Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306073

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantKWEMO

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun rejette la requête de M. A, ressortissant afghan, qui contestait le refus implicite de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal considère que la décision de refus, fondée sur l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, est suffisamment motivée et légalement justifiée, dès lors que M. A a refusé l’orientation en région qui lui était proposée. Il estime également que la vulnérabilité du requérant a été correctement évaluée lors de l’entretien du 13 décembre 2022. En conséquence, les conclusions à fin d’annulation, d’injonction et celles relatives aux frais de justice sont rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, M. B A, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision du 13 décembre 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'aucune proposition d'hébergement ne lui a été faite ;

- elle ne tient pas compte de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jean a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né en 1997, a sollicité l'asile le 13 décembre 2022. Par une décision du même jour, l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il avait refusé l'orientation en région qui lui avait été proposée. Par un courrier en date 10 février 2023, reçu le 16 février suivant, M. A a introduit le recours administratif préalable obligatoire de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé sur ce recours pendant plus de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet dont M. A demande l'annulation par la présente requête.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2023. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle l'OFII a rejeté son recours administratif préalable obligatoire doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 16 mai 2023 par laquelle l'OFII a expressément rejeté ce recours, qui s'est substituée à la décision implicite née antérieurement.

5. Aux termes de l'article L. 551-15 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".

6. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, si le requérant soutient qu'aucune proposition d'hébergement ne lui a été faite, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est vu remettre en main propre, le 13 décembre 2022, une notification à se présenter à un hébergement pour demandeur d'asile situé à Frontenay-Rohan-Rohan (Deux-Sèvres) le 20 décembre 2022 mais qu'il a refusé cette orientation. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la décision attaquée lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en application des dispositions précitées.

8. En dernier lieu, M. A soutient que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte et fait valoir qu'il est sans ressource et dans une situation précaire. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'entretien visant à évaluer la vulnérabilité du requérant, réalisé le 13 décembre 2022, n'a mis en lumière aucune circonstance particulière de vulnérabilité, le requérant ayant indiqué être hébergé chez un ami et ayant seulement répondu " oui " à la question " Au sein de la famille, une personne a-t-elle fait état spontanément d'un problème de santé ' ". Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'OFII n'aurait pas correctement pris en compte sa vulnérabilité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle l'OFII a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'asile à M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé : A. Jean Le président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,