Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106801

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106801
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBJMR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a annulé l'avis des sommes à payer émis le 17 mai 2021 par la trésorerie de Lagny-sur-Marne à l'encontre de Mme C, médecin anesthésiste, pour un montant de 829,19 euros correspondant à des retenues sur traitement. La juridiction a constaté que le Grand hôpital de l'Est francilien (GHEF), bien que mis en demeure, n'a pas produit de mémoire en défense, ce qui vaut acquiescement aux faits exposés par la requérante. En application des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le tribunal a relevé que l'avis des sommes à payer ne comportait pas les nom, prénom et qualité de son auteur, ni la signature requise sur le bordereau de titres de recettes, ce qui constitue un vice de forme substantiel. Par suite, l'avis attaqué a été annulé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2021, Mme A C, représentée par Me Joliff, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis à son encontre le 17 mai 2021 par la trésorerie de Lagny-sur-Marne pour le Grand hôpital de l'Est francilien en vue du paiement de la somme de 829,19 euros correspondant à des retenues sur traitement ;

2°) de mettre à la charge du Grand hôpital de l'Est francilien la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis des sommes à payer ne comporte pas les nom et prénom de son auteur et n'est pas signé en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; il appartient au centre hospitalier de justifier que le bordereau du titre de recettes comporte la signature de son auteur ;

- il est dépourvu de motivation en ce qu'il n'indique pas les bases de liquidation ;

- il a été émis en méconnaissance des droits de la défense en ce qu'elle n'a pu formuler d'observations et être assistée par le défenseur de son choix ainsi que le prévoit l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- il appartient au Grand hôpital de l'Est francilien d'apporter la preuve qu'elle n'aurait pas effectué la totalité de ses obligations de service.

La requête a été communiquée au Grand Hôpital de l'Est Francilien, qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure.

Par une ordonnance du 3 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juillet 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau,

- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, médecin anesthésiste réanimateur, a exercé ses fonctions, en qualité de praticien attaché associé contractuel, au sein du Grand hôpital de l'Est francilien (GHEF) à compter du 1er octobre 2017 pour une durée de six mois. Son contrat a été renouvelé à plusieurs reprises pour la même durée et, en dernier lieu, pour la période courant du 19 février au

19 août 2020. Par un courrier du 29 avril 2021, la direction des affaires médicales du GHEF a informé la requérante que, d'une part, elle n'avait pas réalisé la totalité de ses obligations de service au titre de l'année 2020 et qu'elle présentait un solde négatif de quatorze demi-journées de travail, d'autre part, des congés non rémunérés étaient positionnés sur son planning 2020 afin de régulariser sa situation et qu'en conséquence, un titre de recette d'un montant de 829,19 euros serait émis par le trésor public. Un avis des sommes à payer a, ainsi, été émis le 17 mai 2021 par la trésorerie de Lagny-sur-Marne pour le GHEF pour un montant de 829,19 euros. Par un courrier électronique du 31 mai 2021, l'intéressée a formé un recours gracieux que le GHEF a implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cet avis des sommes à payer.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

3. En l'espèce, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, le GHEF n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, le 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée, dispose que : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. / () ". Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

5. Il résulte de ces dispositions que, d'une part, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur.

6. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer du 17 mai 2021, qui mentionne les noms et prénom de la personne qui l'a émis, soit M. D B, est dépourvu de toute signature. Le GHEF, à qui la requête a été communiquée et qui a été mis en demeure de produire, n'a, toutefois, pas communiqué au tribunal le bordereau du titre de recettes justifiant de la signature de la personne l'ayant émis. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'avis des sommes à payer en litige n'est pas signé en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être accueilli.

7. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " (). / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Il résulte de ces dispositions qu'un titre exécutoire doit indiquer les bases de liquidation de la dette. Les éléments de calcul ne doivent pas nécessairement figurer dans le titre exécutoire lui-même mais peuvent être précisés soit dans des annexes jointes au titre, soit dans des documents auxquels il est fait référence dans l'état exécutoire et transmis préalablement à l'édiction de ce dernier.

8. Il résulte de l'instruction que si l'avis des sommes à payer litigieux indique que le montant de 829,19 euros réclamé à Mme C correspond, d'après la mention figurant sur cet avis, à des " retenues sur paie - mai 2021 ", permettant ainsi à l'intéressée de connaître la nature et l'objet de la somme réclamée, il ne comporte, toutefois, aucun élément permettant de comprendre les éléments de calcul sur lesquels le GHEF s'est fondé pour mettre à la charge de la requérante la somme de 829,19 euros. En outre, l'avis des sommes à payer ne comporte aucune annexe, précisant les bases de liquidation, qui y aurait été jointe et ne fait pas davantage référence à un document comportant mention des bases de liquidation et qui aurait été préalablement adressé à Mme C. Par suite, l'avis des sommes à payer contesté, qui ne mentionne pas les bases de liquidation de la créance, a été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer du 17 mai 2021 d'un montant de 829,19 euros émis à son encontre par la trésorerie de Lagny-sur-Marne pour le Grand hôpital de l'Est francilien.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Grand hôpital de l'Est francilien qui est, dans la présente instance, la partie perdante,

une somme de 1 500 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer émis par la trésorerie de Lagny-sur-Marne pour le Grand hôpital de l'Est francilien le 17 mai 2021 d'un montant de 829,19 euros est annulé.

Article 2 : Le Grand hôpital de l'Est francilien versera à Mme C une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au Grand hôpital de l'Est francilien.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Luneau, première conseillère,

M. Demas, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2106801