Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206243

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206243
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation15ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun rejette la requête de Mme B contestant la décision "48 SI" du ministre de l'Intérieur constatant l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. La requérante contestait le défaut d'information préalable aux retraits de points pour trois infractions commises entre 2014 et 2021. Le tribunal juge que l'absence de notification des retraits de points est sans influence sur leur légalité, ces modalités n'affectant que l'opposabilité et le délai de recours. Il rappelle que la réalité des infractions est établie par le paiement des amendes forfaitaires, conformément aux articles L. 223-1 et L. 223-3 du code de la route.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022 sous le n° 2206243, Mme A B, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision référencée " 48 SI " du ministre de l'Intérieur notifiée le 4 mars 2022 constatant son solde de points nul et portant invalidation de son permis de conduire ;

- la décision par laquelle le ministre de l'Intérieur a implicitement rejeté son recours gracieux du 25 avril 2022 ;

- les décisions de retrait de points figurant dans la décision " 48 SI " ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur de lui restituer les points illégalement retirés s'agissant des infractions des 14 avril 2021, 10 octobre 2020 et 26 octobre 2014 et de lui restituer son permis de conduire affecté d'un capital de points ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- elle conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux infractions des 26 octobre 2014, 14 avril 2021 et 10 octobre 2020 ;

- elle conteste la réalité des infractions ci-dessus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête et, le cas échéant, à inviter la requérante à opter dans un délai d'un mois pour son ancien permis de conduire, à défaut de quoi elle sera regardée comme ayant définitivement opté pour la conservation de son nouveau permis.

Le ministre de l'Intérieur fait valoir que les différents moyens soulevés sont infondés.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 14 mars 2024, Mme B conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en portant la somme réclamée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à 2 500 euros.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Deleplancque, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a lu son rapport.

Ni la requérante, ni le ministre de l'Intérieur ne sont présents ou représentés.

DatesInfractionsCNT/TPPointsR2IRestitutionRemarques26-10-2014V ( 40 km/h-3AMAFM payée le 02-06-201510-10-2020V ( 50 km/h-4AMAFM payée le 29-10-202114-04-2021V ( 30 km/h-2AMAFM payée le 16-11-2021+ 14 autres infractions représentant une perte totale de 20 pointsTOTAL-29

1. Il résulte de l'instruction que Mme A B, née le 15 janvier 1986, s'est notamment vu retirer successivement 3, 4 et 2 points (soit 9 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 26 octobre 2014, 10 octobre 2020 et 14 avril 2021. Constatant que, suite à ces retraits, ainsi d'ailleurs qu'à 14 autres retraits totalisant une perte de 20 autres points, le solde de points de Mme B était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 11 février 2022, constaté que son permis était devenu invalide et qu'elle avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision " 48 SI " du 11 février 2022, des décisions de retrait de points y figurant et de la décision par laquelle le ministre de l'Intérieur a rejeté son recours gracieux du 25 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Il suit de là que l'absence de notification, préalablement aux décisions de retrait de points opérées sur le permis de conduire de Mme B est sans influence sur la légalité de ces retraits, ces modalités de notification ayant pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressée et de faire courir le délai dont dispose celle-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen sus-analysé est inopérant et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive " ; qu'aux termes de l'article L. 223-3 du même code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

4. Il résulte des dispositions précitées que, d'une part, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Il résulte de ces mêmes dispositions que l'établissement de la réalité de l'infraction entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé. D'autre part, en application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du même code, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

S'agissant des 3 infractions des 26 octobre 2014, 10 octobre 2020 et 14 avril 2021 :

5. D'une part, il ressort du relevé d'information intégral (R2I) afférent à la situation de la requérante et produit par le ministre en défense que les 3 infractions des 26 octobre 2014, 10 octobre 2020 et 14 avril 2021 ayant entrainé la perte de 9 points ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis de contravention (ACO) puis un avis d'amende forfaitaire majorée (AFM) comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route ont été adressés automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce Mme B. Et le ministre rapporte la preuve de la réception par la requérante de ces 3 avis d'AFM en produisant 3 attestations de paiement de ces 3 AFM les 2 juin 2015 (pour l'infraction du 26 octobre 2014), 29 octobre 2021 (pour l'infraction du 10 octobre 2020) et 16 novembre 2021 (pour l'infraction du 14 avril 2021), attestations établies par le comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé (TCA). Si Mme B soulève en réplique le caractère insuffisamment probant de ces attestations, elle n'explique pas comment elle a pu régler les 3 AFM correspondant aux infractions litigieuses sans recevoir les avis correspondant qui comportent l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable aux retraits de points sera écarté comme infondé s'agissant des 3 infractions des 26 octobre 2014, 10 octobre 2020 et 14 avril 2021.

6. D'autre part, il résulte du R2I afférent au permis de conduire de Mme B que les 3 infractions des 26 octobre 2014, 10 octobre 2020 et 14 avril 2021 ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Or, la requérante ne soutient ni n'établit avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, des réclamations ayant entraîné l'annulation de ces 3 titres exécutoires. Au contraire, il résulte de ce qui a été développé au point précédent que Mme B s'est acquittée du règlement de ces 3 AFM. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de ladite infraction est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

S'agissant des 14 autres infractions figurant dans la décision " 48 SI " :

7. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. " Si Mme B demande, dans sa requête, l'annulation des 14 autres infractions figurant dans la décision "48 SI " et représentant une perte totale de 20 points, elle n'assortit ses conclusions d'aucun moyen, les moyens développés dans la requête et son le mémoire en réplique ne concernant que les 3 infractions des 26 octobre 2014, 10 octobre 2020 et 14 avril 2021.

S'agissant de la décision " 48 SI " :

8. Il résulte de tout ce qui précède que le capital de points de Mme B s'établit à 0 point (12 - 29 = -17 points, soit un solde nul). Par suite, la décision ministérielle " 48 SI " du 11 février 2022 constatant le solde de points nul et invalidant le permis de conduire de la requérante reste légale et n'encourt pas l'annulation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation contenues dans la requête de Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,