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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2204406

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2204406

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2204406
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation15ème chambre
Avocat requérantINVICTUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2022 sous le n° 2204406, Mme A B, représentée par Me Diao, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI en date du 10 février 2022 par laquelle la cheffe du bureau national des droits à conduire, pour le ministre de l'Intérieur, constate l'invalidation de son permis de conduire, prononce l'interdiction du droit de conduire un véhicule et lui enjoint de restituer le permis de conduire invalidé dans un délai de 10 jours francs ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de lui restituer son permis de conduire, dans un délai de quinze jours, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le ministre de l'Intérieur aux entiers dépens.

Mme B soutient que :

- les différentes décisions de retrait de points figurant dans la décision 48 SI querellée ne lui ont pas été régulièrement notifiées en violation des dispositions du 2° du I de l'article L. 225-1 du code de la route ;

- la décision 48 SI ne comporte aucune motivation de fait ;

- la réalité des infractions figurant dans la décision 48 SI n'est pas établie ;

- la décision 48 SI viole les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route en ce qu'elle conteste avoir reçu les informations prévues par ces dispositions la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions visées sur le document 48 SI querellé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les différents moyens soulevés sont infondés.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Van Daele, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport.

Ni la requérante, ni le défendeur, ne sont présents ou représentés.

DatesInfractionsCNT/TPPointsRIIRestitutionRemarques18-08-2019TéléphonePVE-3AMAvec interpellation de la conductrice07-06-2020V ( 20 km/hCNT-CSA-1AM12-05-2020V ( 20 km/hCNT-CSA-1AM20-07-2020V ( 20 km/hCNT-CSA-1AM10-07-2020V ( 30 km/hCNT-CSA-2AMAR courrier AFM09-08-2020V ( 20 km/hCNT-CSA-1AM11-07-2020V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMAR courrier AFM15-08-2020V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMOUI le 28-09-2021Irrecevable02-03-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMAR courrier AFM04-03-2021V ( 20 km/hCNT-CSA-1AMAR courrier AFMTOTAL-13+1

1. Il résulte de l'instruction que Mme A B, née le 28 février 1984, s'est vu successivement retirer 3, 1, 1, 1, 2, 1, 1, 1, 1 et 1 (soit 13 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 18 août 2019, 7 juin 2020, 12 mai 2020, 20 juillet 2020, 10 juillet 2020, 9 août 2020, 11 juillet 2020, 15 août 2020, 2 mars 2021 et 4 mars 2021. Constatant que son solde de points était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 10 février 2022, constaté qu'elle avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision " 48 SI " du 10 février 2022 notifiée le 3 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il résulte du relevé d'information intégral (R2I) relatif à la situation de la requérante au 15 juin 2022 et produit par le ministre de l'Intérieur en défense que le point retiré suite à l'infraction commise le 15 août 2020 a été restitué le 28 septembre 2021, soit antérieurement à la date d'enregistrement de la requête. Cette décision doit donc être regardée comme ayant été retirée par le ministre de l'Intérieur antérieurement à l'introduction de la requête ; par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées comme irrecevables.

3. Restent donc en litige les décisions de retraits de 12 points consécutives aux 9 infractions commises les 18 août 2019, 7 juin 2020, 12 mai 2020, 20 juillet 2020, 10 juillet 2020, 9 août 2020, 11 juillet 2020, 2 mars 2021 et 4 mars 2021.

4. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l'absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de Mme B est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressée et de faire courir le délai dont dispose celle-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " ; aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " La décision 48 SI litigieuse du 10 février 2022 vise les dispositions applicables du code de la route et mentionne les infractions réprimées, la date, l'heure et le lieu de commission des faits ainsi que l'évènement établissant sa réalité. Elle est donc suffisamment motivée au sens des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive " ; qu'aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

7. Il résulte des dispositions précitées que, d'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Il résulte de ces mêmes dispositions que l'établissement de la réalité de l'infraction entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé. D'autre part, en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

S'agissant de l'infraction du 18 août 2019 :

8. D'une part, il résulte du R2I afférent à la situation de Mme B que l'infraction du 18 août 2019 a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique, ainsi qu'en atteste la mention " PVE ", avec interpellation du conducteur ainsi que le démontre le ministre qui produit copie du procès-verbal d'infraction. Par suite, la signature apposée par l'intéressée et conservée par voie électronique établit, pour les infractions constatées à partir du 15 avril 2015, que les informations prévues par les articles L. 223-1 et R. 223-1 précités du code de la route lui ont bien été délivrées.

9. D'autre part, il résulte du R2I afférent au permis de conduire de la requérante produit par le ministre en défense que l'infraction du 18 août 2019 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Or, Mme B ne soutient ni n'établit avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée afférente à l'infraction du 18 août 2019. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de ladite infraction est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

S'agissant des 4 infractions des 10 juillet 2020, 11 juillet 2020, 2 mars 2021 et 4 mars 2021 :

10. D'une part, il résulte du R2I afférent à la situation de Mme B que les 4 infractions des 10 juillet 2020, 11 juillet 2020, 2 mars 2021 et 4 mars 2021 constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA), ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route a été adressé automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce Mme B. La preuve de l'envoi de ces courriers est rapportée par le ministre qui produit en défense les avis de réception de ces courriers mentionnant la date de présentation les 26 février 2021 (pour l'infraction du 10 juillet 2020), 6 mars 2021 (pour l'infraction du 11 juillet 2020), 22 avril 2021 (pour l'infraction du 2 mars 2021) et 22 avril 2021 (pour l'infraction du 4 mars 2021). Ces courriers ont donc bien été présentés au domicile de la requérante mais celle-ci s'est abstenue de les réclamer. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable aux retraits de points sera écarté comme infondé.

11. D'autre part, Mme B ne soutient ni n'établit avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions des 10 juillet 2020, 11 juillet 2020, 2 mars 2021 et 4 mars 2021. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité desdites infractions est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

S'agissant des 4 infractions des 12 mai 2020, 7 juin 2020, 20 juillet 2020 et 9 août 2020 :

12. D'une part, il résulte du R2I afférent à la situation de Mme B que les 4 infractions des 12 mai 2029, 7 juin 2020, 20 juillet 2020 et 9 août 2020 ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA) et qu'elles ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route a été adressé automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce Mme B. Si le ministre ne rapporte pas en défense la preuve formelle de l'envoi et de la réception de ces différents avis, que ce soit au stade forfaitaire ou majoré, il résulte de ce qui a été développé au point 10 que les avis d'amendes forfaitaires majorées ont été envoyées pour 4 autres infractions commises à des dates très proches de celles des 12 mai 2020, 7 juin 2020, 20 juillet 2020 et 9 août 2020. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le ministre est présumé avoir adressé les avis d'amendes forfaitaires majorées correspondant à ces infractions.

13. D'autre part, Mme B ne soutient ni n'établit avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions des 12 mai 2029, 7 juin 2020, 20 juillet 2020 et 9 août 2020. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité desdites infractions est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux entiers dépens, la requérante n'établissant pas en tout état de cause qua la présente instance aurait donné lieu à des frais au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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