Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105747

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105747
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la demande de M. et Mme B, qui contestaient des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour 2012 et 2013. Les requérants soutenaient notamment que les sommes perçues de la société SP Déco Bat étaient des salaires et non des revenus occultes, et que l'action en recouvrement était prescrite. Le tribunal a jugé que la prescription était suspendue par la demande de sursis de paiement et que, faute de justificatifs, les sommes non déclarées constituaient bien des rémunérations occultes au sens de l'article 111 c) du code général des impôts. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2021, M. A B et Mme D C épouse B, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mis à leur charge au titre des années 2012 et 2013 ;

2°) le bénéfice du sursis de paiement.

Les requérants soutiennent que :

- les impositions sont atteintes par la prescription de l'action en recouvrement du fait du délai anormalement long pris par le service pour statuer sur leur réclamation d'assiette ;

- les sommes perçues de la société SP Déco Bat correspondent à des salaires et non des rémunérations et avantages occultes ;

- le montant des salaires taxables est erroné ;

- la majoration pour manquement délibéré est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de la SARL SP Déco Bat au titre des années 2012 et 2013, M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel ils ont été rendus destinataires d'une proposition de rectification le 6 juillet 2015 au titre des revenus de ces mêmes années selon la procédure de rectification contradictoire tirant notamment les conséquences de cette vérification en termes de revenus distribués. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux au titre des années 2012 et 2013 ont été mis en recouvrement à leur encontre le 31 janvier 2016. La réclamation présentée le 22 février 2016 a été rejetée par décision du directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne en date du 15 avril 2021. Par la requête susvisée, les intéressés demandent la décharge des impositions en cause.

Sur les conclusions à fin de décharge des impositions litigieuses :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction alors en vigueur : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable () ". Aux termes de l'article L. 277 du même livre : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent () ".

3. Les requérants soutiennent qu'eu égard au temps anormalement long pris par l'administration pour statuer sur la réclamation d'assiette qu'ils ont présentée le 22 février 2016 et qui a été rejetée par décision du 15 avril 2021, l'action en recouvrement des impositions en litige est atteinte par la prescription. Toutefois, il résulte de l'instruction que la réclamation d'assiette précitée a été assortie d'une demande de sursis de paiement qui a eu pour effet, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, de suspendre la prescription de l'action en recouvrement. Dans ces conditions, le moyen précité, au demeurant inopérant dans le cadre du présent contentieux d'assiette, ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

5. Il résulte de l'instruction que le vérificateur de la société SP Déco Bat a, après avoir exercé le droit de communication auprès de l'établissement teneur du compte bancaire de celle-ci et obtenu copie des chèques émis par celle-ci, confronté les noms et montants indiqués sur les déclarations annuelles des données sociales déposées par la société mentionnant les salaires versés au titre des années 2012 et 2013 avec les noms et montants apparaissant sur lesdits chèques. Le service a, alors, considéré que la différence entre les montants en cause constituait des rémunérations et avantages occultes au sens des dispositions précitées de l'article 111 c) du code général des impôts, imposables au nom des bénéficiaires de ces chèques dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

6. M. et Mme B soutiennent que l'ensemble des sommes qu'ils ont perçues de la société SP Déco Bat constituent des salaires et doivent être imposées dans cette catégorie. Toutefois, il est constant que les sommes perçues par les requérants en plus du montant des salaires que la société a déclaré leur avoir versés au titre des années 2012 et 2013, n'ont pas été portées sur leur déclaration de revenu et ils ne produisent, au demeurant, à l'appui de leurs écritures aucune fiche de paie ni pièce justificative justifiant de la nature de salaires de ces sommes qui viendraient corroborer leurs allégations. Dans ces conditions, c'est à juste titre que l'administration a considéré qu'il s'agissait de rémunérations et avantages occultes et a, par suite, imposé ces sommes dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

7. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que le montant des salaires imposables pris en compte par l'administration est erroné, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les sommes en cause ne constituent pas des salaires mais des revenus de capitaux mobiliers. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

9. La proposition de rectification du 6 juillet 2015 cite les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts et comporte le fondement légal de la majoration appliquée aux impositions en litige, à savoir la répétition et l'importance des discordances déclaratives que ne pouvaient ignorer les requérants. Par suite, l'application de cette majoration est suffisamment motivée.

Sur les conclusions tendant au bénéfice du sursis de paiement :

10. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent, en tout état de cause, privées d'objet.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme D C, épouse B, et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé: P. MeyrignacLe président,

Signé: N. Le Broussois

La greffière,

Signé: L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,