Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110923

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110923
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre, JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN a rejeté la demande de M. B et Mme C, qui sollicitaient la décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour 2021. Les requérants contestaient leur imposition d'office, invoquant une confusion entre la date de réalisation définitive et celle de livraison du bien, ainsi que des retards liés à la crise sanitaire. Le tribunal a rappelé que la taxe foncière est due au 1er janvier de l'année d'imposition pour les constructions achevées et habitables, et que le bénéfice de l'exonération temporaire de deux ans est subordonné au respect du délai de déclaration de quatre-vingt-dix jours suivant l'achèvement. La solution retenue s'appuie sur les articles 1380, 1383, 1406 et 1415 du code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2021, M. D B et

Mme A C doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2021 à raison d'un immeuble situé 14 rue des Marais à Champigny-sur-Marne

(Val-de-Marne).

Ils soutiennent qu'ils ont envoyé la déclaration modèle H2 renseignée au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours après la réalisation définitive du bien ; ils ont confondu la réalisation définitive avec la livraison et l'achèvement des travaux ; en raison de la crise sanitaire, le programme a été fortement retardé ;

ils ont pensé, en toute bonne foi, que la réalisation définitive correspondait effectivement à la livraison du bien ; ils ont reçu une relance aux termes de laquelle ils étaient priés de régulariser leur situation dans un délai de trente jours ; ils ont immédiatement envoyé la déclaration modèle H2, reçue moins de trente jours après la lettre de relance, qui les informait que " passé ce délai de trente jours, le service procèdera[i] à une imposition d'office du local " ; ils ont été imposés d'office en méconnaissance de ce courrier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques de Seine et Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen invoqué par M. B et Mme C n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 21 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

7 mars 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Bonneau-Mathelot pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bonneau-Mathelot, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B et Mme A C doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2021 à raison d'un immeuble situé

14 rue des Marais à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).

2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1383 du code général des impôts : " I. - Les constructions nouvelles, reconstructions et additions de construction à usage d'habitation sont exonérées de la taxe foncière sur les propriétés bâties durant les deux années qui suivent celle de leur achèvement ". Aux termes de l'article 1406 de ce code : " I. - Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. Il en est de même pour les changements d'utilisation des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498, pour les changements de catégorie des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 146 de la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 et pour les changements de méthode de détermination de la valeur locative en application des articles 1499-00 A ou 1500 du présent code. / I bis. - Pour procéder à la mise à jour de la valeur locative des propriétés bâties, les propriétaires sont tenus de souscrire une déclaration sur demande de l'administration fiscale selon des modalités fixées par décret. / II. - Le bénéfice des exonérations temporaires de taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties est subordonné à la déclaration du changement qui les motive. Lorsque la déclaration est souscrite hors délais, l'exonération s'applique pour la période restant à courir après le 31 décembre de l'année suivante ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, () sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'une première taxe foncière ne peut être établie à raison d'une propriété bâtie acquise en l'état futur d'achèvement qu'à la condition qu'au 1er janvier de l'année d'imposition, l'état d'avancement des travaux permette de regarder l'immeuble comme achevé et donc à son propriétaire de l'habiter. Ainsi, pour l'application de ces dispositions, la date d'achèvement des constructions nouvelles s'entend de la date à laquelle

celles-ci deviennent habitables et non de celle à laquelle elles sont livrées à leur propriétaire. D'autre part, il résulte de ces dispositions qu'il appartient aux contribuables de porter à la connaissance de l'administration fiscale l'existence d'une construction nouvelle dans les

quatre-vingt-dix jours de sa réalisation définitive pour pouvoir bénéficier de l'exonération prévue par l'article 1383 pendant les deux années qui suivent l'achèvement de la construction et qu'une déclaration tardive ne leur ouvre droit au bénéfice de l'exonération que pour la période restant à courir après le 31 décembre de l'année suivante.

4. Il résulte de l'instruction et, notamment, de l'attestation d'achèvement établie par la Sarl Home Ingéniérie, que la construction du bien immobilier en litige a été déclarée achevée le 29 décembre 2020. En application des dispositions précitées de l'article 1406 du code général des impôts, il appartenait à M. B et Mme C de porter cette construction nouvelle à la connaissance de l'administration fiscale dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de sa réalisation définitive pour pouvoir bénéficier de l'exonération prévue par l'article 1383 pendant les deux années qui suivent l'achèvement de la construction. Or, il est constant que les intéressés ont déposé la déclaration modèle H2 le 7 mai 2021 soit-au-delà du délai imparti jusqu'au

29 mars 2021. A cet égard, à supposer que les requérants, qui soutiennent qu'" en raison de la crise sanitaire, le programme a été fortement retardé ", ils ont pensé " en toute honnêteté que la réalisation définitive correspondait effectivement à la livraison de [leur] bien ", aient entendu demandé que soit prise en compte la date de livraison pour déterminer le point de départ du délai de quatre-vingt-dix jours en se prévalant de leur " bonne foi " et de la circonstance qu'ils ne sont pas des professionnels et ne maîtrisent pas les notions de " livraison " et d'" achèvement des travaux ", ce moyen, qui relève de la juridiction gracieuse, ne peut, en tout état de cause, être utilement invoqué pour contester leur assujettissement à la taxe foncière au titre de l'année 2021. En tout état de cause, les intéressés ne sauraient sérieusement prétendre qu'ils ignoraient de bonne foi la règle de droit applicable alors que l'administration fiscale leur avait rappelé leurs obligations déclaratives dans un courrier de relance du 8 janvier 2021, réitéré par une mise en demeure du 8 avril 2021. En outre, la circonstance que M. B et Mme C aient déposé la déclaration modèle H2 dans le délai de trente jours suivant la réception de cette mise en demeure n'a pas eu pour effet de les exonérer de la taxe foncière dans les conditions prévues à l'article 1383 du code général des impôts mais d'évaluer leur bien selon les éléments déclarés et non d'office par l'administration fiscale. Ainsi, à défaut d'avoir respecté les obligations déclaratives qui leur incombaient, M. B et Mme C ne remplissaient pas les conditions leur permettant de bénéficier au titre de l'année 2021 de l'exonération temporaire de la taxe foncière sur les propriétés bâties. Il suit de là que c'est à bon droit que l'administration fiscale a assujetti M. B et Mme C à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle M. B et Mme C ont été assujettis au titre de l'année 2021 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme A C et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La magistrate désignée,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,