mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302164 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre, JU |
| Avocat requérant | GONIDEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 février 2023 et 30 avril 2024, M. C A, représenté par Me Gonidec, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les décisions contenues dans un arrêté en date du 25 février 2023, par lesquelles le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge du préfet de police de Paris une somme de 1 500 euros, à verser à Me Godinec, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, Me Godinec renonçant, dans ce cas, à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- ressortissant malien, il est arrivé en France en avril 2014 et y réside de manière continue depuis ;
- il travaille sous contrat à durée indéterminée, est parfaitement intégré et a sollicité un rendez-vous en préfecture afin de présenter une demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence, l'arrêté contesté ne faisant pas mention d'un arrêté portant délégation de signature et ne démontrant pas que les personnes disposant d'une compétence primaire étaient régulièrement absentes ou empêchées ;
- elle est insuffisamment motivée et a été prise sans que sa situation personnelle ait été examinée et sans qu'il soit établi qu'il a été mis en mesure, au titre de son droit à être entendu tel que prévu par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne, de présenter des observations écrites ou orales et de faire ainsi état des éléments décisifs d'intégration dont il pouvait se prévaloir ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'un vice d'incompétence et est suffisamment motivée ;
- s'agissant du droit d'être entendu, d'une part, l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne ne s'adresse qu'aux institutions organes et organismes de l'Union européenne et non aux états membres et, d'autre part, le requérant a été auditionné sur sa situation administrative, lors de sa retenue administrative ;
- M. A ne saurait se prévaloir de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il n'établit ni l'intensité et la stabilité de ses liens privées et familiaux en France, ni la réalité d'une activité professionnelle en France, alors, par ailleurs, qu'il ne démontre pas être dans l'impossibilité de travailler dans son pays d'origine où il n'est pas démuni d'attaches familiales ;
- il pourra poursuivre une vie familiale normale avec l'ensemble de sa famille à l'étranger et y travailler.
- l'obligation de quitter le territoire français étant valide le requérant ne saurait se prévaloir de son irrégularité pour contester la décision fixant le pays de destination. Ses conclusions à fin d'injonction et présentées au titre des frais irrépétibles seront donc rejetées par voie de conséquence.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Declercq,
- et les observations Me David, substituant Me Gonidec représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10h38.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien, est entré en France en 2014, selon ses déclarations. Par arrêté du 25 février 2023, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A demande, à titre principal, au tribunal, de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() ".
4. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme D B, attachée d'administration de l'Etat, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui précise que M. A qui serait entré en France en avril 2014, selon ses dires, est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, est ainsi suffisamment motivé, cette motivation ne révélant pas, par ailleurs, un défaut d'examen de la situation personnelle de M. A.
6. En troisième lieu aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; b) le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; c) l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions. () ". Toutefois, si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Cependant, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise, que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents, qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, n'établit pas qu'il aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration, avant que ne soit prise la décision attaquée, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Dès lors le moyen, tiré par M. A, de la violation de son droit d'être entendu, ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le contrat de travail dont se prévaut M. A est postérieur à la date de la décision attaquée, d'autre part, qu'il n'a déclaré aucun revenu pour les années 2021 et 2022 et que, selon ses bulletins de salaire, dont le dernier concerne le mois de janvier 2024, il n'a retrouvé une activité régulière qu'à partir de juillet 2023. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir d'une activité régulière à la date de la décision attaquée.
8. Enfin, M. A se prévaut des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux termes desquelles : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si M. A produit de nombreux éléments établissant sa résidence habituelle sur le territoire français depuis 2014, en tout état de cause, il n'apporte aucun élément concret quant à des attaches familiales et personnelles sur le territoire français. En outre, par les pièces qu'il produit, il n'établit qu'il disposait d'une situation professionnelle stable et durable à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être également écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 25 février 2023.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. Il résulte de tout ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par exception, de l'illégalité de cette décision invoquée contre la décision fixant le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être éloigné ne peut qu'être rejeté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et de ses conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de police et à Me Julie Gonidec.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.
Le magistrat désigné,
M. DECLERCQLa greffière,
V. GUILLEMARD
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026