Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110390

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110390
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantROE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN a rejeté la requête de la SAS SES Interim, qui contestait des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés pour 2014 et 2015. La société demandait la décharge de ces impositions, estimant que les charges déduites au titre de prestations de la société mère (Arbra) étaient réelles et justifiées. Le tribunal a rappelé qu'il incombe au contribuable de justifier de la réalité et de l'intérêt des charges déduites, et a estimé que la société n'apportait pas cette preuve suffisante. La solution retenue est le rejet de la demande, sur le fondement des articles 39 et 209 du code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 15 novembre 2021, 31 août 2022, 28 août et 27 septembre 2024, la société par actions simplifiée (SAS) SES Interim, représentée par Me Roé, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de condamner les services fiscaux au paiement des intérêts moratoires prévus par l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- les rehaussements ne sont pas fondés dès lors que la jurisprudence des juridictions judiciaires citée par l'administration n'est pas applicable en matière d'impôt sur les sociétés, alors que la jurisprudence administrative lui est favorable ;

- les prestations réalisées par la société Arbra sont réelles et font l'objet d'une rémunération normale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 juin, 18 octobre 2022 et 25 septembre 2024, l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) SES Interim, spécialisée dans l'activité de bureau de secrétariat, travaux de bureau, service intérimaire, traduction technique et autres, recherche et sélection de personnel pour le compte de tiers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification le 19 mai 2017, selon la procédure contradictoire. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de la période précitée ont été mis en recouvrement le 15 juillet 2020. Par décision du 6 octobre 2021, l'administration a rejeté la réclamation d'assiette présentée par la société le 7 octobre 2020. Par la requête susvisée, la société demande la décharge de ces impositions.

2. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu du I de l'article 209 de ce même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".

3. Pour être admises en déduction du résultat imposable, les charges doivent notamment être exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise et être appuyées de justifications suffisantes. A ce titre, si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. En particulier, et sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération ou d'une réduction tenant, notamment, à l'octroi d'un avantage fiscal. Il résulte de la combinaison de ces éléments qu'il appartient, dès lors, à la société requérante, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'elle entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. La société doit apporter cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'elle en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

4. Il résulte de l'instruction que la société SES Interim a comptabilisé au titre des deux années en litige des charges correspondant à des prestations réalisées par la société Arbra, qui détient la totalité de son capital social, et se rattachant à une convention d'assistance générale conclue entre les deux sociétés le 23 janvier 2008, prévoyant au profit de la société SES Interim une assistance dans la politique générale de l'entreprise, dans le domaine contractuel et juridique et dans le domaine technique et commercial, en contrepartie du versement à la société Arbra d'une rémunération correspondant à 3 % du chiffre d'affaires hors taxe de la société SES Interim avec un minimum de 72 000 euros annuel. L'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de ces charges, sauf à hauteur de 90 % des salaires de la comptable de la société Arbra chargée de la tenue de la comptabilité de la requérante, après avoir constaté, d'une part, que la réalité des prestations facturées n'était pas établie et, d'autre part, que la rémunération de ces prestations ne pouvait pas être regardée comme relevant d'une gestion normale.

5. En premier lieu, pour contester les impositions en litige, la requérante soutient que l'administration s'est à tort fondée sur la jurisprudence des juridictions judiciaires et non exclusivement sur celle des juridictions administratives seule applicable en matière d'impôt sur les sociétés qui lui est favorable. Toutefois, si l'administration a cité plusieurs décisions de justice dans la proposition de rectification précitée, elle n'a fondé les rehaussements en cause que sur la circonstance que les charges enregistrées en comptabilité au titre de l'exécution de la convention litigieuse n'étaient pas justifiées et étaient partiellement qualifiées d'actes anormaux de gestion, selon une analyse conforme aux jurisprudences judiciaire et administrative. Le moyen précité ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les factures établies par la SAS Arbra au titre de chacun des mois des années 2014 et 2015 ne mentionnent que des " prestations de services " conformément à la convention signée le 23 janvier 2008, sans précision sur la nature des prestations ainsi facturées. Si à l'appui de ses écritures, la requérante indique que l'énoncé des factures répondait à un " souci de simplification " et produit, outre la copie des factures et de la convention, un tableau faisant état des prestations réalisées au titre de chacun des mois en cause, elle n'établit pas la réalité desdites prestations et ne remet pas en cause le constat selon lequel la société Arbra ne disposait pas des moyens humains pour réaliser les prestations en cause dès lors que, d'une part, elle n'employait, outre son président, qu'une seule comptable, dont la rémunération a été prise en compte par le service à hauteur de 90 % au titre des charges déductibles pour la tenue de la comptabilité et, d'autre part, qu'elle a fait appel au titre des exercices vérifiés à des cabinets d'avocats pour la conseiller en matière juridique. Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un acte anormal de gestion, le service était fondé, à défaut de justification de la réalité des prestations facturées par la société Arbra, à en remettre en cause la déductibilité.

7. En troisième lieu, si la requérante se prévaut de l'arrêt du Conseil d'Etat n° 466887 du 4 octobre 2023, il résulte tant de ses propres déclarations devant la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires que de ses écritures dans la présente instance, que celle-ci n'a pas délégué les fonctions de direction à la société Arbra. Par ailleurs, la société SES Intérim n'établit pas que ses organes sociaux compétents ont entendu en réalité, par le versement des honoraires correspondant à ces prestations, rémunérer indirectement son dirigeant.

8. En quatrième lieu, les circonstances que la société Arbra réalisait également des prestations pour d'autres sociétés, que la rémunération des prestations en litige serait normale et que les sommes en cause feraient l'objet d'une double imposition au niveau de la requérante puis de sa société-mère, sont sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société SES Interim tendant à la décharge des impositions émises à son encontre doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, ainsi que celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS SES Interim est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée SES Interim et à l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. MeyrignacLe président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2110390