Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2102134
jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2102134 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET LANDOT & ASSOCIES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 mars 2021, le 1er septembre 2022, le 2 septembre 2022 et le 21 août 2023, l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne, représentée par M. B, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Machault a rejeté sa demande de mise en conformité à la réglementation relative à l'accès aux personnes handicapées et à mobilité réduite de l'ensemble immobilier de la Ferme des Trois Maillets située sur la commune de Machault ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la société d'économie mixte Aménagement 77 a rejeté sa demande de mise en conformité à la réglementation relative à l'accès aux personnes handicapées et à mobilité réduite de l'ensemble immobilier de la Ferme des Trois Maillets située sur la commune de Machault ;
3°) d'enjoindre à la commune de Machault et à la société d'économie mixte Aménagement 77 de mettre en conformité avec la réglementation relative à l'accès aux personnes handicapées et à mobilité réduite cet ensemble immobilier dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Machault la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de mettre à la charge de la société d'économie mixte Aménagement 77 la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt pour agir ;
- son président a qualité pour agir ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet de l'accusé de réception prévu aux articles L. 112-4 et R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'aménagement de l'escalier de trois marches pour accéder à la boulangerie méconnait l'article 1er de l'arrêté du 15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du
21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics ;
-il n'y a pas de bande de guidage depuis la place de stationnement pour personnes à mobilité réduite jusqu'à la porte principale de l'établissement, en méconnaissance de l'article 2 de l'arrêté du 8 décembre 2014 fixant les dispositions prises pour l'application des articles
R. 111-19-7 à R. 111-19-11 du code de la construction et de l'habitation et de l'article 14 du décret n° 2006-555 relatives à l'accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public situés dans un cadre bâti existant et des installations existantes ouvertes au public ;
-l'aménagements du cabinet d'aisance n'est pas conforme aux dispositions des articles 10 à 12 de l'arrêté du 8 décembre 2014 ;
-il existe des obstacles sur le cheminement tels que des trous et écartements de grilles de plus de 2cm, une chaine métallique entre des bornes, des potelets et une boite aux lettres, qui ne respectent pas les prescriptions des articles 1er et 3 de l'arrêté du 15 janvier 2007 et de l'article 1er de l'arrêté du 8 décembre 2014 ;
-il existe des ressauts de plus de 2cm au droit du passage piéton, en méconnaissance des dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 15 janvier 2007 ;
-la hauteur de la boite aux lettres est non conforme aux dispositions de l'article 11 de l'arrêté du 8 décembre 2014 ;
-l'aménagement de la banque d'accueil est non conforme aux dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 8 décembre 2014 ;
-le registre public d'accessibilité contenant l'attestation d'accessibilité n'est pas accessible au public, en méconnaissance des dispositions des articles L. 111-7-4 et R. 111-19-60 du code de la construction et de l'habitation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 mai 2021, le 29 août 2022 et le 25 août 2023, la commune de Machault, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la requérante n'a pas d'intérêt à agir ;
- aucun des moyens n'est fondé ;
- elle a réalisé une partie des travaux depuis l'intervention de la décision attaquée.
La requête a été communiquée à la société d'économie mixte Aménagement 77 qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Un mémoire a été produit par l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne le
3 septembre 2024, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du
21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics ;
-l'arrêté du 8 décembre 2014 fixant les dispositions prises pour l'application des articles R. 111-19-7 à R. 111-19-11 du code de la construction et de l'habitation et de l'article 14 du décret n° 2006-555 relatives à l'accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public situés dans un cadre bâti existant et des installations existantes ouvertes au public ;
-l'arrêté du 19 avril 2017 fixant le contenu et les modalités de diffusion et de mise à jour du registre public d'accessibilité
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Tiennot,
- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public,
- et les observations de Me Polubocsko, représentant la commune de Machault.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Machault et la société d'économie mixte Aménagement 77, respectivement en leur qualité de maitre d'ouvrage et de maitre d'ouvrage délégué, ont réalisé, de 2018 à 2020, des travaux d'aménagement de l'ensemble immobilier et de l'espace public du lieu-dit de la Ferme des Trois Maillets, situé sur le territoire de la commune de Machault, afin d'y créer notamment une boulangerie et une épicerie. Estimant que les aménagements réalisés ne sont pas conformes à la réglementation relative à l'accès aux personnes handicapées et à mobilité réduite, l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne a saisi respectivement, par deux courriers du 19 décembre 2020, la commune de Machault et la société d'économie mixte Aménagement 77 d'une demande de mise en conformité des équipements. Le silence gardé par elles sur ces demandes a fait naitre deux décisions administratives de rejet, dont l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne demande l'annulation dans la présente instance.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article II de ses statuts, l'association Mobilité réduite Sud Seine-et-Marne a pour objet de : " a) Lutter contre les discriminations et exclusions envers les personnes en situation de handicap et à mobilité réduite résultant du non-respect des réglementations en vigueur en matière d'accessibilité aux bâtiments recevant du public, à l'habitat collectif, aux transports collectifs, au stationnement, à la voirie et aux espaces publics (chaine de déplacement) / b) Effectuer des conseils et expertises en rapport avec le présent objet / c) Saisir le Défenseur des droits et les juridictions compétentes, en cas de discrimination et d'atteinte légitime des intérêts collectifs de ses membres, de ses sympathisants et de l'intérêt général de toutes les personnes en situation de handicap et à mobilité réduite dans le champ géographique du Sud Seine-et-Marne et à chaque fois que nécessaire conformément à l'article II bis des présents statuts ".
3. Il résulte de ces stipulations, dont le sens est confirmé par la dénomination de l'association, que le champ géographique de celle-ci est limité au sud du département de la Seine-et-Marne et, plus particulièrement, au territoire des établissements publics de coopération intercommunale mentionnés à l'article II bis de ses statuts, parmi lesquels figure la communauté de communes Brie des Rivières et Châteaux, à laquelle appartient la commune de Machault. Les décisions attaquées ont pour objet de rejeter une demande de l'association tendant à la mise en conformité avec la réglementation relative à l'accessibilité aux personnes handicapées et à mobilité réduite de divers aménagements de cette commune. Elles sont ainsi susceptibles, par leurs effets propres, de porter une atteinte suffisamment directe et certaine aux intérêts que l'association s'est donnée pour objet de défendre. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :
4. Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. // ". Et aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. "
5. La circonstance que la commune de Machault et Aménagement 77 n'ont pas adressé à l'association requérante un accusé de réception de ses demandes présentées le 19 décembre 2020, a pour seul effet de rendre inopposable à l'association le délai de recours contre les décisions implicites de rejet nées du silence de l'administration. En revanche, elle est sans incidence sur la légalité de ces décisions. Le moyen tiré de l'absence de transmission d'un tel accusé de réception doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne l'erreur de droit tirée de la non-conformité de l'escalier de trois marches aux dispositions de l'arrêté du 15 janvier 2007 :
6. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 janvier 2007 : " Les caractéristiques techniques destinées à faciliter l'accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite des équipements et aménagements relatifs à la voirie et aux espaces publics sont les suivantes : () 7° Escaliers, à l'exception des escaliers mécaniques : () Le nez des premières et dernières marches est visible, avec un contraste visuel tel que défini en annexe 2 du présent arrêté. Il présente une largeur de 5 centimètres au minimum. / Tout escalier de trois marches ou plus comporte une main courante de chaque côté ou une main courante intermédiaire permettant de prendre appui de part et d'autre. ".
7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies produites par la requérante et du rapport de l'ANDICT du 18 mars 2021, et il n'est pas contesté par la commune, qu'à la date des décisions attaquées, une main courante adaptée n'était pas présente sur l'escalier de plus de trois marches menant à la boulangerie. Le même rapport du bureau de contrôle technique ANDICT indique également que des nez de marches contrastés sont en cours de pose, impliquant qu'ils n'étaient pas présents à la date de la décision. Si la commune de Machault fait valoir que les photographies prises par l'association requérante ne sont pas des éléments de preuve suffisants dès lors qu'elles ne sont ni localisées, ni datées et qu'elles n'ont pas été prises dans le cadre d'une visite contradictoire, celles-ci permettent toutefois, corroborées par l'ensemble des autres pièces du dossier, d'établir les non-conformités susmentionnées. De même, la circonstance que la pose d'une main courante et des nez de marche soit prévue dans le futur et ait été réalisée en cours d'instance est sans incidence sur la légalité de la décision, qui s'apprécie à la date de celle-ci dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir.
8. En revanche, il ne ressort d'aucune disposition de l'arrêté susmentionné qu'une bande d'éveil et de vigilance doive être installée en haut des marches, la requérante indiquant d'ailleurs abandonner ce moyen dans son dernier mémoire produit après la clôture de l'instruction, ni qu'un contraste doive être installé sur chaque marche et qu'une main courante doive être installée pour les personnes de petite taille.
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 15 janvier 2007 doit être partiellement accueilli, s'agissant de l'escalier de trois marches, en tant qu'il n'existe pas de main courante adaptée et que le nez des première et dernière marche ne comprend pas de contraste adapté à la date de la décision. Le moyen doit être écarté s'agissant des autres non-conformités de l'escalier.
En ce qui concerne l'erreur de droit tirée de la non-conformité de la bande de guidage aux dispositions de l'arrêté du 9 décembre 2014 :
10. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 8 décembre 2014 : " Dispositions relatives aux cheminements extérieurs. / I. - Usages attendus :/ Un cheminement accessible permet d'accéder à l'entrée principale, ou à une des entrées principales, des bâtiments depuis l'accès au terrain. Dès lors qu'une entrée principale ne peut pas être rendue accessible selon les dispositions prévues à l'article 4, l'accessibilité d'une entrée dissociée peut être envisagée. Cette entrée est signalée et ouverte à tous en permanence pendant les heures d'ouverture. / II. - Caractéristiques minimales : Les cheminements extérieurs accessibles aux personnes handicapées répondent aux dispositions suivantes : / 1° Repérage et guidage : /Une signalisation adaptée est mise en place à l'entrée du terrain de l'opération, à proximité des places de stationnement pour le public, ainsi qu'en chaque point d'un cheminement accessible où un choix d'itinéraire est donné à l'usager. Les éléments de signalisation répondent aux exigences définies à l'annexe 3. ".
11. Il ressort du constat d'huissier établi le 25 août 2022 et n'est pas contesté par la commune, qui indique que de tels travaux sont prévus, qu'à la date de la décision, aucune bande de guidage n'était présente entre la place de stationnement aménagée et la rampe d'accès de l'escalier menant au bâtiment, en méconnaissance des dispositions précitées de l'arrêté du
8 décembre 2014. Le moyen doit donc être accueilli.
En ce qui concerne l'erreur de droit tirée de la non-conformité de l'aménagement du cabinet d'aisance aux dispositions de l'arrêté du 8 décembre 2014 :
12. Aux termes de l'article 12 de l'arrêté du 8 décembre 2014 : " Dispositions relatives aux sanitaires. / I. - Usages attendus : / Chaque niveau accessible, lorsque des sanitaires y sont prévus pour le public, comporte au moins un cabinet d'aisances adapté pour les personnes handicapées circulant en fauteuil roulant et comportant un lavabo accessible. () / II. - Caractéristiques minimales :/ Pour satisfaire aux exigences du I, les sanitaires ouverts au public répondent aux dispositions suivantes : 1° Caractéristiques dimensionnelles :/ Un cabinet d'aisances adapté pour les personnes handicapées présente les caractéristiques suivantes : - comporter, en dehors du débattement de porte, un espace d'usage accessible à une personne en fauteuil roulant tel que défini à l'annexe 2, situé latéralement par rapport à la cuvette ;() 2° Atteinte et usage :/ Un cabinet d'aisances adapté pour les personnes handicapées présente les caractéristiques suivantes : - il comporte un dispositif permettant de refermer la porte derrière soi une fois entré ;/ - une barre d'appui latérale est prévue à côté de la cuvette, permettant le transfert d'une personne en fauteuil roulant et apportant une aide au relevage. La barre est située à une hauteur comprise entre 0,70 m et 0,80 m. A fixation ainsi que le support permettent à un adulte de prendre appui de tout son poids " et aux termes de l'article 10 du même arrêté : " Dispositions relatives aux portes, portiques et sas. () L'effort nécessaire pour ouvrir la porte est inférieur ou égal à 50 N, que la porte soit ou non équipée d'un dispositif de fermeture automatique. "
13. Il ressort des différentes photographies prises par la requérante, du rapport de l'ANDICT et n'est pas contesté par la commune, qui indique avoir procédé aux aménagements postérieurement à la décision, que l'espace d'usage n'était pas conforme aux dispositions précitées en raison de la présence de divers équipements et que l'effort nécessaire pour ouvrir la porte est supérieur à 50 N, de telle sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être accueilli dans cette mesure.
14. En revanche, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est pas d'ailleurs pas sérieusement soutenu que le ressaut de la porte des sanitaires serait supérieur à 2 cm. En outre, les dispositions invoquées ne prévoient aucune obligation d'installer un porte-manteau dans les sanitaires, ni aucune prescription relative aux poignées et serrures. Le moyen doit donc être écarté s'agissant de ces trois éléments.
En ce qui concerne la présence d'obstacles sur le cheminement en méconnaissance des dispositions de l'arrêté du 15 janvier 2007 et du 8 décembre 2014 :
S'agissant des trous et écartements de grille :
15. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 janvier 2007 : " 6° Equipements et mobiliers sur cheminement : / a) Les trous ou fentes dans le sol résultant de la présence de grilles ou autres équipements ont un diamètre ou une largeur inférieurs à 2 centimètres. / "
16. Il ressort des photographies produites par la requérante à l'appui de la requête l'existence d'avaloirs sur la chaussée et du constat d'huissier du 25 août 2022 qu'au " niveau du parvis ", il existe des grilles dont l'écartement est de 3,5 cm. Toutefois, ni les photographies, ni le constat d'huissier ne permettent de situer précisément ces éléments alors qu'il est contesté par la commune qu'ils se situent effectivement sur le cheminement adapté pour les personnes handicapées et à mobilité réduite, que le rapport de l'ANDICT de 2021 indique clairement que " les grilles d'avaloir () sont hors cheminement piéton " et que le rapport du même organisme de 2022 atteste de la conformité de l'ensemble des cheminements extérieurs. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce qu'il existerait des écartements de grilles et trous non conformes aux dispositions précitées de l'arrêté du 15 janvier 2007 doit être écarté.
S'agissant de la présence d'une chaine métallique :
17. S'il ressort des différentes pièces du dossier qu'une chaine métallique est présente entre différents poteaux à proximité des aménagements, l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne n'apporte aucun élément précis de nature à démontrer que celles-ci ne sont pas conformes à la réglementation relative à l'accessibilité des personnes handicapées et à mobilité réduite, de telle sorte que cette branche du moyen doit être écarté.
S'agissant des potelets :
18. Aux termes de l'annexe 3 de l'arrêté du 15 janvier 2007 : " Détection d'obstacles () La hauteur ne peut être inférieure à 0,50 mètre. Si la borne ou le poteau a une hauteur de 0,50 mètre, sa largeur ou son diamètre ne peut être inférieur à 0,28 mètre. / Si la borne ou le poteau a une hauteur supérieure à 0,50 mètre, la largeur ou le diamètre minimal de la base diminue à mesure que sa hauteur augmente. Ainsi, par exemple :/ ' la hauteur du poteau est de 1,10 mètre au minimum pour un diamètre ou une largeur de 0,06 mètre ; /' une borne de 0,21 mètre de largeur ou diamètre a une hauteur de 0,60 mètre au minimum. () Des resserrements ou évidements sont acceptés au-dessus de 0,50 mètre de hauteur. ".
19. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du schéma produit par la commune et du constat d'huissier, qu'il existe plusieurs poteaux sur le cheminement aménagé, que la hauteur de ces poteaux est supérieure à 50 cm et que leur diamètre à la base est de 145 cm puis s'élargit et se rétrécit de nouveau à partir de 4 cm au-dessus du niveau du sol. Ainsi, il est constant que les poteaux présentent des resserrements avant 0,50 mètre de hauteur, en méconnaissances des dispositions précitées, de telle sorte que le moyen doit être accueilli dans cette mesure.
S'agissant de la présence d'un bloc de boite aux lettres :
20. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 janvier 2007 : " 6° Equipements et mobiliers sur cheminement : c) (..) Tout mobilier urbain sur poteaux ou sur pieds comporte un élément bas situé à l'aplomb des parties surélevées lorsque celles-ci ne ménagent pas un passage libre d'au moins 2,20 mètres de hauteur. Cet élément est installé au maximum à 0,40 mètre du sol. / d) S'ils ne peuvent être évités sur le cheminement, les obstacles répondent aux exigences
suivantes : () - s'ils sont en saillie latérale de plus de 15 centimètres et laissent un passage libre inférieur à 2,20 mètres de hauteur, ils sont rappelés par un élément bas installé au maximum à 0,40 mètre du sol ou par une surépaisseur au sol d'au moins 3 centimètres de hauteur. ".
21. Il ressort du constat d'huissier du 25 août 2022 et n'est pas contesté en défense qu'au niveau de la rampe d'accès au bâtiment se trouve un bloc de six boites aux lettres d'une hauteur de 1,75 mètre, en saillie de 38 cm. Toutefois, ce bloc est posé sur des pièces, qui se situent à 0,23 cm de sol, et comporte donc un élément bas de nature à assurer sa conformité aux dispositions précitées, de telle sorte que cette branche du moyen doit être écartée.
S'agissant de la non-conformité des ressauts du passage piéton aux dispositions de l'arrêté du 15 janvier 2007 :
22. Aux termes de l'article 1er du 15 janvier 2007 portant application du décret
n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics : " Les caractéristiques techniques destinées à faciliter l'accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite des équipements et aménagements relatifs à la voirie et aux espaces publics sont les suivantes : // 4° Traversées pour piétons / Au droit de chaque traversée pour piétons, des " abaissés " de trottoir, ou " bateaux ", sont réalisés avec des ressauts respectant les prescriptions du 5° du présent article. / () 5° Ressauts / Les ressauts sur les cheminements et au droit des passages pour piétons sont à bords arrondis ou munis de chanfreins. La hauteur des ressauts est au maximum de 2 centimètres. Elle peut atteindre
4 centimètres lorsque les ressauts sont aménagés en chanfrein " à un pour trois ". ".
23. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par la commune qui se borne à mentionner que les travaux " doivent se dérouler prochainement " qu'au niveau du passage piéton, les ressauts sont supérieurs à 2 cm, de telle sorte que le moyen doit être accueilli.
S'agissant de l'erreur de droit tirée la non-conformité de la boite aux lettres aux dispositions de l'article 11 de l'arrêté du 8 décembre 2014 :
24. Aux termes de l'article 11 de l'arrêté du 8 décembre 2014 : " Dispositions relatives aux locaux ouverts au public, aux équipements et dispositifs de commande. / I . - Usages attendus / Les personnes handicapées peuvent accéder à l'ensemble des locaux ouverts au public et en ressortir de manière autonome. / Les équipements, le mobilier, les dispositifs de commande et de service situés dans les établissements recevant du public ou dans les installations ouvertes au public doivent être repérés, atteints et utilisés par les personnes handicapées. () Pour être utilisable en position " assis ", un équipement ou élément de mobilier présente les caractéristiques suivantes : / a) Hauteur comprise entre 0,90 m et 1,30 m et à plus de 0,40 m d'un angle rentrant de parois ou de tout autre obstacle à l'approche d'un fauteuil roulant ".
25. Il ressort des pièces du dossier qu'un bloc de six boites aux lettres présente une hauteur allant jusqu'à 1,70 mètre de hauteur. Toutefois, il ressort des différentes photographies qu'au moins deux boites aux lettres sont situées entre 0,90 et 1,30 mètre de hauteur, en niveau bas du bloc, de telle sorte que cet équipement respecte les prescriptions des dispositions précitées. Le moyen doit donc être écarté.
S'agissant de l'erreur de droit tirée de la non-conformité de la banque d'accueil aux dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 8 décembre 2014 :
26. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 8 décembre 2014 : " Les banques d'accueil et mobiliers en faisant office sont utilisables par une personne en position " debout " comme en position " assis " et permettent la communication visuelle de face, en évitant l'effet d'éblouissement ou de contre-jour dû à l'éclairage naturel ou artificiel, entre les usagers et le personnel. Lorsque des usages tels que lire, écrire ou utiliser un clavier sont requis, une partie au moins de l'équipement présente les caractéristiques suivantes : / - une hauteur maximale de 0,80 m ; / - un vide en partie inférieure d'au moins 0,30 m de profondeur, 0,60 m de largeur et 0,70 m de hauteur permettant le passage des pieds et des genoux d'une personne en fauteuil roulant. ".
27. Si l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne soutient que la borne d'accueil est non conforme aux dispositions précitées, elle n'apporte aucun élément de fait de nature à étayer ce moyen, de telle sorte qu'il doit être écarté.
S'agissant de l'erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions R. 111-19-60 du code de la construction et de l'habitation :
28. Aux termes de l'article R. 111-19-60 du code de la construction et de l'habitation : " L'exploitant de tout établissement recevant du public au sens de l'article R. 123-2 élabore le registre public d'accessibilité prévu à l'article L. 111-7-3. " et aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 19 avril 2017 fixant le contenu et les modalités de diffusion et de mise à jour du registre public d'accessibilité : " Le registre public d'accessibilité contient les pièces suivantes ou une copie de celles-ci : /- Pour tous les établissements recevant du public, y compris les établissements de 5e catégorie : /1° Lorsque l'établissement est nouvellement construit, l'attestation prévue par l'article L. 111-7-4 après achèvement des travaux ; ".
29. A supposer même que la commune de Machault et la société d'économie mixte Aménagement soient tenues, en leur qualité de maitre d'ouvrage et maitre d'ouvrage délégué de l'ensemble immobilier de la Ferme des Trois Maillets, de mettre à disposition le registre public d'accessibilité prévu par les dispositions ci-dessus, et en particulier l'attestation mentionnée au 1° de l'article 1er de l'arrêté du 19 avril 2017, obligation qui incombe à l'exploitant de l'établissement, l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne ne produit aucun élément de nature à démontrer que ce registre n'est pas tenu à disposition du public et qu'il ne contient pas ladite attestation. Le moyen doit donc être écarté.
30. Il résulte de tout ce qui précède que les décisions attaquées doivent être annulées en tant qu'elles refusent la mise en conformité de la main courante de l'escalier et de nez de marches contrastés, l'installation d'une bande de guidage de la place de stationnement à l'entrée de l'établissement, la mise en conformité des potelets, l'aménagement du " tiré-poussé " de la porte du cabinet d'aisance et de l'espace d'aisance et la modification des ressauts au droit du passage piéton, en méconnaissance des dispositions des arrêtés du 15 janvier 2017 et du 8 décembre 2014.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
31. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
32. Il résulte de l'instruction, en particulier des différents courriers de l'ANDICT, que les nez de marches contrastés ont été installés sur l'escalier au premier trimestre 2021, que l'espace de circulation du cabinet d'aisance a été libéré, qu'une barre intérieure de fermeture de la porte a été installée, dont aucun élément ne vient contredire qu'elle permet le respect des préconisations réglementaires, lesquelles n'imposent pas d'installer un dispositif de fermeture automatique, que les mains courantes de l'escalier ont été installées et que le ressaut au droit du passage piéton a été mis en conformité avec les prescriptions réglementaires, de telle sorte qu'il n'y a pas lieu d'enjoindre à la réalisation de ces travaux.
33. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les potelets aient été modifiés, ni qu'une bande de guidage ait été aménagée entre la place de stationnement et l'entrée du bâtiment.
34. Ainsi, eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que la commune de Machault et la société d'économie mixte Aménagement 77 procèdent à la mise en conformité des potelets et à l'installation d'une bande de guidage, conformément aux dispositions susmentionnées des arrêtés du 15 janvier 2007 et du 8 décembre 2014. Sous réserve que ces travaux et aménagements aient déjà été réalisés, il y a lieu de prescrire une injonction en ce sens et de leur impartir un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
35. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Machault le paiement de la somme de 51 euros à verser à l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
36. Les dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune de Machault sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions implicites de rejet du maire de la commune de Machault et du président de la société d'économie mixte Aménagement 77 sont annulées en tant qu'elles refusent la mise en conformité des aménagements du lieu-dit de la Ferme des Trois maillets tels que mentionnés au point 30 de la présente décision.
Article 2 : Sous réserve que les travaux et aménagements mentionnées au point 34 ci-dessus aient déjà été réalisés, il est enjoint à la commune de Machault et à la société Aménagement 77 d'y procéder dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Machault versera à l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne la somme de 51 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Mobilité réduite du sud Seine-et-Marne, à la commune de Machault et à la société Aménagement 77.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Pradalié, premier conseiller,
Mme Tiennot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
S. TIENNOT Le président,
D. LALANDE
La greffière,
C. BOURGAULT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,