jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301707 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 février 2023, M. B A, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 janvier 2023 par laquelle la directrice territoriale de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder rétroactivement les conditions matérielles d'accueil à compter de leur cessation, dans le délai de quinze jour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision attaquée :
- n'est pas motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que ni l'organisation d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité ni la qualification et la formation de l'agent ayant, le cas échéant, mené cet entretien ne sont établies ;
- est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a manqué à aucune de ses obligations de présentation aux autorités chargées de l'asile ;
- est disproportionnée compte tenu de sa situation personnelle ;
Par un mémoire, enregistré le 16 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juin 2024 à midi.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né en 2022, a présenté une demande s'asile enregistrée le 3 juin 2021 en procédure dite " Dublin ", ses empreintes ayant été enregistrées en premier lieu en Allemagne. Le même jour, il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Par un courrier du 28 septembre 2021, le directeur territorial de Créteil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé M. A de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil. L'intéressé a présenté des observations le 18 octobre 2021. Au terme de la procédure contradictoire, la directrice territoriale de Créteil a mis fin aux conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile de M. A par une décision du 1er décembre 2021. Par une décision du 18 janvier 2023, cette autorité a refusé de faire droit à la demande de l'intéressé, datée du 9 janvier 2023, tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : /()/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; /()/ La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".
3. En premier lieu, la décision attaquée énonce les dispositions légales applicables ainsi que les faits qui en constitue le fondement. Par suite, et dès lors que la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier, que la directrice territoriale de Créteil de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen personnalisé de la situation de M. A.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié le 18 janvier 2023, suite à la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par M. A, d'un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec le concours d'un interprète. La fiche d'évaluation de vulnérabilité, rédigée à cette occasion et produite par l'OFII, mentionne que le requérant a indiqué ne pas faire l'objet de facteurs particuliers de vulnérabilité. D'autre part, aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que cet entretien d'évaluation de vulnérabilité, réalisé par un auditeur de l'OFII, n'aurait pas été conduit par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin, ainsi que le prescrit l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'OFII fait, par ailleurs, valoir que les auditeurs "asile ", dont l'une des missions consiste à évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, reçoivent, dès leur recrutement, une formation adaptée à leurs missions. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté en toutes ses branches.
7. En quatrième lieu, pour refuser de rétablir les conditions d'accueil de M. A, la directrice territoriale de l'OFII s'est notamment fondée sur le motif tiré de ce qu'il ne s'était pas présenté aux convocations des 1er juillet 2021 et 30 juillet 2021, délivrées par la préfecture du Val-de-Marne. Il ressort des pièces du dossier que le 3 juin 2021, M. A s'est vu remettre en main propre une convocation à deux rendez-vous à la préfecture du Val-de-Marne, les 1er juillet 2021 et 30 juillet 2021. Si M. A soutient qu'il n'a pas manqué à ses obligations de présentation, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il s'était bien rendu à ces deux entretiens, ou que son absence était justifiée par des circonstances indépendantes de sa volonté. Il n'avait d'ailleurs pas contesté la décision du 28 septembre 2021 portant cessation des conditions matérielles d'accueil fondée sur son absence lors de ces deux rendez-vous. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur de fait.
8. En cinquième et dernier lieu, M. A soutient que la décision est disproportionnée, dès lors que la directrice territoriale de Créteil de l'OFII aurait dû suspendre partiellement ses conditions matérielles d'accueil. Toutefois, il résulte des constatations opérées au point précédent que M. A ne produit aucun élément permettant de justifier les raisons pour lesquelles il ne s'est pas présenté aux convocations. En outre, il n'apporte aucune précision relative à sa situation personnelle et à l'état de vulnérabilité dont il se prévaut. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait disproportionnée.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'OFII, que les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant de faire droit à la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. A, doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me de Seze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure
C. MASSENGO
La présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026