Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2101418
mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2101418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 14 février 2021 et 29 juillet 2021, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de police en date du 17 juin 2020 portant avancement d'échelon, en tant qu'il ne reprend pas son ancienneté de militaire.
Il soutient que l'arrêté méconnaît les dispositions du décret n°2004-1439 du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte aucune conclusion à fin d'annulation ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n°95-654 du 9 mai 1995 ;
- le décret n°2004-1439 du 23 décembre 2004 ;
- le décret n°2020-753 du 19 juin 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Seignat ;
- et les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique.
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a intégré l'armée de terre comme engagé volontaire, au grade de caporal-chef, le 4 mai 2010. Il a été radié des contrôles de l'armée le 4 mai 2015. Ayant été admis au concours externe de recrutement de gardien de la paix de la police nationale, il a été titularisé à ce grade dans le corps d'encadrement et d'application de la police nationale à compter du 3 avril 2018, par arrêté préfectoral du 13 juillet 2018. Le 17 juin 2020, il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de police portant avancement d'échelon, à compter du 1er janvier 2020. M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il ne reprend pas l'ancienneté acquise en qualité d'engagé volontaire au sein de l'armée de terre.
2. Aux termes du II de l'article 8-1 du décret n°2004-1439 du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, issu du décret du 19 juin 2020 relatif à la formation et aux conditions d'intégration des personnes reçues aux concours de gardien de la paix : " Lorsqu'ils ne peuvent être pris en compte, lors de la titularisation, en application des dispositions des articles L. 4139-1, L. 4139-2 et L. 4139-3 du code de la défense et des textes réglementaires pris pour leur application, les services accomplis en qualité de militaire autres que ceux accomplis en qualité d'appelé sont pris en compte lors de la nomination à raison des trois quarts de leur durée, s'ils ont été effectués en qualité d'officier ou de sous-officier, et, sinon, à raison de la moitié de leur durée. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 19 juin 2020 précité : " Les dispositions du présent décret sont applicables aux élèves gardiens de la paix à compter de la promotion incorporée le 22 juin 2020 ainsi qu'aux élèves des promotions précédentes autorisés à suivre une nouvelle période de formation à compter de cette date. "
3. Le droit pour un agent public, ancien militaire, à la prise en compte de ses services militaires antérieurs pour le calcul de son ancienneté est régi par les dispositions en vigueur à la date de sa titularisation dans la fonction publique civile, sauf dispositions contraires.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, lauréat du concours de recrutement de gardiens de la paix de la police nationale a été nommé élève gardien de la paix puis titularisé dans ce grade du corps des personnels d'encadrement et d'application de la police nationale le 3 avril 2018. Par suite, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. B ne saurait se prévaloir des dispositions du paragraphe II de l'article 8-1 du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale dans leur rédaction issue du décret du 19 juin 2020 relatif à la formation et aux conditions d'intégration des personnes reçues au concours de gardiens de la paix, qui ne sont applicables qu'aux élèves gardiens de la paix nommés en cette qualité à compter du 20 juin 2020 ou appelés à suivre une nouvelle période de formation à compter de cette date.
5. Aux termes de l'article 8 du décret n°2004-1439 du 23 décembre 2004, dans sa rédaction en vigueur à la date de la titularisation : " La durée du stage est d'un an ; elle peut être prolongée pour une durée de trois mois à un an. A l'issue du stage, les gardiens de la paix reconnus aptes sont titularisés et placés au 1er échelon de leur grade () / Les gardiens de la paix issus d'un autre corps ou cadre d'emplois dans les conditions prévues à l'article 12 du décret du 9 mai 1995 susvisé sont placés, lors de leur titularisation, à un échelon comportant un indice égal ou à défaut immédiatement supérieur à celui qu'ils percevaient en dernier lieu dans leur précédent corps ou cadre d'emplois. ". Aux termes de l'article 12 du décret n°95-654 du 9 mai 1995 : " Sauf dispositions contraires des statuts particuliers, la titularisation dans un corps des services actifs de la police nationale est prononcée au 1er échelon du corps. / Toutefois, les fonctionnaires visés à l'article 2 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, ainsi que les ouvriers d'Etat soumis à la loi du 2 août 1949, nommés dans un corps des services actifs de la police nationale, sont titularisés à un échelon comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui dont ils bénéficiaient dans leur corps d'origine ou, par assimilation, au salaire perçu dans leur précédent emploi ; les modalités de ce reclassement sont précisées par les statuts particuliers des corps de la police nationale. ".
6. Aux termes de l'article L. 4139-1 du code de la défense :" La demande de mise en détachement du militaire lauréat d'un concours de l'une des fonctions publiques civiles () est acceptée, sous réserve que l'intéressé ait accompli au moins quatre ans de services militaires, ait informé son autorité d'emploi de sa démarche visant à () son inscription au concours et ait atteint le terme du délai pendant lequel il s'est engagé à rester en position d'activité à la suite d'une formation spécialisée ou de la perception d'une prime liée au recrutement ou à la fidélisation. / () le militaire lauréat de l'un de ces concours () est titularisé et reclassé, dans le corps ou le cadre d'emploi d'accueil dans des conditions équivalentes, précisées par décret en Conseil d'Etat, à celles prévues pour un fonctionnaire par le statut particulier de ce corps ou de ce cadre d'emploi. / Lorsque le militaire ne peut bénéficier du détachement mentionné au premier alinéa, il est reclassé dès sa nomination dans le corps ou cadre d'emplois d'accueil, dans les conditions prévues au deuxième alinéa. ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, militaire sous contrat du 4 mai 2010 au 4 mai 2015, avait la qualité de fonctionnaire ou d'ouvrier de l'Etat. Il ne pouvait donc se prévaloir des modalités prévues aux articles 8 du décret du 23 décembre 2004 et 12 du décret du 9 mai 1995 précités, permettant de bénéficier, lors de la titularisation, du placement à un échelon comportant un indice égal ou immédiatement supérieur à celui perçu dans le précédent corps. Par ailleurs, il ressort de l'état signalétique et des services de M. B que ce dernier a été radié des contrôles de l'armée de terre le 4 mai 2015. Il n'avait dès lors plus la qualité de militaire à la date de sa titularisation dans le corps d'encadrement et d'application de la police nationale le 3 avril 2018. Par suite, le préfet de police, en ne prenant pas en compte, pour sa titularisation comme pour son avancement d'échelon, les services qu'il a accomplis dans l'armée entre le 4 mai 2010 et le 4 mai 2015, n'a pas méconnu les dispositions de l'article 8 du décret n°2004-1439 du 23 décembre 2004.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
Mme Iffli, conseillère,
Mme Seignat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
D. SEIGNAT
Le président,
S. DEWAILLYLa greffière,
L. SUEUR
La République mande et ordonne au ministre l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière