Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2303497

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2303497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté les requêtes de Mme B et M. A, ressortissants chinois, qui demandaient l’annulation des décisions implicites du préfet de Seine-et-Marne rejetant leurs demandes de titre de séjour. Le tribunal a jugé que les requérants n’avaient pas sollicité la communication des motifs de ces décisions implicites, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation était infondé. Il a également estimé que les décisions ne méconnaissaient pas les stipulations de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, les intéressés n’établissant pas une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Les conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais de justice ont été rejetées par voie de conséquence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.) Par une requête enregistrée sous le numéro 2303497 le 9 avril 2023, Mme D B, représentée par Me Mbarki, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", assortie d'une astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée manque de motivation en droit et en fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.

II.) Par une requête enregistrée sous le numéro 2303498 le 9 avril 2023, M. C A, représenté par Me Mbarki, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", assortie d'une astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée manque de motivation en droit et en fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pradalié,

- les observations de Me Mbarki, représentant Mme B et M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante chinoise née le 23 mars 1962 à Guangdong (Chine) et M. A, ressortissant chinois né le 15 décembre 1955 à Guangdong (Chine), ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour par un courrier en date du 25 juillet 2021, notifié au préfet de Seine-et-Marne le 22 décembre 2021. Par la présente requête, ils demandent chacun l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de Seine-et-Marne sur leur demande.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2303497 et 2303498, qui concernent deux conjoints, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, dès lors, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur la légalité des décisions contestées :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". En l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

4. D'autre part, il résulte de la combinaison des dispositions de l'article R. 432-1 et de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B et M. A ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour par un courrier dont il a été accusé réception par les services du préfet de Seine-et-Marne le 22 décembre 2021. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître, au terme d'un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants aient sollicité la communication des motifs de cette décision implicite de rejet. Dans ces conditions, Mme B et M. A ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'un défaut de motivation.

6. En deuxième lieu, Mme B et M. A se prévalent de la durée de leur séjour en France, et de la présence en France de leur fille unique et de son époux, ressortissant français, et de leurs deux petits-enfants. Ils soutiennent être hébergés au domicile de leur fille et de son époux, qui en sont propriétaires, et que ces derniers justifient de ressources financières permettant de les accueillir, dans la mesure où ils justifient avoir respectivement perçu au titre de l'année 2021 des revenus d'un montant de 52 717 euros et 14 997 euros. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B et M. A ne résident en France que depuis le 13 décembre 2019, soit moins de 20 mois à la date des décisions en litige. Par ailleurs, ils ne démontrent pas avoir en France d'autres liens d'une ancienneté ou intensité particulière que ceux qu'ils ont noués avec les membres de leur famille. La seule circonstance, au demeurant non établie, que des vaccins contre la Covid-19 exigés en Chine ne seraient pas disponibles en Europe ne suffit pas à établir la nécessité de la présence des intéressés sur le territoire français ou l'impossibilité de leur retour en Chine. En outre, Mme B et M. A ne justifient pas de leur isolement dans leur pays d'origine, ni qu'ils ne seraient pas en mesure d'obtenir des visas afin de revenir en France. Dans ces conditions, les décisions en litige ne peuvent être regardées comme portant au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur de droit doit également être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme B et M. A doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B et de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. C A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

Mme Tiennot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,