Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207825

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207825
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation15ème chambre
Avocat requérantHADJ SAID

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN a annulé la décision "48 SI" du ministre de l'Intérieur du 6 juin 2022 invalidant le permis de conduire de Mme B, ainsi que les deux retraits de points consécutifs aux infractions des 6 et 29 novembre 2020. Le tribunal a jugé que l'administration n'avait pas apporté la preuve que Mme B avait reçu les informations obligatoires prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la constatation de ces infractions, ce qui constitue une garantie essentielle méconnue. En conséquence, le solde de points de Mme B doit être reconstitué en tenant compte de cette annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2022 sous le n° 2207825, Mme A B, représentée par Me Hadj Saïd, demande au tribunal d'annuler :

- la décision référencée " 48 SI " du ministre de l'Intérieur en date du 6 juin 2022 notifiée le 28 juin suivant constatant son solde de points nul et portant invalidation de son permis de conduire ;

- les 2 décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 6 novembre 2020 et 29 novembre 2020 ayant entraîné chacune une perte de 3 points.

Mme B soutient que :

- elle n'a jamais reçu notification des retraits de points litigieux ;

- elle conteste être l'auteur de ces 2 infractions ayant donné lieu aux retraits de points litigieux ;

- elle conteste la réalité de ces 2 infractions ;

- elle conteste avoir reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la rédaction des procès-verbaux relatifs aux 2 infractions des 6 et 29 novembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- les mentions relatives à l'infraction du 4 décembre 2020 ont été supprimées du relevé d'information intégral de la requérante ;

-aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 7 novembre 2022, Mme B conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, magistrat désigné, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Mme Deleplancque, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a lu son rapport.

Ni la requérante, ni le ministre de l'Intérieur ne sont présents ou représentés.

DatesInfractionsCNT/TPPointsR2IRestitutionRemarques07-03-2020Feu rougeCNT-CSA-4AMPas contestée

AFM payée le 08-04-202106-11-2020Stat. dangereuxPVE-3AMSans interpellation29-11-2020Stat. dangereuxPVE-3AMSans interpellation04-12-2020-1Mention suppriméePas contestée20-03-2022Feu rougeCNT-CSA-4AFPas contestéeTOTAL-15+1

1. Il résulte de l'instruction que Mme A B, née le 28 janvier 1980, s'est vu successivement retirer 4, 3, 3, 1 et 4 points (soit 15 points en tout) à la suite d'infractions commises respectivement les 7 mars 2020, 6 novembre 2020, 29 novembre 2020, 4 décembre 2020 et 20 mars 2022. Constatant que son solde de points était nul, le ministre de l'Intérieur a, par une décision modèle " 48 SI " du 6 juin 2022, constaté que son permis était devenu invalide et qu'elle avait perdu le droit de conduire et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision " 48 SI " du 6 juin 2022 et des 2 décisions de retrait de points consécutives aux 2 infractions des 6 et 29 novembre 2020 totalisant une perte de 6 points.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de la composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. Il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 2 25-1 à L. 225-9 () " ;

3. En application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route, l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a délivré ledit document.

S'agissant des 2 infractions des 6 et 29 novembre 2020 :

4. Il ressort du relevé d'information intégral (R2I) afférent à la situation de Mme B que les 2 infractions des 6 et 29 novembre 2020 ayant entrainé la perte de 6 points en tout ont été relevées au moyen d'un procès-verbal électronique, ainsi qu'en atteste la mention " PVE ", mais sans interpellation du conducteur ainsi qu'il ressort des 2 procès-verbaux d'infractions produits par le ministre en défense qui ne font pas mention de l'identité du conducteur. Il ressort également du R2I que ces 2 infractions ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée (AFM), ainsi que l'atteste la mention " AM ". Par suite, un avis de contravention (ACO) puis un avis d'AFM comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route ont été adressés automatiquement au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation, soit en l'espèce Mme B. Toutefois, contrairement à ce qu'il fait valoir, le ministre ne rapporte pas la preuve de la réception par l'intéressée de ces différents courriers. Il s'ensuit que l'administration ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information s'agissant de l'infraction du 20 mars 2020 ; par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête les décisions de retraits de 6 points consécutives aux 2 infractions des 6 et 29 novembre 2020 sont illégales et doivent être annulées.

S'agissant de la décision " 48 SI " du 6 juin 2022 :

5. Il résulte de tout ce qui précède que le capital de points de Mme B s'établit, après la suppression de son R2I de l'infraction du 4 décembre 2020 ayant entraîné une perte de 1 points et l'annulation des retraits de 6 points prononcées au point précédent, à 4 points (12 - 15 + 1 + 6 = 4 points), soit un solde positif. Par suite, la décision ministérielle " 48 SI " du 6 juin 2022 constatant le solde de points nul et invalidant le permis de conduire du requérant est illégale et encourt également l'annulation.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retraits de points consécutives aux infractions des 6 et 29 novembre 2020 ayant entraîné la perte de 6 points en tout et la décision ministérielle " 48 SI " du 6 juin 2022 sont annulées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,