Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211581

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Reconduite à la frontière 12
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule l’arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris avait interdit à M. A, ressortissant malien, de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an. La juridiction retient que cette interdiction méconnaît l’article L. 612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, car elle a été prise alors que l’obligation de quitter le territoire français sous-jacente n’avait pas été notifiée à l’intéressé, ce qui empêchait de le considérer comme irrégulièrement maintenu. En conséquence, l’État est condamné à verser 500 euros à M. A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Thiam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a été pris postérieurement et non concomitamment à une décision portant obligation de quitter le territoire français et que cette dernière ne lui a pas été notifiée ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à son édiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur.

Le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 1er janvier 1997 à Djenguere (Mali), demande l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

3. S'il résulte des dispositions précitées que la décision portant obligation de quitter le territoire français constitue la base légale d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ces dispositions n'ont toutefois ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français postérieurement à l'édiction d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, lorsque cette dernière n'a pas été exécutée, de sorte que M. A ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité de l'interdiction de retour contestée faute pour cette dernière d'avoir été édictée concomitamment à une décision portant obligation de quitter le territoire français. En revanche, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-de-Marne a pris, le 11 juillet 2022, une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à l'encontre de M. A. Et alors que ce dernier soutient ne pas en avoir reçu notification, le préfet de police de Paris ne produit aucune pièce établissant la date de notification au requérant de cette décision. Dès lors, le requérant ne peut être regardé comme s'étant irrégulièrement maintenu à l'expiration du délai de départ volontaire assortissant la mesure d'éloignement prise à son encontre, dont il ignorait l'existence. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'annulation de la décision contestée n'appelant aucune mesure d'exécution, notamment aucun réexamen de la situation du requérant, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris a fait interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : S. AÏT MOUSSA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AÏT MOUSSA

No 2211581