Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304097

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304097
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi en référé provision par la société RPM TP, qui réclamait le paiement d'une facture de 36 354 euros TTC à l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont (EPA ORSA), dans le cadre d'un accord-cadre de travaux conclu en 2018. Le juge des référés a fait droit à la demande, estimant que l'obligation de payer n'était pas sérieusement contestable, l'EPA ORSA n'ayant pas produit d'observations en défense. Il a condamné l'EPA ORSA à verser la somme principale, assortie des intérêts moratoires au taux légal majoré de huit points à compter de la mise en demeure du 31 mai 2022, avec capitalisation, ainsi que l'indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement. Cette décision se fonde sur l'article R. 541-1 du code de justice administrative et les dispositions du code de la commande publique relatives aux intérêts moratoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2023 et un mémoire enregistré le 29 août 2023, la société RPM TP, représentée par la SELARL Symchowicz-Weissberg et Associés, agissant par Me Lauret, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont (EPA ORSA) à lui verser, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 36 354,00 euros TTC assortie des intérêts moratoires majorés de huit points de pourcentage, à compter de la mise en demeure du 31 mai 2022, le cas échéant, capitalisés, et augmentée de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros et de la somme de 1500 euros TTC au titre de l'indemnité complémentaire ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société RPM TP soulève les moyens suivants :

- l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont manque à ses obligations financières issues du marché du 18 décembre 2018 ;

- l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable dès lors que la somme réclamée est due en application du marché ;

- le quantum de la créance n'est pas sérieusement contestable, dès lors que les défauts de paiement ont été notifiés à l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont par la mise en demeure notamment du 31 mai 2022 ;

- la somme due sera majorée d'intérêts moratoires en application de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique ;

- les intérêts moratoires seront capitalisés, en application de l'article 1343-2 du code civil ;

- des indemnités forfaitaire et complémentaire sont dues pour frais de recouvrement.

La requête a été communiquée le 24 avril 2023 à l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2011/7/UE du Parlement européen et du Conseil concernant la lutte contre le retard de paiement dans les transactions commerciales ;

- le code civil ;

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 décembre 2018, la société RPM TP a conclu avec l'établissement d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont, un accord-cadre multi-attributaire à bons de commande n°18-00429 ayant pour objet l'exécution de travaux de sécurisation de parcelles appartenant à l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont. Le marché a pris fin le 3 juillet 2021. La société requérante a fait parvenir, le 31 mai 2021, à l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont, par la plateforme Chorus, une facture de 36 354, 00 euros TTC. Par un courrier du 18 mars 2022, l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont a indiqué que la facture du 31 mai 2021 avait été reçue le 10 juin 2021, mais rejetée le 22 septembre 2021. Par un courrier recommandé du 31 mai 2022, la société RPM TP a de nouveau demandé à l'établissement de régler cette facture. Par la présente requête, la société RPM TP demande au tribunal de condamner l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont à lui verser, à titre provisionnel, la somme 36 354,00 euros TTC, assortie d'intérêts moratoires, eux-mêmes capitalisés, le montant de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement ainsi que la somme de 1 500 euros TTC au titre de l'indemnité complémentaire.

Sur le cadre juridique :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

En ce qui concerne l'existence de la créance :

3. S'agissant, en premier lieu, du prix des prestations, l'article 4.2 du cahier des clauses administratives particulières de l'accord-cadre stipule : " Les prestations faisant l'objet du présent accord-cadre à bons de commande seront réglées, comme précisé à l'acte d'engament, par application des prix unitaires dont le libellé est détaillé au bordereau des prix unitaires ". Ainsi que le prévoit le deuxième alinéa de l'article 4.2 de l'acte d'engagement du 18 décembre 2018 : " () Le prestataire est rémunéré par le maître d'ouvrage sur les bases suivantes : application des prix unitaires tels que fixés dans le bordereau des prix ci-annexé aux quantités de prestations réellement exécutées par le prestataire. / Le bordereau des prix identifie les prix ".

4. S'agissant, en deuxième lieu, des modalités de paiement des prestations, aux termes de l'article 11 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services, auxquels renvoie le cahier des clauses administratives particulières : " 11.8.1. La demande de paiement est adressée au pouvoir adjudicateur après la décision d'admission () ". L'article 6.3 du cahier des clauses administratives particulières énonce de même que, " Conformément aux dispositions de l'article 11.8 du CCAG FCS, le titulaire transmet sa demande de paiement après exécution et décision d'admission des prestations par le pouvoir adjudicateur ". L'article 6.1 précise en outre que " Le titulaire transmet ses demandes de paiement par tout moyen permettant de donner date certaine () ".

5. S'agissant, en troisième lieu, de la décision d'admission et des opérations de vérification qui la précèdent, l'article 9.1 du cahier des clauses administratives particulières se réfère au chapitre 5 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services.

6. D'une part, l'article 22. 1 qui relève de ce chapitre 5, énonce que " Les prestations faisant l'objet du marché sont soumises à des vérifications quantitatives et qualitatives, destinées à constater qu'elles répondent aux stipulations du marché ", que " Les opérations de vérification sont effectuées dans les conditions prévues par les documents particuliers du marché ", et qu'" A défaut d'indication dans le marché, les opérations de vérification sont effectuées selon les usages de la profession pour les () services en cause ". L'article 22. 2. 2 précise que " Le titulaire avise le pouvoir adjudicateur de la date à partir de laquelle les prestations pourront être présentées en vue de ces vérifications ", et l'article 22.3, que " Le pouvoir adjudicateur avise le titulaire des jours et heures fixés pour les vérifications, afin de lui permettre d'y assister ou de se faire représenter ". L'article 9.1 du cahier des clauses administratives particulières énonce an particulier, s'agissant des opérations de vérification sur site, qu'elles ont lieu " Sur convocation de l'entreprise ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 23 du même cahier des clauses administratives générales : " 23.1. Le pouvoir adjudicateur effectue, au moment même de la livraison des fournitures ou de l'exécution des services, les opérations de vérification quantitative et qualitative simples qui ne nécessitent qu'un examen sommaire et ne demandent que peu de temps. / Il peut notifier au titulaire sur-le-champ sa décision, qui est arrêtée suivant les modalités précisées à l'article 25. / Il doit le faire sans délai dans le cas de fournitures rapidement altérables. Si aucune décision n'est notifiée, ces fournitures sont réputées admises le jour de leur livraison. / 23. 2. Les opérations de vérification autres que celles qui sont mentionnées au 1 ci-dessus sont exécutées par le pouvoir adjudicateur, dans les conditions prévues à l'article 24 ci-après. / Le délai qui lui est imparti pour y procéder et notifier sa décision est de quinze jours. Passé ce délai, la décision d'admission des fournitures ou des services est réputée acquise () ". L'article 24 énonce ensuite qu'" A l'issue des opérations de vérification qualitative, le pouvoir adjudicateur prend une décision d'admission, d'ajournement, de réfaction ou de rejet dans les conditions prévues à l'article 25 ". Enfin, l'article 25 précise : " 25. 1. Admission : / () L'admission prend effet à la date de notification au titulaire de la décision d'admission ou en l'absence de décision, dans un délai de quinze jours à dater de la livraison () ".

8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société RPM TP a adressé une facture n° 2021-05-038, datée du 31 mai 2021, à l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont dans le cadre de l'accord-cadre multi-attributaire à bons de commande n°18-00429, pour la somme de 36 354, 00 euros TTC, correspondant au devis établi par la société le 25 novembre 2019 et au bon de commande signé par l'établissement public le 17 novembre 2020. Il est constant que cette facture a été déposée sur la plateforme Chorus le 9 juin 2021 et reçue par l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont le 10 juin suivant.

9. Toutefois, si l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont, auquel la requête a été communiquée, n'a présenté aucune observation devant le juge des référés, il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites par la société requérante, d'une part, que la facture du 31 mai 2021, rapprochée du devis du 25 novembre 2019, correspondait à des opérations d'évacuation de " déchet de classe 2 ", pour un montant de 11 880 euros hors taxe, de " déchet de classe 1 ", pour un montant de 4 060 euros hors taxe, et de " gravas ", pour un montant de 2 125 euros hors taxe, le surplus de la facture correspondant aux véhicules et aux personnels intervenus pour effectuer ces opérations, d'autre part, que, dans un courrier du 18 mars 2022, l'établissement public Grand Paris aménagement pour le compte de l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont, indiquait, s'agissant de cette facture, qu'elle avait été " rejetée le 22/09/2021 ", que, " Pour pouvoir procéder au service fait, il conviendrait de nous la retourner accompagnée du justificatif de l'élimination des 117 tonnes de déchets facturés en ISDND, des 25,6 tonnes facturés en ISDD et des 85 tonnes de gravats éliminés ", et enfin que, " Pour les bordereaux transmis, merci de nous communiquer les bordereaux Luxo bennes correspondant à notre chantier et les bordereaux Suez lisibles ".

10. Si la société requérante soutient que, par un courrier du 31 mai 2022, versé au dossier, elle aurait " de nouveau transmis les documents prétendument manquants (), en particulier les dossiers d'ouvrages exécutés ", elle se borne à indiquer dans ledit courrier, s'agissant de la facture en litige : " Ci-joint le DOE, et le détail des travaux qui vous a déjà été transmis ", sans présenter devant le juge des référés, ni la copie des pièces jointes à ce courrier, ni aucune autre précision sur les pièces ainsi transmises, et notamment sur le point de savoir si ces pièces répondraient aux insuffisances mentionnées dans le courrier de l'établissement public Grand Paris aménagement du 18 mars 2022.

11. Et si la société requérante soutient que la " communication " des pièces mentionnées dans le courrier de l'établissement public Grand Paris aménagement du 18 mars 2022 ne serait " pas prévue par le marché ", il résulte des clauses citées au point 6, que les prestations sont soumises à des vérifications, que le titulaire doit aviser le pouvoir adjudicateur de la date à partir de laquelle les prestations pourront être présentées en vue de ces vérifications et qu'" A défaut d'indication dans le marché, les opérations de vérification sont effectuées selon les usages de la profession pour les () services en cause ". Il s'ensuit qu'à défaut de pouvoir être vérifiées sur place, les opérations d'élimination de déchets dans les installations de stockage appropriées (ISDND, ISDD), ainsi que les opérations d'élimination des gravats, devaient être vérifiées selon " les usages de la profession " pour ces services. Il n'est par ailleurs ni établi ni allégué que la vérification de telles opérations au vu d'un simple " justificatif " tel que celui qui a été demandé par le pouvoir adjudicateur ne serait pas conforme aux usages de la profession.

12. Il résulte de ce qui précède - et alors que la société n'établit ni même n'allègue avoir procédé à toutes les opérations de vérification ni obtenu en conséquence une décision d'admission expresse ou tacite du pouvoir adjudicateur - que la créance alléguée par la société requérante à raison de la facture n° 2021-05-038, datée du 31 mai 2021, et demeurée impayée, ne peut être regardée, en l'état de l'instruction, comme étant non sérieusement contestable. Il s'ensuit que la requête doit être rejetée.

ORDONNE:

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société RPM TP et à l'établissement public d'aménagement Orly Rungis-Seine Amont.

Fait à Melun, le 28 octobre 2024.

Le juge des référés,

X. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière