Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201246
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201246 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'administration la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales aux motifs que, d'une part, la proposition de rectification adressée à la Sarl Alpha Développement n'a pas été jointe à la proposition de rectification qui lui a été adressée personnellement et, d'autre part, la proposition de rectification qui lui a été adressée personnellement ne reprend pas la teneur de la proposition de rectification adressée à la Sarl Alpha Développement ;
- la somme portée au crédit de son compte courant d'associé ouvert dans les comptes de la Sarl Alpha Développement dont il est co-gérant et associé à hauteur de 50 % du capital ne correspond pas à la mise à disposition d'un revenu de la part de cette société mais à la régularisation comptable du transfert d'une créance de 70 000 euros à son profit et dans le cadre d'un prêt que son père détenait sur la société ; cette somme de 70 000 euros est constitutive d'un don manuel qui a été enregistré le 18 février 2021 au service de publicité foncière et de l'enregistrement de Melun ;
- l'administration fiscale n'a nullement démontré un quelconque manquement délibéré de nature à justifier l'application de la majoration de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts " ;
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales à défaut de préciser, s'agissant de l'application des intérêts de retard, leur taux, le calcul des intérêts et la ventilation entre les deux taux qui auraient été appliqués.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance 18 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mars 2023 à 12 heures.
Un mémoire produit par M. A a été enregistré le 2 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Demas,
- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (Sarl) Alpha Développement, dont M. A a les qualités de co-gérant et associé à hauteur de 50 % de son capital, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de l'exercice clos en 2016 aux termes de laquelle l'administration fiscale a remis en cause la déduction d'une somme de 70 000 euros qu'elle n'a pas regardée comme engagée dans l'intérêt direct de cette société. Tirant les conséquences de ces opérations de contrôle à l'égard de M. A, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 16 avril 2019 et selon la procédure de rectification contradictoire, des rectifications au titre de l'impôt sur le revenu, de la contribution sur les hauts revenus et des contributions sociales tirées de ce que la somme de 70 000 euros provenant de la Sarl Alpha Développement constituait un revenu distribué imposable dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. L'administration fiscale a rejeté la réclamation préalable présentée par M. A par une décision du 8 décembre 2021. Par la présente requête, M. A demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre de l'année 2016.
Sur le bien-fondé des impositions contestées :
2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".
3. Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
4. Il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du
16 avril 2019, ainsi qu'il a été dit au point 1., que pour fonder les rectifications en litige, l'administration fiscale s'est fondée sur la vérification de la comptabilité, au titre de l'exercice clos en 2016, de la Sarl Alpha Développement co-dirigée par M. A et son père, qui détiennent chacun 50 % du capital social. Constatant que le compte courant d'associé du requérant avait été crédité de la somme de 70 000 euros pour l'année 2016 par le débit du compte " charges exceptionnelles ", l'administration fiscale a remis en cause la déduction de cette charge sur le fondement des dispositions du 1. de l'article 39 du code général des impôts au motif qu'elle n'avait pas été engagée dans l'intérêt direct de l'entreprise. Tirant les conséquences de ce contrôle sur la situation fiscale de M. A, l'administration fiscale a imposé cette somme comme un revenu distribué entre ses mains en application des dispositions précitées 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
5. M. A soutient que le crédit de son compte courant d'associé d'un montant de 70 000 euros correspond à la régularisation comptable, effectuée le 31 décembre 2016, du transfert, à son profit, dans le cadre d'un prêt effectué le 23 décembre 2014, d'une créance du même montant que son père détenait sur la société et qui était inscrite dans son compte courant d'associé. Il soutient que ce prêt qui s'est réalisé le 31 décembre 2014 par le seul débit de son compte courant d'associé à hauteur de 70 000 euros, devait, conformément aux observations faites par le service lors de la vérification de comptabilité de la société au titre de l'année 2014, faire l'objet d'une régularisation comptable consistant à débiter le compte courant d'associé de son père de 70 000 euros. M. A soutient qu'il était également nécessaire que cette régularisation comptable se traduise par le crédit de son compte courant d'associé à hauteur de 70 000 euros afin de tenir compte du transfert, à son profit, d'une créance du même montant que son père détenait sur la société, cession de créance qui a été effectuée dans le cadre du prêt du 23 décembre 2014, réalisé le 31 décembre 2014 par le débit du compte courant d'associé de M. B A.
6. En l'espèce, il est constant que le 23 décembre 2014, le père de M. A a cédé à son fils, dans le cadre d'un prêt, une créance de 70 000 euros qu'il détenait à l'égard de la Sarl Alpha Développement et qui figurait au crédit de son compte courant d'associé. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le solde du compte courant d'associé du requérant était débiteur au 31 décembre 2014 de la somme de 70 000 euros sans avoir toutefois été, au préalable, crédité de cette somme. Les régularisations comptables effectuées le 31 décembre 2016 consistant à créditer le compte courant d'associé du requérant de la somme de 70 000 euros et à débiter, en contrepartie et à due concurrence, le compte courant d'associé de son père correspondaient ainsi au transfert, au profit de son fils M. B A, de la créance de 70 000 euros que son père détenait à l'égard de la société. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le montant crédité sur son compte courant d'associé ne traduit pas la mise à disposition d'une somme susceptible d'être qualifiée de revenu mais constitue la transcription comptable du transfert, à son profit, d'une créance de 70 000 euros que son père détenait à l'égard de la Sarl Alpha Développement. Dès lors, il est fondé à soutenir que c'est à tort que le service a imposé cette somme entre ses mains, à titre de revenus distribués, sur le fondement des dispositions précitées du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, ainsi que par voie de conséquence des pénalités correspondantes auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016.
Sur les frais liés au litige :
8. Les conclusions présentées par M. A, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat et qui ne justifie pas des frais qu'il aurait exposés, ne peuvent qu'en tout état de cause être rejetées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, des contributions sociales et des pénalités correspondantes auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Luneau, première conseillère,
M. Demas, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
C. DEMAS
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne à ministre de l'économie des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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