requérants soutenaient que leur immeuble, situé à Maisons-Alfort, était inhabitable en raison de travaux de rénovation. Le tribunal a jugé que les photographies produites, non datées et imprécises, ne suffisaient pas à démontrer que le bien était impropre à toute utilisation au 1er janvier 2020, condition nécessaire pour sortir du champ de la taxe foncière. Il a également estimé que la vacance de l'immeuble n'était pas indépendante de la volonté des propriétaires, ceux-ci ayant entrepris des travaux de reconstruction. La décision s'appuie sur les articles 1380, 1389 et 1415 du code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2021, M. et Mme A doivent être regardés comme demandant au tribunal d'être déchargés de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2020 à raison d'un immeuble situé

45 rue Georges Médéric à Maisons-Alfort (Val-de-Marne).

Ils soutiennent que :

- l'administration fiscale n'a pas pris en compte le fait que leur habitation est, au titre de l'année 2020, inhabitable et le demeurera tant que les travaux lourds de rénovation et de reconstruction n'auront pas été réalisés ;

- l'administration fiscale ne tient plus compte des éléments validés au mois de février 2020 alors que le bâti n'a pas évolué ; l'exonération partielle de taxe d'habitation consentie au titre de l'année 2019 n'a pas été reconduite pour l'année 2020 alors que les éléments constitutifs du bâti sont inchangés ;

- ils sont de bonne foi et se sont acquittés du montant de la taxe d'habitation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine et Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

7 mars 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Bonneau-Mathelot pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bonneau-Mathelot, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A doivent être regardés comme demandant au tribunal d'être déchargés de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2020 à raison d'un immeuble situé 45 rue Georges Médéric à Maisons-Alfort (Val-de-Marne).

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, () sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Il résulte de ces dispositions qu'un immeuble à usage d'habitation ne peut sortir du champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties que s'il devient impropre à toute utilisation au 1er janvier de l'année d'imposition.

3. D'une part, aux termes de l'article 1389 du code général des impôts : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée. / () ". Ces dispositions subordonnent le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties à la condition, notamment, que la vacance de l'immeuble normalement destiné à la location ou l'inexploitation de l'immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel soit indépendante de la volonté du propriétaire. Le caractère involontaire de la vacance s'apprécie eu égard aux circonstances dans lesquelles cette vacance est intervenue et aux démarches accomplies par le propriétaire, selon les possibilités qui lui étaient offertes, en fait comme en droit, pour la prévenir ou y mettre fin.

4. Pour solliciter la décharge de la cotisation de taxe foncière en litige,

M. et Mme A soutiennent que l'immeuble dont ils sont propriétaires est inhabitable et le demeurera tant que " les travaux lourds de rénovation et de reconstruction " n'auront pas été réalisés. A l'appui de leur argumentation, les requérants produisent des photographies sur lesquelles figurent, notamment, la mention manuscrite " maison () après avoir été squattée ". Toutefois, ces clichés photographiques, qui ne sont pas datés et qui montrent seulement des vues partielles de l'extérieur et de l'intérieur de l'immeuble sans autre précision sur l'identification des parties de l'immeuble photographié, ne permettent pas à elles seules de démontrer les raisons précises de leur dégradation ni que l'immeuble ne serait plus susceptible d'aucun usage. A cet égard, si les intéressés produisent la copie de l'arrêté du 12 juillet 2019 par lequel le maire de Maisons-Alfort a accordé à M. A un permis de construire portant sur des " travaux sur construction existante " avec création d'une surface de plancher de 335,75 m² destinée à l'habitation et démolition d'une surface de plancher destinée à l'artisanat pour une surface plancher totale de 476,15 m², il n'est pas contesté qu'à la date du 1er janvier 2020, aucun travaux n'avait été entrepris, l'immeuble étant partiellement loué à un tiers, qui y a résidé plusieurs années jusqu'au 5 janvier 2020, date à laquelle il a quitté son logement, ni, par ailleurs, postérieurement, ainsi que le relève l'administration fiscale dans son mémoire en défense. En outre, si l'administration fiscale fait valoir que les constatations opérées par le géomètre du cadastre ont permis de qualifier l'état d'entretien de l'immeuble de " mauvais " et de lui appliquer un coefficient de 0,80, correspondant, aux termes de l'article 324 Q de l'annexe III au code général des impôts, à un état d'entretien " mauvais - construction ayant besoin de grosses réparations dans toutes ses parties ", l'application de ce coefficient n'est pas à lui seul de nature à établir que l'immeuble ne serait plus susceptible d'aucun usage ni qu'il serait impropre à la location alors qu'il n'est pas allégué ni même démontré que l'état du gros-œuvre de l'immeuble le rendrait inhabitable. Ainsi, les requérants n'établissent pas que la vacance de l'immeuble résulterait d'une circonstance indépendante de leur volonté au sens des dispositions précitées du I de l'article 1389 du code général des impôts. Il n'est, en tout état de cause, ni soutenu ni démontré que l'immeuble aurait perdu son caractère de propriété bâtie au 1er janvier 2020. Il suit de là que c'est à bon droit que l'administration fiscale a assujetti M. et Mme A à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2020.

5. En second lieu, M. et Mme A ne peuvent se prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, à supposer qu'ils aient entendu invoquer une prise de position formelle sur l'appréciation d'une situation de fait au sens de cet article, de la circonstance que l'administration fiscale ait prononcé un dégrèvement partiel de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties relative à l'année 2019 par une décision du 7 février 2020 dès lors que ce dégrèvement, ainsi que cela résulte de l'instruction, résulte du changement d'affectation d'un local qui avait été évalué et imposé initialement comme un local professionnel.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle M. et Mme A ont été assujettis au titre de l'année 2020 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,