Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304878
mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2304878 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 26 avril 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a procédé au classement sans suite de sa demande de naturalisation.
Il soutient, d'une part, que son omission à produire les documents demandés est indépendante de sa volonté, dès lors que la demande de pièces complémentaires dont il a fait l'objet lui a été adressée alors qu'il se trouvait en plein déménagement et que les démarches liées audit déménagement ont eu un impact sur sa capacité à gérer toutes les tâches administratives et, d'autre part, que sa demande de nationalité revêt une importance particulière en ce qu'il est réfugié et, par suite, reconnaissant envers la France, en ce qu'il est admiratif des valeurs de la République française, en ce qu'il il vit fièrement en France depuis plus de six ans, où il a acquis de nombreuses compétences professionnelles et personnelles, et en ce qu'il souhaite devenir citoyen afin de participer activement à la vie de la communauté et de contribuer aux valeurs de la République.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 10 septembre 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de Mme Lina Bousnane, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Marion Leboeuf, rapporteure publique ;
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant guinéen, a déposé une demande de naturalisation auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne. Par une décision du 27 avril 2023, la préfète du Val-de-Marne a procédé au classement sans suite de sa demande. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Aux termes de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " L'autorité qui a reçu la demande () peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation (), mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement. ". Le classement sans suite prononcé en application de ces dispositions constitue une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.
3. Il résulte des dispositions précitées que le défaut de production des pièces complémentaires dans le délai imparti peut, à lui seul, légalement justifier une décision de classement sans suite. Toutefois, l'impossibilité de produire les pièces dans le délai imparti, à raison de circonstances imprévisibles et indépendantes de la volonté du demandeur, dont ce dernier a justifié et informé l'administration dans les meilleurs délais, est de nature à faire obstacle à un tel classement sans suite. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur le respect de ces conditions d'application de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993. En l'absence de production des pièces demandées dans le délai imparti et de justification d'une impossibilité de respecter ce délai, l'autorité administrative dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour user de la faculté de classer sans suite la demande. Le juge de l'excès de pouvoir n'exerce alors plus qu'un contrôle restreint, en tenant compte de l'objet de la décision de classement sans suite, qui consiste seulement à mettre fin à l'instruction de la demande sans y statuer, et de la finalité du régime de classement sans suite, qui est d'améliorer l'efficacité des procédures d'instruction des demandes de naturalisation.
4. D'une part, pour procéder au classement sans suite de la demande présentée par M. B en vue d'acquérir la nationalité française, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur la circonstance selon laquelle, en dépit d'une demande de pièces qui lui avait été adressée le 26 janvier 2023, l'intéressé n'avait pas produit l'ensemble des documents requis dans le délai de deux mois qui lui était imparti. Si le requérant, qui ne conteste pas s'être abstenu de communiquer les pièces demandées dans ce délai de deux mois, soutient que son omission à produire lesdits documents est indépendante de sa volonté dès lors que la demande de pièces complémentaires dont il a fait l'objet lui a été adressée alors qu'il se trouvait en plein déménagement et que les démarches liées audit déménagement ont eu un impact sur sa capacité à gérer toutes les tâches administratives, une telle circonstance, au demeurant non établie, n'est pas de nature à justifier de son impossibilité à produire les éléments ainsi sollicités par les services de la préfecture, alors en outre que M. B ne justifie, ni même n'allègue, avoir informé la préfecture de sa situation. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en ne retenant pas l'impossibilité qu'il invoque à tort, la préfète du Val-de-Marne se serait livrée à une inexacte appréciation du respect des conditions prévues à l'article 40 du décret précité.
5. D'autre part, M. B soutient que sa demande de nationalité revêt une importance particulière en ce qu'il est réfugié et, par suite, reconnaissant envers la France, en ce qu'il est admiratif des valeurs de la République française, en ce qu'il vit fièrement en France depuis plus de six ans, où il a acquis de nombreuses compétences professionnelles et personnelles, et en ce qu'il souhaite devenir citoyen afin de participer activement à la vie de la communauté et de contribuer aux valeurs de la République.
6. Toutefois, eu égard à l'objet et à la finalité de la décision contestée, le requérant n'est pas fondé à soutenir, en se prévalant de ces seules circonstances, qui ne sont pas directement liées à la procédure d'instruction de sa demande, et alors que les circonstances de son déménagement dont il se prévaut ne sont par ailleurs pas établies, la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ensemble de sa situation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfecture du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
L. Bousnane
Le président,
X. PottierLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,