Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211398

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule le refus du CNAPS de renouveler la carte professionnelle d'agent de sécurité de M. B. Le tribunal juge que l'administration a commis une erreur de droit en estimant que les autorisations provisoires de séjour et récépissés ne comptaient pas dans le calcul de la condition de cinq ans de résidence régulière prévue à l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. M. B justifiant d'une résidence continue depuis novembre 2016, le refus est illégal.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 novembre 2022, et 5 mars 2024 M. C B, dans le dernier état de ses écritures, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 août 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer cette carte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il séjourne régulièrement en France depuis le 7 novembre 2016 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

- la circonstance opposée en défense que son titre de séjour porte la mention " salarié chargé encaissement et recouvrement " est sans incidence sur son droit à détenir une carte professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024 le directeur du CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Combier,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B était titulaire d'une carte professionnelle d'agent de surveillance et de gardiennage depuis le 10 mai 2017. Par une décision du 16 août 2022 le directeur général du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé le renouvellement de cette carte. M. B a formé un recours gracieux notifié le 29 août 2022, resté sans réponse, de sorte qu'un rejet implicite est né le 29 octobre 2022. Il doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 16 août 2022 ensemble de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure: " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 4° Pour un ressortissant étranger, s'il ne dispose pas d'un titre de séjour lui permettant d'exercer une activité sur le territoire national après consultation des traitements de données à caractère personnel relevant des dispositions des articles R. 142-11 et R. 142-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés ; / 4° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour ; () /Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. "

3. Pour l'application des dispositions précitées du 4° bis de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, la condition tenant au fait d'être titulaire depuis au moins cinq ans d'un titre de séjour s'entend comme exigeant que le demandeur justifie de la continuité depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée de la régularité de sa résidence sur le territoire français, que ce soit sous couvert d'un ou plusieurs des documents de séjour mentionnés à l'article L. 411-1 nouveau du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'un ou plusieurs des documents de séjour prévus aux articles L. 311-1 et suivants anciens du code de l'entrée et du séjour relevant du titre Ier " Les titres de séjour " du livre III de ce code, ou encore, dans le cas où le renouvellement de son titre ne lui a été accordé par l'autorité administrative que postérieurement à l'expiration de son dernier titre de séjour, sous couvert des récépissés de demande de renouvellement de titre de séjour devant lui être délivrés dans l'attente de ce renouvellement.

4. Il ressort des pièces du dossier que pour fonder sa décision de refus de renouvellement le directeur général du CNAPS a estimé que le requérant ne justifiait pas de la détention d'un titre de séjour depuis au moins cinq ans à la date de sa décision, dès lors qu'il n'était titulaire d'une carte de séjour que depuis le 8 avril 2019. Il fait ainsi valoir en défense que les autorisations provisoires de séjour et les récépissés de demande de renouvellements de ces titres ne sauraient être regardés comme des titres de séjour au sens des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'extrait de " l'application de gestion des étrangers en France " (AGDREF) produit par l'administration en défense, que M. B a bénéficié d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " du 2 novembre 2016 au 2 novembre 2017 puis d'un récépissé de demande de renouvellement valable du 2 novembre 2017 au 1er février 2018. Il ressort du même document qu'il a ultérieurement bénéficié d'autorisations provisoires de séjour régulièrement renouvelées du 17 janvier 2019 au 13 juillet 2019, puis d'un récépissé de renouvellement de titre de séjour à compter du 12 juillet 2019 avant de se voir délivrer une carte de séjour temporaire le 4 septembre 2019 valable du 8 avril 2019 au 7 avril 2020, renouvelée par une carte de séjour pluriannuelle valable du 29 mai 2020 au 28 mai 2024, après avoir bénéficié d'un récépissé de demande de renouvellement.

6. Cet extrait AGDREF ne fait pas mention de la troisième demande de titre de séjour du requérant et de sa délivrance, alors que M. B justifie d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " étudiant en recherche d'emploi " valable du 24 janvier 2018 au 23 janvier 2019. Par suite, M. B justifiait de la détention de titres de séjour au sens des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure depuis le 2 novembre 2016 soit plus de cinq ans à la date de la décision attaquée.

7. Par ailleurs, l'administration fait valoir que le titre de séjour dont le requérant se prévalait à la date de la décision attaquée porte la mention " salarié : chargé de recouvrement et encaissement " et qu'ainsi il ne l'autorisait pas à travailler en tant qu'agent de sécurité. À supposer même que l'administration entende ce faisant demander une substitution de motif, un tel motif n'est toutefois pas de nature à justifier légalement la décision attaquée alors qu'il ne ressort pas des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure citées au point 2, qu'elles imposent que pour se voir délivrer une carte professionnelle le demandeur soit titulaire d'une autorisation de travail ou d'un titre de séjour l'autorisant à travailler dans le champ de la sécurité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du directeur général du CNAPS du 16 août 2022, ensemble de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de la justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution."

10. Eu égard au motif d'annulation précité, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'une absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la carte professionnelle permettant d'exercer la profession d'agent de sécurité soit délivrée au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au directeur général du CNAPS de délivrer cette carte à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général du conseil national des activités privées de sécurité du 16 août 2022, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux de M. B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général du conseil national des activités privées de sécurité de délivrer une carte professionnelle à M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur général du conseil national des activités privées de sécurité.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Combier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

D. COMBIER

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,