Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108827
mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2108827 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2021, M. D B demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, de la cotisation sur les hauts revenus et des prélèvements sociaux mis à sa charge au titre de l'année 2013 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la procédure de taxation d'office est irrégulière ;
- la notification des actes de procédure est irrégulière ;
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas appréhendé les revenus prétendument distribués par la société Bâti MJ ;
- il n'avait pas la qualité de maître de l'affaire ;
- la procédure de vérification de comptabilité de cette société est entachée d'irrégularités ;
- l'administration n'établit pas que la société Holding B aurait mis à sa disposition les sommes mentionnées au crédit de son compte courant d'associé ;
- la majoration de l'article 1728 du code général des impôts n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2013 et 2014, à l'issue duquel il a été rendu destinataire d'une proposition de rectification du 14 décembre 2016. Une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, une contribution sur les hauts revenus et des prélèvements sociaux ont été mis en recouvrement à son encontre les 31 mars et 30 juin 2019 au titre de l'année 2013. Une réclamation a été présentée le 25 janvier 2021 et rejetée par l'administration le 28 juillet suivant. Par la requête susvisée, l'intéressé demande la décharge des impositions en cause.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, d'une part, lorsque le contribuable soutient que l'accusé de réception d'un pli recommandé n'a pas été signé par lui, il lui appartient d'établir que le signataire de l'avis n'avait pas qualité pour recevoir le pli dont il s'agit. Dans le cas où le contribuable n'apporte aucune précision sur l'identité de la personne signataire de l'avis litigieux et s'abstient de dresser la liste des personnes qui, en l'absence de toute habilitation, auraient néanmoins eu qualité pour signer un tel avis, il ne peut être regardé comme ayant démontré que le signataire de l'avis de réception n'était pas habilité à réceptionner ce pli.
3. Il résulte de l'instruction que le service des impôts des particuliers de Champigny-sur-Marne a, le 15 novembre 2014, adressé à M. B une mise en demeure de déposer sa déclaration de revenu de l'année 2013, que le pli correspondant a été présenté à l'adresse du requérant par les services postaux le 24 novembre suivant et qu'il a été distribué ce même jour, ainsi que le mentionne l'avis de réception correspondant. Si le requérant soutient que la signature portée sur cet avis n'est pas la sienne, il ne précise pas l'identité de la personne signataire et ne démontre pas ainsi que le signataire de cet avis de réception du pli envoyé à son adresse n'avait pas qualité pour recevoir ledit pli.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus (), sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 67 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° et 4° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure () ".
5. M. B conteste l'application de la procédure de taxation d'office en soutenant que la mise en demeure du 15 novembre 2014 ne comportait pas de signature et était donc irrégulière. Toutefois, en se bornant à se prévaloir de l'absence de signature de l'exemplaire de ladite mise en demeure détenu par l'administration, M. B n'établit pas que l'exemplaire dont il a été rendu destinataire était également dépourvu de signature. Par ailleurs et en tout état de cause, à supposer même que cette mise en demeure notifiée au contribuable n'ait pas été signée par un agent de l'administration, une telle irrégularité ne revêt pas un caractère substantiel et est donc sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition. C'est donc à bon droit que l'administration a mis en œuvre la procédure de taxation d'office de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales.
6. En deuxième lieu, le requérant soutient que c'est à tort que l'administration a indiqué dans la décision de rejet de sa réclamation préalable que la proposition de rectification du 15 décembre 2015 relative à la SAS Holding B aurait été notifiée à son adresse. Toutefois, la seule circonstance que l'administration ait indiqué à tort, dans la décision du 28 juillet 2021, que cette proposition de rectification lui aurait été notifiée, alors que celle-ci n'avait à être notifiée qu'à la société en cause, est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'encontre du requérant.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions () ".
8. D'une part, si le requérant invoque la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, un tel moyen est inopérant dès lors que, l'intéressé ayant été taxé d'office, seules les dispositions de l'article L. 76 du même livre sont applicables.
9. D'autre part, la proposition du 14 décembre 2016 mentionne les éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination, en indiquant notamment qu'une vérification de comptabilité a été engagée à l'encontre de la SAS Holding B, à l'issue de laquelle une proposition de rectification a été notifiée à la société le 15 décembre 2015 faisant état de ce que le service a constaté que les montants portés au crédit du compte courant d'associé du requérant pour l'exercice clos en 2013 " proviennent de chèques émis et signés par M. B D pour des sociétés liées qui ne sont pas titulaires d'un compte courant d'associé et dont le gérant est ou a été M. B D (A et Bâti MJ) " et que les sommes correspondantes n'étaient pas justifiées à hauteur de 188 000 euros. La circonstance que les conséquences financières ont été modifiées le 16 octobre 2017 en ne faisant apparaître, sans autre précision, qu'une somme de 85 498 euros à ce même titre est sans incidence quant à la motivation de la proposition de rectification. Enfin, la circonstance que les propositions de rectification adressées aux sociétés Bâti MJ et Holding B n'ont pas été jointes à la proposition de rectification du 14 décembre 2016 ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales.
10. En quatrième lieu, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de la doctrine administrative en matière de procédure d'imposition.
11. En cinquième lieu, en vertu du principe de l'indépendance des procédures menées à l'égard d'une société de capitaux et de ses associés, les éventuelles irrégularités de la procédure d'imposition suivie à l'égard de la SAS Bati MJ sont sans incidence sur les conséquences tirées par l'administration du contrôle de la société sur les sommes soumises à l'impôt sur le revenu et la contribution sur les hauts revenus, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, au nom de M. B. Par suite, les moyens tirés de ce qu'il n'est pas établi que le débat oral et contradictoire ait eu lieu avec le représentant de la société Bati MJ ou son mandataire et de ce que la vérification de comptabilité s'est déroulée au cabinet du liquidateur, où la comptabilité ne se trouvait pas, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
Sur le bien-fondé des impositions :
12. En premier lieu, si le requérant soutient qu'il appartient à l'administration de fournir la justification que les rehaussements émis à l'encontre de la société Bâti MJ n'auraient pas été abandonnés, il n'invoque la méconnaissance d'aucune disposition législative ou réglementaire.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
14. Pour regarder M. B comme seul maître de l'affaire de la société Bâti MJ, l'administration a constaté qu'il a été bénéficiaire de chèques de la part de la société, que des virements ont été effectués au bénéfice de la société Holding B dont il est le principal porteur de parts, qu'il a signé de nombreux chèques tirés des comptes bancaires de la société alors qu'il avait quitté toute fonction officielle, qu'il disposait encore de la procuration bancaire sur les comptes bancaires, qu'il restait l'interlocuteur de certains clients et fournisseurs après son départ de la société et que si le siège social avait déménagé, son principal établissement demeurait dans les locaux situés à Champigny-sur-Marne et appartenant à la SCI Star dont il est le principal actionnaire. Dans le cadre de la présente instance, l'administration produit la justification de ce que l'intéressé était seul détenteur de la signature bancaire auprès du compte à la Banque populaire et qu'il disposait encore de la signature auprès du compte à la Caisse d'épargne après son départ de la société, ainsi que les réponses des sociétés Etablissements Colorine et Somata à un droit de communication désignant le requérant comme principal interlocuteur et un contrat de sous-traitance conclu le 11 septembre 2012 avec la société Isore Bâtiment signé par M. B en qualité de représentant légal de la société.
15. Si le requérant soutient qu'il n'était pas le seul maître de l'affaire, dès lors que le gérant de droit, M. C, disposait de la signature bancaire, avait signé des contrats, réglait les salaires et se rendait sur les chantiers et que son intervention dans l'activité de cette société résultait d'une clause du contrat de vente des parts sociales, il n'apporte aucune pièce justificative à l'appui de ses allégations, alors que la charge de la preuve lui incombe. Il en résulte que le requérant disposait seul des pouvoirs de contrôle et de direction de la société Bâti MJ lui permettant d'user sans contrôle des biens sociaux comme de ses biens propres. Il s'ensuit que M. B doit être regardé comme le seul maître de l'affaire et est par suite présumé avoir appréhendé les revenus réputés distribués par la société Bâti MJ.
16. En troisième lieu, le requérant soutient que l'administration n'établit pas le désinvestissement. Toutefois, en s'abstenant de produire la moindre pièce justificative, alors que la charge de la preuve lui incombe, le requérant ne justifie pas que les sommes résultant de l'activité de la société auraient été mises en réserve.
17. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, dès lors que l'identité du bénéficiaire des distributions résulte sans ambiguïté des circonstances de l'affaire, la circonstance que l'administration n'a pas mis en œuvre l'article 117 du code général des impôts ne fait en tout état de cause pas obstacle à ce qu'elle puisse procéder à l'imposition entre les mains de M. B en qualité de bénéficiaire des revenus correspondant aux sommes distribuées.
18. En cinquième lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".
19. Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
20. En l'espèce, M. B n'établit pas qu'il n'a pas eu la disposition des sommes inscrites au crédit de son compte courant d'associé de la société Holding B. Dans ces conditions, c'est à bon droit qu'il a été imposé au titre des revenus de capitaux mobiliers sur lesdites sommes.
Sur les majorations :
21. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
22. Pour contester l'application de cette majoration, M. B soutient, de nouveau, qu'il n'a pas reçu la mise en demeure de déposer sa déclaration de revenu au titre de l'année 2013. Toutefois, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3 du présent jugement.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin de décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, de la cotisation sur les hauts revenus et des prélèvements sociaux mis à sa charge au titre de l'année 2013 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé : P. MeyrignacLe président,
Signé : N. Le Broussois
La greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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