Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2209108
vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 3 août 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été antérieurement accordées en qualité de demandeur d'asile ;
3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter du 3 août 2022, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à l'OFII, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne tient pas compte de sa vulnérabilité ;
- c'est à tort que le directeur général de l'OFII a considéré qu'il n'avait pas respecté ses obligations de se présenter aux autorités ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, l'OFII, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision n° 2022/003649 du 19 octobre 2022 M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant afghan, a déposé une demande d'asile le 29 décembre 2021 et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées. Par une décision du 3 août 2022, dont M. B demande l'annulation, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été ainsi accordées.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Si M. B sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été prononcée par une décision du président du bureau de l'aide juridictionnelle en date du 19 octobre 2022. Dès lors, ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes applicables et mentionne que M. B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en refusant d'embarquer le 24 juin 2022. Elle énonce également que l'examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale ne fait pas obstacle à la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Par suite, la décision attaquée, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que le directeur général de l'OFII n'ait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'une évaluation de sa vulnérabilité le 9 décembre 2021 à l'issue de laquelle il n'est pas ressorti d'éléments de vulnérabilité objective. En outre, si M. B soutient avoir été victime de violences physiques et psychologiques en Afghanistan, il n'apporte aucun élément circonstancié de nature à remettre en cause l'évaluation de sa vulnérabilité. Au demeurant, si aux termes des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII est tenu de réaliser un entretien tendant à évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile lors de la présentation de leur première demande, aucune disposition ni aucun principe n'impose qu'un nouvel entretien soit réalisé avant l'édiction d'une décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles. Dans ces conditions, et alors qu'il ne justifie d'aucun facteur de vulnérabilité particulier au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B n'est pas fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII n'a pas tenu compte de sa situation.
8. En quatrième et dernier lieu, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil qui avaient été accordées à M. B, le directeur général de l'OFII s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en refusant d'embarquer le 24 juin 2022 vers l'Autriche. Il n'est pas contesté par le requérant qu'il n'a pas embarqué, malgré la convocation qui lui a été notifiée le 21 juin 2022, pour le vol à destination de l'Autriche le 24 juin 2022. Si M. B soutient d'une part qu'il s'est présenté à l'aéroport et qu'il a échangé avec les autorités françaises qui lui auraient demandé de rejoindre son domicile, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de cette allégation. D'autre part, si M. B produit deux confirmations de rendez-vous médicaux le 28 juin auprès d'un centre de santé dentaire et ophtalmologique et le 2 juillet 2022 chez un radiologue, ces éléments sont insuffisants en l'état pour établir qu'il était dans l'impossibilité d'embarquer le 24 mai 2022 pour l'Autriche. En outre, comme il a été dit au point 7, M. B n'apporte aucun élément de nature à caractériser l'état de particulière vulnérabilité dont il se prévaut. Enfin, le seul fait que l'intéressé soit un demandeur d'asile ne constitue pas un élément de nature à démontrer un état de particulière vulnérabilité. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII a considéré, à tort, qu'il n'avait pas respecté ses obligations de se présenter aux autorités. Pour les mêmes raisons que celles qui ont été évoquées précédemment, M. B n'est pas fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII a inexactement apprécié sa situation personnelle en s'abstenant de maintenir les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été antérieurement accordées.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
H. MathonLe président,
T. GallaudLa greffière,
G. Aumond
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,