Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204298
jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2204298 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 30 avril et le 27 décembre 2022, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 avril 2022 de la préfète du Val-de-Marne en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention vie privée et familiale.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision attaquée se fonde uniquement sur les dispositions de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 pour rejeter sa demande de titre alors que sa demande porte sur le titre prévu à l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ses liens familiaux en France ne se limitent pas à la présence de sa mère sur le territoire français ;
- la circonstance qu'il effectue son parcours scolaire en France n'a pas été prise en compte ;
- sa demande de titre de séjour n'a pas été présentée sur le fondement de l'article 7 de l'accord précité, ce qui révèle un défaut d'examen sérieux ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il justifie de son insertion professionnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Une mise en demeure a été adressée le 19 août 2022 à la préfète du Val-de-Marne, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 6 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 7 mars 2023 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Issard, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né en 2004, est entré en France le 5 juin 2016 sous couvert d'un visa. Il a demandé à la préfète du Val-de-Marne un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile réceptionné en préfecture le 14 mars 2022. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de l'arrêté en date du 11 avril 2022 de la préfète du Val-de-Marne en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".
4. M. B soutient qu'il est arrivé en France le 5 juin 2016 à l'âge de treize ans accompagné de sa mère, qu'il y possède de nombreuses attaches familiales, qu'il y suit une scolarité depuis son arrivée et qu'il fait état d'une insertion professionnelle. La préfète du Val-de-Marne, qui s'est abstenue de présenter ses observations en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, est réputée acquiescer à ces allégations qui ne sont pas contredites par les pièces du dossier. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour méconnaît les stipulations précitées.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de titre de séjour de M. B doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire, lui refusant un délai supplémentaire pour quitter le territoire, et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changement de circonstances de fait ou de droit, la délivrance d'un certificat de résidence. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer au requérant un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 avril 2022 de la préfète du Val-de-Marne est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Issard, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
C. ISSARD
La présidente,
I. BILLANDON La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne à la préfète de Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,