Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302650
mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302650 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre, JU |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 mars 2023 et le 1er mai 2024, M. A B, représenté par Me Atger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout préfet compétent, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout préfet compétent, de réexaminer son dossier et de lui délivrer un récépissé portant autorisation de travail durant ce réexamen ou, à titre infiniment subsidiaire, d'annuler la décision portant refus de départ volontaire, ainsi que la décision faisant interdiction de retour pendant une durée de deux ans ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, à verser à son avocat, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que le requérant bénéficie de l'aide juridictionnelle totale et définitive, en précisant, qu'à défaut d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ont été prises en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées et ont été prises sans qu'il ait été procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est, par ailleurs, entachée d'erreur de fait, en ce qu'elle indique que M. B n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
- la décision attaquée a également été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a commis une erreur de droit en considérant qu'elle était liée par la circonstance que M. B était entré irrégulièrement en France et ce, alors que le requérant était éligible à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à la circonstance que son état de santé nécessite un traitement auquel il ne pourrait accéder dans son pays d'origine ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle est en outre insuffisamment motivée et entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est également illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Declercq ;
- et les observations de Me Rahmouni pour la préfecture du Val-de-Marne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10h38.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien, est entré en France janvier 2018, selon ses déclarations. Par arrêté du 14 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour d'une durée deux ans. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer son admission provisoire à cette aide.
Sur la légalité de l'arrêté litigieux :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
3. Il ressort de la décision attaquée qu'elle a été prise au motif que le requérant, entré en situation irrégulière, n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Or, ainsi que l'a fait valoir le requérant lors de son audition par les forces de police et que l'établit l'attestation de dépôt, versée au dossier et dont la validité n'est pas contestée par l'administration, M. B a, le 16 novembre 2022, déposé une demande de titre de séjour " étranger malade ", demande de titre de séjour à laquelle la préfète du Val-de-Marne ne soutient pas avoir opposé un refus et qui n'a donné lieu à aucune décision implicite de rejet n'était née. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation. Il en résulte que ces deux moyens doivent être accueillis.
4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être accueillies. Par voie de conséquence, doivent également être accueillies les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant à M. B un délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de 2 ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, de réexaminer la situation de M. B et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la présente décision et de lui délivrer un récépissé portant autorisation de travail durant ce réexamen. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
6. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Atger, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 14 mars 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. B, et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la présente décision et de lui délivrer un récépissé portant autorisation de travail durant ce réexamen.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Atger au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : La requête est rejetée pour le surplus des conclusions.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Marc Atger.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024
Le magistrat désigné,
M. DECLERCQLa greffière,
V. GUILLEMARD
La République mande et ordonne au la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,