Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103166

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103166
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN rejette la requête de la SARL Trans Eco, qui demandait la décharge de cotisations d'impôt sur les sociétés et de rappels de TVA pour les années 2014 à 2017. La société n'a pas produit les éléments complémentaires annoncés pour contester les rappels de TVA collectée. S'agissant de la TVA déductible, l'administration a établi que les factures de la société DEM Services étaient fictives, cette dernière ayant été placée en liquidation judiciaire et ne pouvant plus fournir de prestations. La solution est fondée sur les articles 271 et 269 du code général des impôts, la charge de la preuve de la réalité des prestations incombant au contribuable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 7 avril, 29 novembre 2021 et 19 janvier 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Trans Eco demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des années 2014 à 2017.

La requérante soutient que :

- elle va produire des éléments complémentaires de nature à infirmer le rehaussement en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée ;

- s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible, la société Dem Services s'est toujours présentée comme pouvant effectuer les prestations qu'elle a facturées et que ces prestations ont bien été réalisées.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 septembre, 16 décembre 2021 et 27 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Trans Eco, qui exerce une activité de transport public de marchandises, déménagement ou location de véhicules avec conducteur, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er décembre 2014 au 30 septembre 2017, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire de deux propositions de rectification des 21 décembre 2018 et 8 février 2019, selon la procédure de rectification contradictoire. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période vérifiée ont été mis en recouvrement le 10 octobre 2019. La réclamation présentée le 15 décembre 2020 a été rejetée par décision du directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne en date du 9 février 2021. Par la requête susvisée, la société requérante demande la décharge de ces impositions.

2. En premier lieu, si la société requérante a indiqué, dans sa requête, que des éléments complémentaires seront produits en vue d'infirmer ou de confirmer les rappels opérés en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée, elle n'a produit, depuis lors, aucune pièce justificative de nature à remettre en cause le bien-fondé des rehaussements correspondants.

3. En second lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Aux termes de l'article 269 du même code : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué (). 2. La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".

4. Un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.

5. En l'espèce, dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL Trans Eco, le vérificateur a remis en cause le caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée portée sur des factures émises par la société DEM Services correspondant à des prestations qui auraient été effectuées au titre des mois de mai à juillet 2015, après avoir constaté que cette société a été placée en liquidation judiciaire par jugement du 30 avril 2015, ce qui lui a fait perdre sa personnalité morale, n'a déposé aucune déclaration préalable à l'embauche au titre de la période vérifiée ni déposé de déclaration de taxe sur la valeur ajoutée ou de résultat au titre de l'année 2015.

6. La requérante se prévaut du principe de réalisme économique en soutenant qu'elle n'avait pas connaissance de l'existence de cette mise en liquidation judiciaire, que ladite société s'est toujours présentée comme exerçant son activité, et que les prestations facturées ont bien été réalisées. Toutefois, elle n'apporte ainsi aucun élément de nature à remettre en cause les constats précités opérés par l'administration et tenant à ce que la société DEM Services n'existait plus légalement à compter du jugement la plaçant en liquidation judiciaire et ne disposait plus des moyens matériels et humains pour réaliser des prestations à compter de cette date. Dans ces conditions, le service était fondé à considérer que les factures de la société Dem Services datées des 31 mai, 30 juin, 31 juillet et 31 août 2015 présentaient un caractère fictif et à remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée portée sur ces factures.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions en litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Trans Eco est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité Trans Eco et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. Meyrignac Le président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,