Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303436

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMBAYE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de Mme B, ressortissante sénégalaise, contestant le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par la préfète du Val-de-Marne le 6 mars 2023. La requérante invoquait une insuffisance de motivation, une erreur manifeste d'appréciation et une violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et que Mme B, sans enfant, sans activité professionnelle et sans preuve d'une intégration intense, ne justifiait pas d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2023, Mme A B, représentée par

Me Mbaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mars 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires, signé à Dakar le 23 septembre 2006 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise née le 1er février 1984 à Dakar (Sénégal), est entrée en France le 12 novembre 2014, sous couvert d'un visa d'une durée de 21 jours à destination de l'Espagne. Elle a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 6 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Elle demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée de refus de séjour vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, l'article 11 de la Convention entre le Gouvernement de la République Française et le Gouvernement de la République du Sénégal, signée à Dakar le 01 août 1995, et les articles

L. 611-1 3°, L. 611-3, L. 612-1, L. 612-5, L. 612-12, L. 613-3, L 721-3, L. 722-1 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il fait état des considérations de droit et de fait relatives à l'entrée sur le territoire français de Mme B, au pacte civil de solidarité qu'elle a conclu le 1er mars 2022 avec un compatriote titulaire d'un titre de séjour d'une validité de 10 ans, et à la circonstance qu'elle n'a pas pu justifier d'une vie commune suffisamment ancienne et établie avec son partenaire. Ainsi rédigée, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'autorité administrative n'est pas tenue de préciser tous les éléments de la situation d'un ressortissant étranger en l'absence d'obligation en ce sens et la motivation de l'arrêté attaqué s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus par le préfet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, pour démontrer qu'elle dispose de liens personnels et familiaux en France, Mme B se prévaut de la conclusion d'un pacte civil de solidarité avec un compatriote titulaire d'un titre de séjour d'une validité de 10 ans, et établit par la production de factures leur vie commune depuis quelques années. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que Mme B est sans enfant, qu'elle n'exerce aucune activité professionnelle, qu'elle n'établit pas une intégration d'une particulière intensité sur le territoire français et qu'elle ne soutient pas ni n'établit être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

M. Tiennot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,