jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2212444 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARLU HAGEGE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 2218243 du 22 décembre 2022, enregistrée le 23 décembre 2022, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, la requête présentée par M. B A, enregistrée le 21 décembre 2022.
Par cette requête et un mémoire enregistré le 23 mai 2023, M. A, représenté par Me Hagège, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui restituer sa carte d'identité ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de son droit au séjour au regard de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle entachée d'une erreur dans l'appréciation de la menace que constituerait son comportement au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa vie privée et familiale en France ;
- la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée le 26 décembre 2022 au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 20 juin 2024 par une ordonnance du même jour, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourrel Jalon,
- et les observations de Me Lebouill, substituant Me Hagège, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant roumain né en 1974, a été interpellé le 20 décembre 2022 pour des faits d'acquisition, détention et transport non autorisés de stupéfiants. Par arrêté du 20 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son égard une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "
3. D'une part, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que pour faire obligation de quitter le territoire français à M. A le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le fait que l'intéressé ne disposait pas d'un droit au séjour dès lors qu'il n'exerçait pas d'activité professionnelle en France et ne pouvait pas non plus justifier de ressources ou de moyens d'existence suffisants ainsi que d'une assurance maladie personnelle en France ou dans son pays d'origine et se trouvait en situation de complète dépendance par rapport au système d'assistance sociale français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des nombreux bulletins de salaire produits, qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. A travaillait en qualité de monteur d'ascenseur, d'abord pour la société BPA du 1er décembre 2018 au 31 janvier 2021 puis au sein de la société PRO BAT Services depuis 3 novembre 2021, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps plein, et bénéficiait d'une assurance maladie. Dès lors, en application des dispositions précitées, M. A disposait d'un droit au séjour faisant obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, en se fondant sur ce premier motif, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
4. D'autre part, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le fait que le comportement de M. A constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société en raison de son interpellation le 20 décembre 2022 pour des faits d'acquisition, détention et transport non autorisés de stupéfiants. Bien que répréhensibles, de tels faits, alors que le requérant n'a aucun antécédent judiciaire, ne sauraient suffire à regarder son comportement personnel comme constituant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française au sens des dispositions précitées de de l'article L. 251-1 du code de justice administrative. Ainsi, en se fondant sur ce second motif, le préfet de la Seine-Saint-Denis a également entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour douze mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
7. En premier lieu, le présent jugement qui annule l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. A n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation, dès lors qu'il n'apparaît pas que le requérant, qui n'est au demeurant pas tenu de détenir un titre de séjour en sa qualité de citoyen de l'Union européenne, ait sollicité la délivrance d'un tel document auprès de l'autorité compétente.
8. En second lieu, il résulte de l'instruction que M. A a remis aux forces de police, contre un récépissé daté du 20 décembre 2022, sa carte nationale d'identité roumaine. La remise de cette carte d'identité constituant l'exécution matérielle de l'arrêté qui vient d'être annulée, l'annulation prononcée implique nécessairement que ce document lui soient remis sans délai.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de douze mois est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de restituer sans délai à M. A sa carte d'identité roumaine.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
A. BOURREL JALON
La présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026