Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201464
jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201464 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 février 2022, l'association de défense des cirques de famille doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'article 1er de la délibération n°37 du 14 décembre 2021 par lequel le conseil municipal de la commune de Joinville-le-Pont a décidé que la commune n'accueillera jamais de cirques détenant des animaux sauvages ou de démonstrations d'animaux sauvages.
Elle soutient que :
- le conseil municipal était incompétent pour adopter une mesure de police qui relève de la compétence du maire, en vertu des dispositions de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales, et alors, en tout état de cause, que la décision d'autoriser ou d'interdire la détention d'animaux sauvages relève de la compétence du préfet ;
- la délibération du 19 septembre 2016 est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie dont bénéficient les cirques ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle porte atteinte à la liberté d'aller et de venir ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle porte atteinte à la liberté d'expression des artistes de cirque ;
- la délibération en cause est entachée d'un détournement de pouvoir, dans la mesure où elle est inspirée par des considérations étrangères au bon ordre, à la tranquillité, à la sécurité et à la salubrité publiques.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, la commune de Joinville-le-Pont conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que l'un de ses signataires ne justifie pas de sa qualité à agir au nom de l'association requérante ;
- la requête est irrecevable faute de production de la délibération attaquée entrée en vigueur ;
- la requête est irrecevable en ce que la délibération attaquée ne revêt aucun caractère décisoire mais s'apparente à un simple vœu émis par le conseil municipal.
Par ordonnance du 31 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- l'arrêté interministériel du 18 mars 2011 fixant les conditions de détention et d'utilisation des animaux vivants d'espèces non domestiques dans les établissements de spectacles itinérants ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fanjaud,
- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'article 1er de la délibération n°37 du 14 décembre 2021, le conseil municipal de la commune de Joinville-le-Pont a décidé d'interdire l'accueil de cirques avec animaux sauvages. L'association de défense des cirques de famille demande l'annulation de cette délibération.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 11 des statuts de l'association de défense des cirques de famille du 8 septembre 2015, " L'association de défense cirque de famille pourra ester en justice. Son président dispose de tout pouvoir pour intenter toute action juridictionnelle qui serait nécessaire ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la requête enregistrée le 13 février 2022 est signée par le président de l'association de défense des cirques de famille et contresignée par son délégué général. Si la commune défenderesse soutient que l'un des signataires ne justifie pas de sa qualité à agir au nom de l'association requérante, la contresignature du délégué général de l'association doit être regardée comme étant superfétatoire dès lors que son président en est le premier signataire, conformément aux stipulations du statut précité. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit à peine d'irrecevabilité être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué, ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date du dépôt de la réclamation ".
5. La commune soutient que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle n'est pas accompagnée de la délibération attaquée mais seulement d'une version " de travail " inachevée, en méconnaissance de l'article R. 412-1 du code de justice administrative. S'il ressort des pièces du dossier que l'association a joint un extrait du registre des délibérations, non signé, du conseil municipal qui s'est tenu le 14 décembre 2021, la commune ne conteste pas que cette délibération a bien été adoptée lors de cette séance du conseil municipal. Au demeurant, il résulte de l'instruction que la retranscription de la délibération n°37 figurant dans le compte rendu du conseil municipal du 14 décembre 2021, accessible librement sur le site internet de la commune et signé par le maire, est identique en tous points à la délibération jointe à la requête. Dès lors, cette fin de non-recevoir doit être écartée.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal // donne son avis toutes les fois que cet avis est requis par les lois et règlements, ou qu'il est demandé par le représentant de l'Etat dans le département. / / Le conseil municipal émet des vœux sur tous les objets d'intérêt local ".
7. La commune défenderesse soutient que sa délibération n°37 du 14 décembre 2021 intitulée " Vœu relatif à la bientraitance animale " ne constitue pas un acte faisant grief et n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'un recours devant le juge de l'excès de pouvoir. Il ressort des pièces du dossier que si les articles 2 et 3 de la délibération attaquée peuvent présenter le caractère d'un vœu émis par le conseil municipal, il n'en va de même s'agissant de son article 1er qui dispose que " la ville de Joinville-le-Pont n'accueillera jamais de cirques avec animaux sauvages ou de démonstrations d'animaux sauvages comme les montreurs d'ours ou les combats de coqs ". Eu égard à la rédaction du premier article de cette délibération, le conseil municipal ne peut être regardé comme ayant exprimé une opinion ou une demande mais doit être regardé comme ayant décidé d'interdire l'installation de cirques détenant des animaux sauvages sur le territoire de la commune. Cette décision, qui ne peut dès lors être regardée comme un vœu pris sur le fondement du dernier alinéa de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales, constitue une mesure de police. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que la délibération du 14 décembre 2021 ne constituerait pas un acte faisant grief, doit aussi être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
8. Aux termes de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune. () ". Aux termes de l'article L. 2212-1 du même code : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ".
9. En l'espèce, le conseil municipal de Joinville-le-Pont a pris, le 14 décembre 2021, une délibération portant interdiction de recueillir des cirques détenant des animaux sauvages sur le territoire communal. Or, ni les dispositions du code général des collectivités territoriales, ni celles du code de l'environnement qui confèrent, en la matière, un pouvoir de police spéciale au préfet, ni aucun autre texte ne donnent au conseil municipal le pouvoir d'édicter une telle interdiction. Ainsi, le conseil municipal de Joinville-le-Pont n'était pas compétent pour prendre une telle délibération.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'article 1er de la délibération n°37 du conseil municipal de la commune de Joinville-le-Pont du 14 décembre 2021 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association de défense des cirques de famille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Joinville-le-Pont, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'article 1er de la délibération n° 37 du 14 décembre 2021 de la commune de Joinville-le-Pont est annulé.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Joinville-le-Pont sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association de défense des cirques de famille et à la commune de Joinville-le-Pont.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Pradalié, premier conseiller,
M. Fanjaud, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
C. FANJAUDLe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. BOURGAULT
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,