Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2302878
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2302878 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires de production de pièces, enregistrés les 23 mars 2023, 31 mars 2023 et 25 août 2024, M. B C A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ".
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il est bien intégré, qu'il a des attaches personnelles et professionnelles en France et qu'il est sur le point d'être recruté définitivement par son employeur ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que son intégrité physique y est menacée en cas de retour dans son pays d'origine compte tenu des persécutions qu'il encourt en raison de son orientation sexuelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- M. A ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Demas,
- et M. A, à qui la parole a été donnée et qui a présenté des observations.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né en 1990 à Tougue (Guinée), est entré en France en 2017 sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant ", valable du 21 septembre 2017 au 21 septembre 2018. Il a ensuite été mis en possession d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui a, par la suite, été renouvelé à deux reprises, et, en dernier lieu, jusqu'au 8 octobre 2022. Le 12 janvier 2023, M. A a sollicité du préfet de Seine-et-Marne le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. M. A soutient qu'il a des attaches personnelles et professionnelles en France et qu'il y est bien intégré. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision contestée, que M. A a tenté de se maintenir en France en présentant, à l'appui de sa demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, plusieurs documents falsifiés dont un faux certificat d'inscription dans un établissement d'enseignement supérieur pour l'année 2023-2024, ce qu'il ne conteste au demeurant pas. S'il ressort, également, des pièces versées au dossier que M. A a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) avec un ressortissant français, qui a été enregistré le 24 août 2023, et qu'il s'est marié avec ce ressortissant le 11 avril 2024, ces circonstances, postérieures à la décision attaquée, sont sans incidence sur sa légalité. A la date de la décision en litige, M. A, qui a déclaré être sans charge de famille, ne produit aucun élément de nature à établir l'ancienneté et la stabilité d'une communauté de vie avec son époux. Il n'est, par ailleurs, pas contesté qu'il réside en France depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée et qu'il n'est pas dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. En outre, la circonstance que M. A est un membre actif d'une association qui œuvre en faveur des enfants et qu'il est soutenu par des employeurs dans le cadre de la régularisation de sa situation administrative par le travail n'est pas suffisante pour estimer qu'il justifie d'une intégration particulière. Il suit de là que le préfet de Seine-et-Marne ne peut être regardé comme ayant entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Le moyen ainsi invoqué ne peut donc qu'être écarté.
3. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2023 en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
4. M. A, qui soutient qu'il serait menacé en cas de retour en Guinée en raison de son orientation sexuelle, peut être regardé comme soutenant que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation. S'il est avéré, au regard de l'attitude des autorités de la Guinée et de la législation en vigueur dans ce pays, que les personnes homosexuelles sont effectivement susceptibles de subir des discriminations et des mauvais traitements à raison de cette orientation, il incombe néanmoins au juge administratif, sans pour autant exiger de l'intéressé qu'il apporte la preuve des faits qu'il avance et notamment de son orientation sexuelle, de forger sa conviction au vu des éléments précis et pertinents dont le requérant fait état à l'appui de ses écritures. Or, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait personnellement exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en Guinée en raison de son orientation sexuelle. A cet égard, les circonstances qu'il a conclu un PACS avec un ressortissant français, qui a été enregistré le 24 août 2023, puis, s'est marié avec le même ressortissant le 11 avril 2024, postérieurement à la décision contestée, et qu'il allègue que son orientation sexuelle est considérée comme " un déshonneur et une honte pour [sa] famille " ne sont suffisantes à elles seules pour démontrer des risques de persécution en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen invoqué n'est pas fondé et doit donc être écarté.
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige du 9 mars 2023 en tant que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Luneau, première conseillère,
M. Demas, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
C. DEMAS
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2302878